Usine de Grande-Baie de Rio Tinto

Le gouvernement a un rôle à jouer

CHRONIQUE / Dès mon arrivée à notre rassemblement hebdomadaire, mon ami Daniel m'entraîne à l'écart pour me transmettre son inquiétude : « Que se passe-t-il ? Rio Tinto veut couper 103 jobs à Grande-Baie même si cette aluminerie, selon les spécialistes, est la plus performante... au monde ? Que deviendra la région ? Nos jeunes vont continuer de fuir vers les grands centres à la recherche d'emplois... »
Je n'ai évidemment pu rassurer ce retraité d'Alcan. La région et le monde économique connaissent bien le scénario : la Chine et le Moyen-Orient inondent les marchés d'aluminium primaire, maintenant ainsi les prix à la baisse... et souvent même en bas du prix coûtant. On se préoccupe peu des déficits cachés puisqu'ils sont absorbés par les gouvernements. Pékin voudrait que les alumineries s'autodisciplinent, mais elles résistent aux directives avec la détermination de conquérir de nouveaux marchés. Et comme la demande intérieure ne fléchit pas, elles peuvent facilement expliquer leur attitude à l'autorité politique.
Kitimat
Rio Tinto a également augmenté sa production de 10 %, l'an dernier, avec la mise en exploitation de l'usine modernisée et agrandie de Kitimat, mais elle retarde toujours la réalisation de son programme de modernisation au-delà du projet pilote baptisé Usine Arvida Centre technologique AP60, inauguré solennellement le 16 janvier 2014 en présence de l'ancienne première ministre Pauline Marois, après des travaux estimés à 1,3 milliard $.
Depuis, les grands espoirs inscrits dans le contrat signé par la multinationale et le gouvernement libéral de Jean Charest le 13 décembre 2006 sont gelés par l'appétit toujours insatisfait d'actionnaires que l'acquisition d'Alcan a rendus méfiants. Les engagements de l'entreprise comprennent essentiellement les investissements nécessaires à l'agrandissement d'Alma et à la poursuite des phases 2 et 3 d'AP60. Le député libéral Serge Simard s'impatiente tandis que le député péquiste Alexandre Cloutier presse le gouvernement de faire respecter cette entente de continuité. Le premier ministre a calmé le jeu en donnant raison à la multinationale...
La Grappe
La population régionale est indignée par l'attitude de Rio Tinto et inquiète de l'avenir économique. Elle devrait aussi reprocher à l'autorité politique d'avoir mal capté le message lancé dans la décennie 1980 par les grandes industries de la forêt et de l'aluminium qu'elles n'additionneraient plus d'emplois permanents même en produisant davantage. La robotisation remplacerait progressivement l'humain dans les usines.
Elles ont cependant aidé la région à diversifier son appareil de production, mais après un quart de siècle, les efforts autour de la transformation de l'aluminium ont été absorbés par la Grappe industrielle avec l'approbation tacite de l'autorité municipale comme celui de la Chambre de commerce.
Nos PME s'en trouvent affaiblies. Ce sont pourtant ces entreprises aux tailles diversifiées qui fourniront les emplois dont la région a tant besoin. Avant de quitter la direction de RTA en 2013, Jacynthe Côté avait insisté sur l'importance de relancer le secteur manufacturier.
Quant à Martin Taylor, célèbre industriel à la retraite qui fut un précieux consultant auprès de nombreuses entreprises, notamment STAS, il propose dans une entrevue accordée à AL13, le magazine de l'aluminium, de relancer l'économie des régions québécoises productrices d'aluminium en mettant l'accent sur la création d'emplois à valeur ajoutée dans le secteur manufacturier.
Le travail est résolument entrepris, mais l'appui du monde politique demeure encore beaucoup trop timide.