L'Université du Québec à  Chicoutimi

Crise à l'UQAC

CHRONIQUE / L'histoire se répète. En mai 1991, le recteur Hubert Laforge quittait dans la plus grande confusion la direction de l'UQAC après un règne éphémère de deux ans et demi. Ce n'était toutefois pas la conséquence de pressions syndicales, mais plutôt d'un affrontement avec le ministère de l'Enseignement supérieur.
La raison fondamentale était tout à fait semblable à celle qui a inspiré au recteur Martin Gauthier la décision de renoncer à la sollicitation d'un renouvellement de son mandat. Hubert Laforge, un fils de la région qui assumait les responsabilités de doyen de la faculté des Sciences sociales de l'Université Laval, avait répondu à l'invitation du deuxième gouvernement dirigé par Robert Bourassa de prendre relève d'Alphonse Riverin à la direction de l'institution régionale.
Hubert Laforge
Pédagogue respecté, il fut malheureusement perçu par les gardiens du trésor public comme un administrateur irresponsable quand il refusa d'inclure dans ses propositions budgétaires soumises à la troisième année de son mandat un plan d'élimination graduelle du déficit accumulé de 4 427 300 $. Il avait trop insisté sur la nécessité d'un financement qui « tienne compte davantage de facteurs tels que les particularités d'une université en région, la productivité en recherche, l'absence d'économies d'échelles, les coûts liés à l'éloignement des grands centres et ceux plus élevés de certaines disciplines. » 
L'UQAC fut littéralement placée sous tutelle. C'est finalement Gérard Arguin, le recteur estimé de la décennie 1974-1983 qui sacrifia deux ans d'une retraite bien méritée pour récupérer la confiance de l'État avant de retourner à la sérénité du Lac Clair. Son successeur, Bernard Angers, l'un de ses anciens élèves du Collège de Jonquière, poursuivit magistralement la construction de la jeune université. À son arrivée, la communauté universitaire oeuvrait dans l'édifice principal et au centre sportif. 
Bernard Angers
Au terme de ses deux mandats, en 2001, le campus s'était enrichi de quatre pavillons supplémentaires ainsi que de deux résidences pour étudiants. Et le Conseil national de la recherche scientifique (CNRC) s'apprêtait à ériger le Centre des technologies de l'aluminium (CTA) après le choix effectué par Martin Cauchon, alors ministre du Développement économique régional, avec l'assentiment du gouvernement fédéral de Jean Chrétien.
Le Syndicat des professeurs a provoqué la crise en s'opposant à l'attribution d'un deuxième mandat au recteur Martin Gauthier. Il rejette la gouvernance mise en place sous son autorité, s'inquiète des compressions infligées par Québec qui soustraient 12 millions aux revenus de l'institution. Ces constatations s'ajoutent au retour d'une politique favorisant Laval et les universités montréalaises dans la distribution des subventions à la recherche. 
Le mal dont souffre l'UQAC se manifeste dans tout le réseau canadien des maisons de haut savoir. Il provient surtout de préférences politiques. Au cours de la dernière décennie, 18 dirigeants ont abrégé leur mandat dont la rectrice de l'UQTR, Nadia Ghazzali, en 2015, qui n'avait même pas complété un premier mandat. 
L'UQAC poursuivra son évolution avec un recteur visionnaire qui saura regrouper dans l'harmonie la communauté universitaire autour de l'enseignement, de la recherche et du développement. Il est essentiel également que notre gouvernement au regard trop fixé sur les grands centres fournisse les ressources nécessaires aux constituantes de l'Université du Québec et leur reconnaisse enfin la mission essentielle de participer au développement économique.