Donald Trump

L'avenir de l'aluminium québécois

CHRONIQUE / Le monde économique est en émoi. Après avoir menacé de droits d’exportation tous les partenaires économiques des États-Unis, Donald Trump désigne spécifiquement les industries de l’aluminium et de l’acier qui seront frappées, cette semaine, annonçait-il vendredi dernier, de tarifs punitifs fixés à la hauteur de 10 % et de 25 %. « Folie autodestructive », tranche le Wall Street Journal.

Devant cette condamnation et celle des spécialistes américains qui ont analysé le danger d’une telle attitude, le locataire de la Maison-Blanche s’empresse de répliquer que « les guerres commerciales sont bonnes et faciles à gagner ». Un raisonnement que plusieurs relient à la puissance militaire de pays agresseurs responsables des deux dernières guerres mondiales. Et avec l’arsenal atomique, les apprentis sorciers détiennent le pouvoir du suicide collectif. Trump s’est amusé, samedi, lors d’un dîner de partisans républicains à sa propriété en Floride, en lançant dans un éclat de rire et des applaudissements qu’« être président à vie est une idée géniale » en faisant allusion à son homologue chinois Xi Jinping.

Tout ou rien...

L’intransigeance manifestée par les négociateurs américains n’accorde aucune issue honorable au Canada et au Mexique, les deux autres associés de l’ALENA. Il vaut mieux se retirer immédiatement de cette alliance, selon des sages d’Ottawa, que de capituler tant que nos voisins du Sud sous la gouverne de Trump donneront l’impression de vouloir transformer notre pays en république de bananes soumise aux caprices d’un multimilliardaire qui bafoue le système politique.

Quoi qu’il arrive, le Québec continuera d’exporter l’essentiel de sa production d’aluminium aux États-Unis, et Rio Tinto comme Alcoa et Alouette savent fort bien que l’avenir plaide pour leur industrie. Même l’ancien député André Harvey, qui a laissé un riche héritage, dont notamment le CTA et l’aménagement de la Zone portuaire de Chicoutimi, a quitté la sérénité de sa retraite pour réfléchir sur les solutions dans une entrevue accordée au confrère Denis Villeneuve. Il a notamment rappelé le recul sur la transformation de l’aluminium provoqué par la fermeture de l’Usine Saguenay qui produisait annuellement 200 000 tonnes de tôle d’aluminium.

Rio Tinto Aluminium

Pour éviter de heurter leurs clients américains, Alcan et par la suite Rio Tinto ont mis davantage l’accent sur la production de l’aluminium à valeur ajoutée. Les efforts de transformation d’activités périphériques proviennent surtout des PME et des équipementiers comme STAS que l’équipe économique de La Presse+ découvrait récemment avec un étonnement teinté d’admiration. 

Tout va bien présentement chez Rio Tinto. Le chef de la direction Aluminium, Alf Barrios, le confirme dans la dernière édition du Lingot. Il mentionne la hausse de 16 % des liquidités nettes, la réduction des coûts, l’addition de 54 % des produits à valeur ajoutée et l’accroissement de 6 % de la production de bauxite « renforçant notre position en tant que chef de file mondial du commerce maritime de bauxite. »

Le grand patron de Rio Tinto Aluminium apprécie le réajustement de la production chinoise aux réalités du marché. Ce réaménagement planétaire ouvre de nouvelles « options de croissance dans le domaine de la bauxite », rendent plus avantageux les investissements dans la recherche et le développement tout comme les projets de modernisation de l’ensemble du complexe de Jonquière ainsi que d’expansion de l’aluminerie d’Alma et du Centre technologique AP60 d’Arvida.

Un discours positif que le populisme revanchard de Trump ne viendra pas, espérons-le, bousiller.