La région ouvre ses bras

Chronique / Vous vous souvenez de cet autobus qui roulait sur la scène, au dernier tableau des Aventures d’un Flo ? Une image déprimante qui symbolisait, voilà une décennie, le départ de jeunes Bleuets pour la métropole où ils espéraient trouver un emploi. Cette production de Michel Marc Bouchard et de Serge Denoncourt remplaça La Fabuleuse histoire d’un royaume durant quatre ans. Contrairement à l’intention de ses auteurs, elle s’avéra une opération masochiste dont les effets paralysent encore notre développement.

Les 350 participants au Colloque Action économique, une initiative du député démissionnaire Alexandre Cloutier, auraient bien voulu instruire nos exilés d’hier que la mondialisation a modifié notre économie. Un pan complet de l’industrie forestière s’est effondré à l’arrivée du numérique et Rio Tinto Aluminium a ajusté sa production à la concurrence de nouvelles puissances économiques, dont la Chine évidemment. 

La relève

Certes, la grande industrie n’éprouvera jamais d’ennuis de recrutement. Quand elle fait appel à une main-d’œuvre aux qualités appropriées pour un nouveau développement, les candidats se pressent par milliers. Ce sont ces emplois bien rémunérés et stables que les jeunes ne trouvaient plus ici au début du deuxième millénaire.

Ils ont oublié les PME vigoureuses qui ont pris la relève et exportent leurs produits partout sur la planète. Les possibilités d’un meilleur avenir se multiplient, mais les aspirants ont disparu. « Faites confiance à l’entrepreneurship régional. Revenez.... » auraient insisté les bâtisseurs regroupés à Alma jeudi dernier à ces jeunes si précieux qui allaient enrichir la métropole de leur compétence et de leur puissance de travail dans Les aventures d’un Flo. 

Robert Bouchard

C’est en atténuant un mouvement d’impatience où la colère n’était pas absente que Robert Bouchard, le PDG de Béton préfabrique du Lac, a lancé un appel à la main-d’œuvre encore disponible lors de ce rassemblement. « On a investi 25 millions $ dans nos usines situées hors de la région, mais pas un sou ici parce que les travailleurs compétents dont nous avons un urgent besoin sont absents. »

Il a même fait appel aux Haïtiens logés en catastrophe, l’été dernier, au Stade olympique. Ses besoins se limitaient à une trentaine de journaliers. La bureaucratie s’en est mêlée en opposant des problèmes d’intégration et même, insulte suprême, de racisme. 

L’État projette ainsi une très mauvaise perception de l’attitude des Québécois, du moins ceux de notre région, à l’endroit de l’immigration. Reconnaissons-le, l’UQAC n’aurait jamais connu l’épanouissement qui fait notre fierté sans la participation de gens d’ailleurs, dotés d’une formation souvent exceptionnelle. Pensons aux Guy Collin, Adam Nagy, Masoud Farzaneh, Mustapha Fahmi, Laszlo Kiss... En vérité, ils sont légion dans l’histoire de notre université.

Action économique voudrait une implication plus vigoureuse de nos politiciens dans l’exploration de graves problèmes comme la pénurie de la main-d’œuvre. Personnellement, je m’étonne également de leur discrétion durant la présente campagne électorale. À croire que l’élection du premier octobre prochain ne s’adresse qu’aux électeurs de Montréal et de Québec. On assiste à la surenchère habituelle entre nos deux grands centres... Les milliards $ coulent dans la besace des promesses faites aux maires Plante et Labeaume pendant que le gouvernement vient nous annoncer le gel, durant deux ans, des travaux de l’autoroute de l’Aluminium et de la restauration du pont Dubuc. Avez-vous entendu une seule protestation de nos leaders politiques ?