Médaille d'argent au cou, le Québécois Nicolas Roy ne cachait pas sa déception après la défaite de 5-4 du Canada contre les États-Unis, en tirs de barrage.

Le modèle junior majeur

CHRONIQUE / Quel spectacle! Même mon frère Benoît qui n'a pas assisté - dans un amphithéâtre ou par le truchement de la télévision - à un match de la LNH ou du junior majeur depuis la Série du siècle, a visionné toute la rencontre jusqu'aux dramatiques tirs de barrage.
Ce fut une finale éblouissante. D'une qualité supérieure à tout ce que le hockey professionnel avec ses millionnaires recrutés partout sur la planète nous a présenté au petit écran, jusqu'à maintenant, durant la présente saison. Une rapidité étourdissante, un jeu d'ensemble électrisant avec un degré de robustesse impressionnant, mais sans atteindre les excès dont les équipes professionnelles nord-américaines se sont souvent rendues coupables.
Yogi Berra
Si on tient seulement compte du nombre de lancers, l'équipe canadienne apparaissait supérieure. Elle a entrepris la finale sur les chapeaux de roue en marquant les deux premiers buts. Les Américains ont égalé le compte durant la deuxième période en se montrant extrêmement opportunistes.
Les quelque 20 000 spectateurs croyaient que la dernière poussée des rouges au début de la troisième période assurerait enfin la victoire. Mais la mémorable citation de Yogi Berra devenue une sentence populaire est revenue hanter le Centre Bell. «Ce n'est pas fini tant que ce n'est pas fini» répétait sans cesse ce héros des années 1950.
En tirs de barrage, les deux équipes ont joué à la roulette russe. Le hasard a déterminé le vainqueur. Parmi les huit joueurs désignés, un seul est parvenu à glisser la rondelle dans le but adverse. L'essai raté de Nicolas Roy demeure cependant gravé dans la mémoire parce qu'il a eu l'ingrate mission de tirer le dernier. Il a perdu le contrôle de la rondelle alors qu'il entreprenait sa feinte pour déjouer le gardien américain. Une déception qu'il doit rapidement chasser de son esprit. Il avait brillé durant toute la rencontre, marquant notamment le but qui redonnait l'avance au Canada dans les premiers instants de la troisième période.
Nicolas Roy
Ce fut la meilleure performance des représentants québécois à la compétition mondiale. Le défenseur Thomas Chabot proclamé vedette canadienne du tournoi, Julien Gauthier, Pierre-Luc Dubois, Mathieu Joseph et Nicolas Roy ont démontré que la LHJMQ n'a rien à envier aux ligues de l'Ontario et de l'Ouest contrairement à la perception que projettent trop souvent les médias nationaux. Les trois conquêtes de la Coupe Memorial au cours de la dernière décennie en sont la démonstration la plus convaincante.
Mais la confrérie sportive de la métropole ne s'intéresse au junior majeur qu'au Mondial ou lorsqu'une crise éclate. Même la ronde éliminatoire qui conduit au championnat canadien ne mérite pas une attention particulière. Ce serait sans doute différent si les matchs étaient disputés au Centre Bell. Comme pour l'affrontement États-Unis - Canada jeudi soir dernier.
Après avoir pris la défense de Nicolas Roy, victime des âneries que la frustration de débiles mentaux multiplie sur Internet, le confrère Gabriel Béland de La Presse s'est permis de préconiser l'application du modèle américain pour façonner des hockeyeurs de haut calibre après leur avoir fait savourer les délices des grandes victoires. Il suffit de former, avec les 44 meilleurs joueurs de 16 et 17 ans du pays, deux équipes qui peaufineront leur talent à perdre systématiquement contre des rivaux plus âgés.
Si Hockey Canada adoptait ce système, il priverait les 60 équipes appartenant au junior majeur des vedettes montantes qui remplissent les arénas.