Nicolas Roy

Béliveau et Nicolas Roy

CHRONIQUE / « C'est toi mon p'tit Christ qui me critique dans Le Soleil.... » m'apostrophe Jean Béliveau en entrant dans mon bureau avec le concessionnaire Molson, le regretté Jean-Hugues Tremblay qui vient de s'éteindre à l'âge de 87 ans. Devant mon long silence, la vedette des As de Québec savoure l'effet de sa taquinerie en éclatant d'un rire sonore. « ... Ne t'en fais pas, reprend-il sur un ton amical, je respecte le travail des journalistes... Continue... mais sans oublier mes bons coups. »
Cette scène des années 1950 m'est revenue à la mémoire au premier épisode de la série que le réseau Historia consacre à ce héros de notre sport national qui a participé à dix conquêtes de la Coupe Stanley. Mais « le Gros Bill » a torturé l'orgueil des dirigeants du Canadien et de la LNH avant de signer un premier contrat de 100 000 $ pour cinq ans qui a suscité la grogne chez ses futurs coéquipiers.
Le 20 avril 1953...
Béliveau aurait préféré poursuivre sa carrière avec les As de Québec parce qu'il adorait la ville, et la Laiterie Laval, son commanditaire, lui versait l'équivalent du salaire moyen attribué alors aux joueurs des six équipes de la Ligue nationale. Il fut sans doute le seul surdoué à avoir résisté pendant quatre saisons à l'appel de la plus importante ligue de hockey au monde. 
Il a porté l'uniforme des Citadelles (1949-51) et celui des As (1951-53). Mais après le mémorable championnat remporté par les Saguenéens le 20 avril 1953 devant 9000 spectateurs entassés dans le Colisée de Chicoutimi (rebaptisé centre Georges-Vézina plus tard), Béliveau n'avait plus le choix puisque la Ligue senior était devenue professionnelle...
La série en cinq épisodes ne mentionne les Saguenéens qu'une seule fois quand un reporter mentionne à la radio la victoire des Citadelles 5-1 sur l'équipe de Chicoutimi. Or l'entrée des Saguenéens dans la LHJMQ ne s'est effectuée que 20 ans plus tard. Les responsables de cette fiction dont chaque séquence a été rigoureusement vérifiée par l'organisation du Canadien ont sans doute voulu éviter que l'ombre des Saguenéens seniors, vainqueurs des As de Québec et de leur prodige, ternisse la légende. 
Regard d'aigle
La première image que retiendra le téléspectateur témoin de la plus glorieuse époque du Canadien, c'est ce regard d'aigle qu'un Maurice Richard au sommet de son art lance à Jean Béliveau qui fait son entrée officielle pourrait-on dire dans la chambre des joueurs. Les deux hommes apprendront finalement, après le choc des frustrations, à bien harmoniser leurs différences pour transformer le Canadien en véritable dynastie.
En revoyant les images d'archives, le rapprochement Béliveau-Nicolas Roy devient plus évident. Le capitaine des Saguenéens améliore constamment sa puissance d'accélération, une qualité dominante de Béliveau. Et il préfère toujours utiliser des feintes pour déstabiliser les gardiens adverses que d'effectuer un lancer surprise. Surtout en tirs de barrage. 
Près de quatre ans après son acquisition, les partisans sont reconnaissants à l'ancien directeur Marc Fortier d'avoir gagné la mise aux enchères même si le coût comprenant notamment trois choix de première ronde était très élevé. Le capitaine des Saguenéens a répondu aux attentes. Après de multiples modifications, l'équipe s'est hissée jusqu'en deuxième place de sa division et en première ronde des éliminatoires, elle a blanchi 4-0 les coriaces Tigres de Victoriaville.
La prochaine étape sera sans doute plus difficile. Les partisans gardent confiance surtout si le deuxième Russe, German Rubtsov, revient au jeu.