L'hôpital de Chicoutimi

La rationalisation improductive

CHRONIQUE / Lueur d'espoir dans la décision de confier à un hôpital de Québec les chirurgies du cancer de l'oesophage. Devant la levée de boucliers, le ministre Gaétan Barrette envisage la possibilité de « réévaluer le dossier avec les équipes médicales de Chicoutimi ».
Le premier ministre Philippe Couillard, qui est également responsable de notre région, en a fait la confidence aux médias, vendredi dernier. La population s'en réjouit, car depuis que l'Université Laval a mis un terme à l'affiliation de l'hôpital de Chicoutimi, en 1978, elle redoute l'affaiblissement de son réseau de santé et conséquemment la perte de précieux services.
Le verdict du titulaire de la Santé a toujours paru plus politique que médical. Avec neuf députés libéraux sur 11, les stratèges politiques de la Capitale-Nationale sont plus gourmands que jamais, à 18 mois de la prochaine élection générale. Le combat de la sauvegarde des acquis est perpétuel. « L'histoire de l'hôpital de Chicoutimi, écrit Normand Perron dans Un siècle de vie hospitalière au Québec, depuis 1970, c'est en partie l'histoire de la résistance des administrateurs locaux aux directives des technocrates de la Santé, puis des Affaires sociales à propos du statut et du développement de l'institution. »     
Un héritage
C'est toujours en évoquant les vertus de la rationalisation qu'un État centralisateur dépouille les agglomérations éloignées des grands centres d'avantages acquis de haute lutte. On a souvent perçu, dans les officines du pouvoir, comme une anomalie la présence chez nous de l'hôpital qui regroupe, sous le même toit, le plus grand nombre de spécialités au Québec.
Un héritage des Augustines de la Miséricorde de Jésus et aussi d'Alcan. Les religieuses ont construit six des sept hôpitaux répartis sur l'ensemble du Saguenay-Lac-Saint-Jean et elles y ont exercé leur apostolat durant près d'un siècle. Quant à la multinationale absorbée par Rio Tinto en 2007, elle a discrètement influencé le gouvernement, durant les années d'abondance du siècle dernier, dans le développement, à proximité, de spécialités médicales nécessaires au recrutement d'ingénieurs et autres professionnels recrutés à l'étranger.
La SAQ
Ce n'est pas seulement en santé que les mouvements de rationalisation de l'État peuvent s'avérer stériles. Le projet de privatisation de la Société des alcools du Québec (SAQ) pourrait en faire une autre démonstration. Gaétan Frigon, qui en fut le PDG, soutient dans une entrevue accordée à La Presse Plus qu'il « est mathématiquement impossible que le privé donne plus d'argent au gouvernement ».
L'économie d'exploitation estimée à quelque 100 millions $ serait engloutie, prévoit-il, dans l'acquisition de certaines succursales et la fermeture de plusieurs autres tout en projetant 7000 employés sur le pavé.
Aux amateurs de bons vins, l'ancien dragon de Radio-Canada adresse le conseil de l'expérience. Ce commerce exige « une mise en marché à l'envers ». Le choix est effectué en fonction non plus des fournisseurs, mais des consommateurs. L'échec subi par les fabricants de cidre en est la démonstration la plus convaincante. « Les épiciers vendaient l'espace sur les étagères, ils exigeaient des caisses gratuites et des rabais en dessous de la table. Ils ont ainsi tué le marché. »
Quand un gouvernement parle de modifier les structures pour les rendre plus efficaces, les régions périphériques s'inquiètent. L'histoire leur enseigne qu'elles seront les grandes perdantes au terme de l'exercice.