Régis Labeaume et Denis Coderre

Entre deux géants

CHRONIQUE / Québec est en liesse. À moins d’un an de la prochaine élection provinciale, le ministre des Finances Carlos Leitao est parvenu à regarnir les coffres de l’État. Le surplus budgétaire s’élève à 4,49 milliards $. Il a attiré l’attention de l’agence Standard and Poors qui décerne un prix de saine administration à l’équipe libérale en relevant la note de crédit du Québec. Ce qui signifie un allègement du taux d’intérêt relié au remboursement de la dette.

Les victimes

Depuis son élection, le gouvernement Couillard applique un rigoureux « contrôle des coûts » constate Standard and Poors. Les régions en furent les premières victimes par le truchement de la centralisation qui a fauché des programmes et instauré un régime d’austérité. Il fallait bien faire des économies substantielles pour défrayer l’ambitieux calendrier des nouvelles infrastructures en voie de réalisation à Montréal et à Québec. Après le pont Champlain, les trois hôpitaux universitaires, les mille chassés-croisés du réseau routier, le train électrique, de nouveaux projets milliardaires surgissent en campagne électorale.

Denis Coderre et Régis Labeaume s’épient du coin de l’œil pendant que leurs collègues de l’Union des municipalités du Québec évaluent, résignés, ce qui restera à se partager, notamment en périphérie.

Et ils ne sont pas les seuls à s’inquiéter des négociations secrètes que le maire de la métropole poursuit avec les dirigeants politiques et les requins du sport professionnel pour activer le retour des Expos. Des confrères comme Yves Boisvert de La Presse considèrent odieuses les subventions versées indirectement aux États-Unis à des centaines de joueurs multimillionnaires. Les contribuables québécois ont déjà englouti plus d’un milliard et demi $ pour offrir un toit aux Expos. Combien leur coûterait la réalisation du nouveau rêve de Denis Coderre ?

Pour revenir à l’essentiel de notre propos d’aujourd’hui, il faut sans doute se réjouir de l’excellente situation financière du Québec même si le protectionnisme de Donald Trump s’est traduit, la semaine dernière, par un cadeau de 7 milliards $ à Airbus, dont 1,3 milliard $ provient des taxes versées par les contribuables québécois. La manœuvre permet heureusement de conserver 2000 emplois de haut niveau à Mirabel. 

Rafistolage

Ajouté à l’engagement du gouvernement fédéral d’investir 125 milliards $ en 10 ans dans la rénovation des infrastructures, le surplus dont dispose Québec devrait, espérons-le, bénéficier également au Saguenay–Lac-Saint-Jean. Le ventre de Saguenay qui contient essentiellement les réseaux d’aqueduc et d’égout est gravement malade. La guérison exigera des interventions majeures. Les candidats à la mairie se sont montrés assez discrets sur cette déficience majeure par crainte sans doute d’inquiéter davantage les votants du 5 novembre prochain. 

Ils ont ignoré toutefois le projet d’un deuxième pont sur le Saguenay et l’urgence de refaire le toit du Centre Georges-Vézina. L’aréna fut construit la même année que le Colisée de Québec qui s’avère encombrant depuis l’inauguration du magnifique Centre Vidéotron. La région ne mériterait-elle pas mieux qu’une restauration ? Elle doit déjà se contenter d’une remise en bon état du pont Dubuc qui aura 50 ans quand les travaux seront terminés.

Le député Serge Simard aura au moins réussi à faire prolonger jusqu’à La Baie l’autoroute de l’Aluminium. Il restera à la relier à Alma pour renforcer sensiblement les pôles économiques d’une région qui multiplie les initiatives, pas toujours heureuses cependant, dans l’espoir de retrouver sa prospérité des années fastes de la grande industrie.