Charles-Julien Gauvin

La tradition se poursuit

CHRONIQUE / « Le Progrès-Dimanche fut un succès populaire dès son lancement », se souvient Charles-Julien Gauvin qui avait accepté comme un énorme défi, en 1964, l'invitation d'assumer la direction d'un tout nouvel hebdomadaire. Le tirage s'éleva jusqu'à 50 000 exemplaires. Le journal circula bien au-delà des frontières régionales. Il devint un véritable phénomène dans le monde des médias.
Après l'échec de l'édition quotidienne du Progrès du Saguenay, le PDG Gaston Vachon mijota ce projet d'un tabloïd dominical inspiré du défunt Dimanche-Matin pour remplacer l'hebdomadaire grand format dont la publication avait été suspendue par un conflit de travail. « Après six mois, nous avait-il confié dans une entrevue, Le Progrès-Dimanche montrait déjà des profits et deux ans plus tard, l'entreprise avait résolu tous ses problèmes financiers et voguait vers la prospérité.
L'ère du numérique
À l'ère du numérique, la presse traditionnelle doit rapidement s'adapter à une réalité rendue extrêmement complexe par les choix diversifiés des générations qui se côtoient dans des univers différents. Le Soleil et les quotidiens régionaux l'ont rapidement compris depuis que leur propriétaire, l'ancien ministre fédéral Martin Cauchon, les a réunis dans Groupe Capitale Médias.
Le modèle évolue vigoureusement avec son support papier tout en offrant une version électronique. Le samedi 8 avril prochain, Le Progrès du Saguenay franchira une nouvelle étape dans son rendez-vous avec un avenir économique durable en jumelant Le Progrès-Dimanche et Le Quotidien du samedi pour entrer résolument dans le modernisme avec son Progrès week-end au contenu que le lecteur imagine très multicolore.
Annoncée voilà déjà une semaine, la nouvelle est bien accueillie comme en témoigne Michel Simard, le président et éditeur, dans son dernier message aux lecteurs du Progrès-Dimanche. « Vos commentaires, écrit-il, nous ont ravis puisqu'ils cadrent parfaitement avec le virage majeur de notre entreprise. »
Comment expliquer, un demi-siècle plus tard, l'accueil si chaleureux fait au nouvel hebdo à l'aurore de la Révolution tranquille ? « À son caractère et à la richesse de son contenu rédactionnel , m'avait répondu Gaston Vachon. Aucun journal régional au pays ne présentait autant d'informations sur les activités de son milieu et de services diversifiés comme les bandes dessinées, les jeux et les chroniques. »
Sans doute, mais avec le recul du temps, cette explication m'apparaît bien sommaire. Il faut y ajouter l'audace de faire éclater les tabous tissés par la mentalité religieuse. Les faits divers faisaient rarement la une et les journalistes, mal protégés de l'arbitraire des puissants du jour, pratiquaient l'autocensure.
Liberté d'information
Charles-Julien Gauvin, qui avait oeuvré dans des médias nationaux avant de s'installer à Chicoutimi, a livré de grandes batailles au nom des intérêts supérieurs de la région et mené des enquêtes sur des sujets controversés. Il a provoqué un si grand malaise que les menaces de poursuites judiciaires se multiplièrent. Et après une année, on lui montra la porte.
Il continua d'écrire, devint maire de Saint-Fulgence et participa à de nouveaux combats, dont la mise en valeur touristique du fjord et du Cap Trinité. Devenu gentleman-farmer depuis 1987, il continue, à 95 ans, d'observer la scène politique avec un oeil de philosophe.
À sa naissance, Le Progrès-Dimanche donna des ailes à liberté d'information. Stimulé par l'efficacité d'un réseau de distribution comprenant de jeunes camelots qui vendaient leur produit jusqu'aux portes de la cathédrale, le nouveau-né instaura une tradition qui se poursuivra dans le très attendu Progrès week-end.