Stéphane Bédard, Isabelle Brochu et Réjean Bergeron

La loi du silence

CHRONIQUE / L’omerta guidait l’attitude des premiers maîtres de Saguenay. Ce qui explique la surprise générale devant l’énormité des anomalies découvertes par la mairesse Josée Néron, sa garde rapprochée et le comité de transition formé de Stéphane Bédard, d’Isabelle Brochu et de Réjean Bergeron.

Pour établir son système, le premier conseil municipal de Saguenay a monnayé, en catimini, la manipulation des responsabilités attribuées à des fonctionnaires de haut niveau qui se sont ainsi transformés en mercenaires dociles. Comment expliquer autrement les salaires de premier ministre versés aux plus influents?

La peur

L’information significative était rigoureusement contrôlée par le cercle du pouvoir que formaient le maire et les membres de son exécutif. Et malheur aux associés des bureaux de professionnels, avocats, ingénieurs, architectes et manufacturiers qui osaient critiquer la machine. Ils étaient relayés sur une liste noire, invisible dans les documents officiels, mais bien inscrite dans le cerveau des stratèges et des puissants du jour. C’est ainsi que la peur faisait régner la discrétion dans les centres d’activité économique.

Ce régime à la César soutenu par une propagande fort habilement élaborée a produit, après quatre mandats, la catastrophe étalée au grand jour depuis la victoire de Josée Néron, le 5 novembre dernier. Les primes de séparation et autres retombées négatives coûteront des millions de dollars aux contribuables qu’on a bercés dans l’illusion d’un fardeau fiscal inférieur aux autres villes comparables. 

L’ancienne administration est allée notamment puiser les revenus nécessaires dans des gonflements économiquement injustifiés de l’évaluation des propriétés et une surtaxe infligée aux entreprises commerciales déjà fragilisées par l’achat numérique dont les multinationales milliardaires qui servent d’intermédiaires évitent le tribut rattaché au droit de vendre des biens et services. Au cours de la dernière décennie, Saguenay a continué de dépenser en utilisant la carte de crédit. La ville a doublé son endettement qui atteint maintenant 468 millions $. 

Priorité à la croissance

Pourquoi la population fut-elle laissée dans l’ignorance ? La grande popularité du maire Jean Tremblay avant sa décision de se retirer de la scène municipale démontre qu’un lessivage de cerveaux généralisé avait inspiré la foi du charbonnier aux contribuables. 

Même si l’ingénieur industriel à la retraite, Jacques Pelletier, avait sonné l’alarme avec son analyse fort éclairante sur Saguenay sous l’administration Tremblay publiée l’été dernier, les gens demeuraient sceptiques en pensant que l’auteur a participé à la fondation de l’Équipe du renouveau démocratique (ERD) en 2011 et qu’il venait d’accepter la succession d’André Gauthier à la présidence du Mouvement-Chicoutimi. 

À la fusion de 2002, Saguenay était la sixième ville la plus populeuse du Québec. Elle a été devancée depuis par Sherbrooke. Et Lévis, banlieue de la Capitale nationale et championne nationale du plein emploi, s’avère menaçante. 

Elle ne tire de l’arrière que par 2500 habitants selon le recensement de 2016.

Tout en redressant les finances publiques, l’administration Néron doit mettre l’accent sur l’économie, la création de richesse. Car «Le citoyen d’abord» remboursera longtemps les faux pas des 15 dernières années. Saguenay est heureusement privilégiée de compter un si grand nombre d’entrepreneurs dynamiques et innovateurs qui exportent leurs produits sur les grands marchés de la planète. 

Ils méritent le respect et non une indifférence souvent hostile.