Pierre Bourdeaux, membre du comité du suivi Chronique Alma, Gaston Martel, archiviste, ainsi que Martin Bouchard, président du conseil d'administration de la Société historique du Lac-Saint-Jean, ont procédé au lancement de l'ouvrage Chronique d'Alma.

Alma racontée

Originale et intéressante cette Chronique d'Alma, un recueil d'événements résumant la petite et la grande histoire de la ville de l'hospitalité. J'ai parcouru avec un grand intérêt cette oeuvre impressionnante de l'archiviste et professeur d'histoire, Gaston Martel.
Un livre orné sur la page couverture par une aquarelle aussi magnifique qu'évocatrice signée Judith Tremblay. Les faits sont résumés simplement, dans une langue limpide, élégante à l'occasion, mais sans artifices littéraires. L'observateur d'un demi-siècle d'actualité régionale a savouré tous les rappels de moments heureux et tragiques qui ont façonné l'évolution de cette ville charnière entre le Saguenay et le Lac-Saint-Jean.
L'affaire Gallup
Comme l'affaire Gallup et la participation de J-B. Duke, le roi du tabac des années 1925, à la naissance économique de l'agglomération almatoise dans le giron de la grande industrie. C'est en page 44 que l'auteur évoque le mystère entourant l'empoisonnement d'Abraham Gallup qui aurait sans doute inspiré une interprétation géniale à Agatha Christie, la reine des romans policiers. Soupçonnée de meurtre, la veuve Amy Sprague sera d'abord condamnée à la pendaison. Mais au terme d'un quatrième procès tenu à Québec, elle sera finalement libérée après avoir attendu durant 26 mois, derrière les barreaux, que ses avocats trouvent la faille miraculeuse du doute raisonnable. 
Quant à Duke, il s'intéressera à l'hydroélectricité quand le médecin qui soigne ses pieds toujours endoloris le convertira aux possibilités énormes de cette source d'énergie renouvelable dans le développement d'une Amérique du Nord en pleine croissance. La centrale d'Isle Maligne surgira après d'immenses travaux. Et voici comment les autorités municipales de l'époque justifieront leur appui au rehaussement du niveau du lac Saint-Jean qui ruinera de multiples cultivateurs par une inondation de nombreuses terres fertiles qualifiée de « tragédie du lac Saint-Jean » : « ...ce conseil est d'opinion que les travaux exécutés sont de nature à amener la prospérité non seulement dans notre comté , mais dans toute la province de Québec... »
Opération parapluie
Les effets secondaires de l'exploitation du potentiel hydroélectrique régional ont soulevé également l'ire d'un groupe de femmes. Ces dames accusèrent le gouvernement et la grande industrie, au printemps de 1965, d'influencer négativement le climat. Les accusés ont plaidé non coupables, mais après la présentation de preuves indéniables, le ministre René Lévesque fit interdire les opérations d'ensemencement de nuages jusqu'à la fin de l'été. Après cet édit gouvernemental, le beau temps est revenu et la machination d'esprits un peu trop mercantiles s'est égarée dans la nuit des temps.
L'auteur ne m'a déçu que dans une seule page (139) quand il a associé Jean-Paul Lamirande aux As de Québec alors que ce célèbre défenseur a connu son plus grand moment de gloire, le dimanche 20 avril 1953, dans l'uniforme des Saguenéens de Chicoutimi, lorsque l'équipe régionale a remporté le championnat professionnel canadien en vainquant l'équipe de la Capitale et son capitaine Jean Béliveau.
Même si la nature de cet ouvrage ne visait pas à mettre en exergue des faits dominants, le lecteur réalise qu'Alma est animée par des bâtisseurs, des passionnés du développement comme Laval Fortin, le regretté Jacques Gagnon, fondateur de l'Entraide économique, et Marcel Lessard, qui a lancé le projet de l'autoroute Alma-La Baie dont le Chicoutimien Marc-André Bédard fut un promoteur très efficace.
Espérons qu'un jour, ce lien régional se rendra jusqu'à Alma avant d'atteindre Dolbeau-Mistassini dans un dernier élan.