Chroniques

La région ouvre ses bras

Chronique / Vous vous souvenez de cet autobus qui roulait sur la scène, au dernier tableau des Aventures d’un Flo ? Une image déprimante qui symbolisait, voilà une décennie, le départ de jeunes Bleuets pour la métropole où ils espéraient trouver un emploi. Cette production de Michel Marc Bouchard et de Serge Denoncourt remplaça La Fabuleuse histoire d’un royaume durant quatre ans. Contrairement à l’intention de ses auteurs, elle s’avéra une opération masochiste dont les effets paralysent encore notre développement.

Les 350 participants au Colloque Action économique, une initiative du député démissionnaire Alexandre Cloutier, auraient bien voulu instruire nos exilés d’hier que la mondialisation a modifié notre économie. Un pan complet de l’industrie forestière s’est effondré à l’arrivée du numérique et Rio Tinto Aluminium a ajusté sa production à la concurrence de nouvelles puissances économiques, dont la Chine évidemment. 

La relève

Certes, la grande industrie n’éprouvera jamais d’ennuis de recrutement. Quand elle fait appel à une main-d’œuvre aux qualités appropriées pour un nouveau développement, les candidats se pressent par milliers. Ce sont ces emplois bien rémunérés et stables que les jeunes ne trouvaient plus ici au début du deuxième millénaire.

Ils ont oublié les PME vigoureuses qui ont pris la relève et exportent leurs produits partout sur la planète. Les possibilités d’un meilleur avenir se multiplient, mais les aspirants ont disparu. « Faites confiance à l’entrepreneurship régional. Revenez.... » auraient insisté les bâtisseurs regroupés à Alma jeudi dernier à ces jeunes si précieux qui allaient enrichir la métropole de leur compétence et de leur puissance de travail dans Les aventures d’un Flo. 

Robert Bouchard

C’est en atténuant un mouvement d’impatience où la colère n’était pas absente que Robert Bouchard, le PDG de Béton préfabrique du Lac, a lancé un appel à la main-d’œuvre encore disponible lors de ce rassemblement. « On a investi 25 millions $ dans nos usines situées hors de la région, mais pas un sou ici parce que les travailleurs compétents dont nous avons un urgent besoin sont absents. »

Il a même fait appel aux Haïtiens logés en catastrophe, l’été dernier, au Stade olympique. Ses besoins se limitaient à une trentaine de journaliers. La bureaucratie s’en est mêlée en opposant des problèmes d’intégration et même, insulte suprême, de racisme. 

L’État projette ainsi une très mauvaise perception de l’attitude des Québécois, du moins ceux de notre région, à l’endroit de l’immigration. Reconnaissons-le, l’UQAC n’aurait jamais connu l’épanouissement qui fait notre fierté sans la participation de gens d’ailleurs, dotés d’une formation souvent exceptionnelle. Pensons aux Guy Collin, Adam Nagy, Masoud Farzaneh, Mustapha Fahmi, Laszlo Kiss... En vérité, ils sont légion dans l’histoire de notre université.

Action économique voudrait une implication plus vigoureuse de nos politiciens dans l’exploration de graves problèmes comme la pénurie de la main-d’œuvre. Personnellement, je m’étonne également de leur discrétion durant la présente campagne électorale. À croire que l’élection du premier octobre prochain ne s’adresse qu’aux électeurs de Montréal et de Québec. On assiste à la surenchère habituelle entre nos deux grands centres... Les milliards $ coulent dans la besace des promesses faites aux maires Plante et Labeaume pendant que le gouvernement vient nous annoncer le gel, durant deux ans, des travaux de l’autoroute de l’Aluminium et de la restauration du pont Dubuc. Avez-vous entendu une seule protestation de nos leaders politiques ?

Chroniques

Trump, l'otage volontaire

CHRONIQUE / La région est au cœur de la dernière tourmente déclenchée par Donald Trump. La préoccupation ultime du président américain depuis son élection surprise, c’est de remplir des promesses d’une application irréaliste arrachées par une masse ouvrière furieuse des effets dévastateurs de la mondialisation sur leurs zones industrielles jadis si prospères.

Des régions comme la nôtre ont également subi, impuissantes, ce réajustement brutal provoqué par l’entrée de la Chine et de l’Inde notamment, dans l’économie du numérique et de la robotisation. Malgré des conditions exceptionnelles comme de l’énergie propre à bon marché, elles ont dû s’adapter, mais en subissant le sacrifice de milliers d’emplois. Malgré leurs difficultés, nos voisins du sud vivent le plein emploi et leur nouveau président s’est empressé d’enrichir davantage ses amis fortunés en réduisant généreusement leurs impôts. 

Toujours en campagne

Escamotant systématiquement la responsabilité traditionnelle attribuée à la première puissance de la planète dans l’harmonie des nations, Trump est demeuré un chef de parti en campagne électorale. Ses partisans le harcèlent depuis qu’il tient la baguette magique de président. Leurs représentants ont fait la page couverture du Quotidien et d’autres journaux, vendredi dernier. Coiffés de leur casque de travail, ils observaient le président signant un autre édit menaçant. Comme si l’homme le plus puissant de la planète était devenu l’otage d’un groupe d’enragés. C’est très intimidant et probablement unique dans l’histoire de la politique américaine.

Après une période de réflexion, le champion du protectionnisme a exempté nos producteurs d’aluminium et d’acier des tarifs douaniers qu’il veut imposer à plusieurs autres grands pays producteurs. Mais le soulagement du Canada n’a duré qu’un souffle puisque le président s’est empressé de spécifier que l’exception tiendra jusqu’à un renouvellement de l’ALÉNA satisfaisant pour l’Amérique. Et parmi ses cibles, il a mentionné l’agriculture et la gestion de l’offre.

C’est un marché de dupes. La gestion de l’offre qu’on pourrait traduire par un équilibre entre l’offre et la demande a épargné les régions des invasions barbares du capitalisme sauvage. L’agriculture est une activité économique forte chez nous de 1200 entreprises familiales réparties de Petit-Saguenay à Girardville qui génèrent au-delà de 2200 emplois et fait tourner un chiffre d’affaires annuel de 290 millions $. Elle continue de croître grâce surtout à des entreprises phares comme Nutrinor et la Laiterie de La Baie qui sont parvenues à obtenir l’impossible lorsqu’on est en région, soit un financement adéquat à de multiples projets novateurs.

Une cible convoitée

Il est évident que les géants de l’alimentation aux États-Unis salivent quand ils calculent avec quelle facilité ils pourraient bouffer cette industrie. Les agriculteurs québécois ne sont pas directement subventionnés. Ceux de la majorité des producteurs américains et européens le sont. Les nôtres ont simplement fait adopter un système qui prévient les ravages de la surproduction et permet un revenu décent aux producteurs laitiers.

Le grand penseur Jean-Marie Couët, qui fut à l’origine de la formule, m’avait raconté, dans les années 1970, la grande tournée qu’il avait menée pour regrouper nos travailleurs de la terre autour de leurs intérêts. « J’estime, m’avait-il confié, qu’un producteur laitier mérite autant qu’un Métallo d’Alcan. » Son projet est devenu réalité.

Mais le danger persiste, surtout avec des négociateurs aussi intransigeants que Donald Trump.

Bertrand Tremblay

L'avenir de l'aluminium québécois

CHRONIQUE / Le monde économique est en émoi. Après avoir menacé de droits d’exportation tous les partenaires économiques des États-Unis, Donald Trump désigne spécifiquement les industries de l’aluminium et de l’acier qui seront frappées, cette semaine, annonçait-il vendredi dernier, de tarifs punitifs fixés à la hauteur de 10 % et de 25 %. « Folie autodestructive », tranche le Wall Street Journal.

Devant cette condamnation et celle des spécialistes américains qui ont analysé le danger d’une telle attitude, le locataire de la Maison-Blanche s’empresse de répliquer que « les guerres commerciales sont bonnes et faciles à gagner ». Un raisonnement que plusieurs relient à la puissance militaire de pays agresseurs responsables des deux dernières guerres mondiales. Et avec l’arsenal atomique, les apprentis sorciers détiennent le pouvoir du suicide collectif. Trump s’est amusé, samedi, lors d’un dîner de partisans républicains à sa propriété en Floride, en lançant dans un éclat de rire et des applaudissements qu’« être président à vie est une idée géniale » en faisant allusion à son homologue chinois Xi Jinping.

Tout ou rien...

L’intransigeance manifestée par les négociateurs américains n’accorde aucune issue honorable au Canada et au Mexique, les deux autres associés de l’ALENA. Il vaut mieux se retirer immédiatement de cette alliance, selon des sages d’Ottawa, que de capituler tant que nos voisins du Sud sous la gouverne de Trump donneront l’impression de vouloir transformer notre pays en république de bananes soumise aux caprices d’un multimilliardaire qui bafoue le système politique.

Quoi qu’il arrive, le Québec continuera d’exporter l’essentiel de sa production d’aluminium aux États-Unis, et Rio Tinto comme Alcoa et Alouette savent fort bien que l’avenir plaide pour leur industrie. Même l’ancien député André Harvey, qui a laissé un riche héritage, dont notamment le CTA et l’aménagement de la Zone portuaire de Chicoutimi, a quitté la sérénité de sa retraite pour réfléchir sur les solutions dans une entrevue accordée au confrère Denis Villeneuve. Il a notamment rappelé le recul sur la transformation de l’aluminium provoqué par la fermeture de l’Usine Saguenay qui produisait annuellement 200 000 tonnes de tôle d’aluminium.

Rio Tinto Aluminium

Pour éviter de heurter leurs clients américains, Alcan et par la suite Rio Tinto ont mis davantage l’accent sur la production de l’aluminium à valeur ajoutée. Les efforts de transformation d’activités périphériques proviennent surtout des PME et des équipementiers comme STAS que l’équipe économique de La Presse+ découvrait récemment avec un étonnement teinté d’admiration. 

Tout va bien présentement chez Rio Tinto. Le chef de la direction Aluminium, Alf Barrios, le confirme dans la dernière édition du Lingot. Il mentionne la hausse de 16 % des liquidités nettes, la réduction des coûts, l’addition de 54 % des produits à valeur ajoutée et l’accroissement de 6 % de la production de bauxite « renforçant notre position en tant que chef de file mondial du commerce maritime de bauxite. »

Le grand patron de Rio Tinto Aluminium apprécie le réajustement de la production chinoise aux réalités du marché. Ce réaménagement planétaire ouvre de nouvelles « options de croissance dans le domaine de la bauxite », rendent plus avantageux les investissements dans la recherche et le développement tout comme les projets de modernisation de l’ensemble du complexe de Jonquière ainsi que d’expansion de l’aluminerie d’Alma et du Centre technologique AP60 d’Arvida.

Un discours positif que le populisme revanchard de Trump ne viendra pas, espérons-le, bousiller.

Bertrand Tremblay

Emplois et main-d'oeuvre

CHRONIQUE / Maintenant que la dénatalité avale les derniers chômeurs encore motivés, une population en perpétuel questionnement assiste à une course effrénée aux emplois et à la main-d’œuvre venue d’ailleurs pour les occuper. Il faut poursuivre de front les deux objectifs pour éviter la régression démographique et l’affaissement d’une économie menacée d’anémie par les guerres commerciales.

L'ancien ministre Denis Lebel a fait la démonstration du phénomène, à sa première visite en qualité de nouveau PDG de l’Association forestière du Québec. Pendant que nous développons de nouveaux produits qu’exploiteront la grande entreprise ou des PME innovatrices, il faut recruter des forestiers pour maintenir la qualité de la ressource et faire tourner les scieries.

Mission économique

Pendant ce temps, le monde politique lance un grand mouvement pour stimuler l’activité économique dans les régions périphériques. Il est sans doute inspiré par la campagne électorale qui s’amplifiera jusqu’à l’élection générale d’octobre prochain. La Maison des Régions est réapparue dans la métropole. Elle n’a guère suscité d’intérêt dans le passé.

Cette fois, Montréal manifeste une nouvelle philosophie depuis l’avènement de Valérie Plante à la mairie. Claudia Fortin, la directrice du service aux entreprises de Promotion Saguenay, a cru percevoir cette ouverture en organisant une première mission économique avec la participation d’une vingtaine d’entreprises. 

Quant au ministre Martin Coiteux, titulaire des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire, il a fait une tournée surprise chez nous pour inciter les élus à préciser leurs priorités. Les trois députés péquistes répliquent à la stratégie du gouvernement libéral en convoquant la région à une journée de discussion, le mercredi 28 février, à Alma, avec l’objectif ultime de ressusciter le concept d’une table de concertation régionale.

L’organisation de ces séances de consultation paraît vouloir court-circuiter le projet d’un nouveau mécanisme régional de concertation et de développement efficace « adoptée à notre réalité » proposé, au début du mois, par Denis Trottier, président fondateur et animateur d’Option régions.

L’ancien député de Roberval avait même proposé ses services à Saguenay et aux quatre MRC de la région pour définir « le type d’organisation et de concertation » conforme à leur réalité. L’opération lui apparaît nécessaire à une véritable décentralisation. Devant le silence des autorités régionales, Denis Trottier observera, sous un ciel propice à la réflexion, l’évolution du climat politique jusqu’au printemps. 

Vanja Srepel

Dans Le Progrès de samedi dernier, Roger Blackburn se rappelait avec fierté que Sidney Morin, la jeune hockeyeuse de l’équipe américaine, qui a décroché l’or en vainquant la formation canadienne, est la fille de Charles Morin, un ami à l’époque de leur adolescence. 

Sidney est aussi la petite fille de ma sœur Andréa, mariée dans les années 1950 à Vanja Srepel, un immigrant croate, ingénieur de formation, invité par Alcan à œuvrer à l’aluminerie d’Arvida. Il était également pianiste, patineur artistique et skieur de haut niveau. Ma sœur chantait superbement et son bras gauche déjouait toutes ses rivales au tennis. Mon beau-frère est disparu, mais la grand-mère est encore bien vivante et elle m’exprimait, hier, dans un bouillon d’émotion, son admiration à l’endroit de sa petite Américaine, la dernière descendante des Srepel.

Bertrand Tremblay

Après 100 jours

CHRONIQUE / Un premier média national, La Presse+, prolonge enfin son regard sur le changement de garde à l’hôtel de ville de Saguenay. Il a attendu que la période d’initiation des 100 jours accordée à la toute nouvelle organisation politique qui accède au pouvoir soit franchie avant de s’intéresser à La révolution Néron, comme il qualifie en titre, dans son édition de samedi dernier, le bouleversement effectué par les contribuables au scrutin du 5 novembre 2017.

Durant le long règne de 20 ans sur Chicoutimi intégrée en 2002 à Saguenay, l’ancien maire devint l’une des cibles favorites de Jean-René Dufort, le redoutable Infoman de Radio-Canada. Le caractère original de Jean Tremblay et ses idées jugées dépassées par plusieurs à l’ère du numérique ont provoqué plusieurs discussions insolites avec le fou du roi de la démocratie et ont rendu l’ancien premier magistrat très visible dans la stratosphère médiatique. Je doute que l’Infoman réapparaisse dans le décor saguenéen.

Une femme forte

Le chroniqueur Francis Vailles présente à l’immense lectorat de La Presse+ une femme forte, mère et grand-mère à 57 ans, taillée sur mesure pour la politique contemporaine avec sa formation comptable et sa maîtrise en administration. Josée Néron résume ainsi au confrère montréalais le style pratiqué par l’ancienne équipe municipale. « Saguenay roulait sur environ 15 millions $ d’emprunt pour payer une partie de l’épicerie. Or, la dette devait servir pour des immeubles, des routes, le réseau de distribution d’eau, mais pas pour payer les salaires ou des régimes de retraite. »

Elle a évidemment inclus dans son analyse la situation aussi abracadabrante qu’avantageuse que s’était aménagée, trois jours avant les élections, Ghislain Harvey, l’homme fort qui dirigeait la machine. Celle qui a forgé ses aspirations à la mairie dans l’austère opposition aurait voulu que le ministère des Affaires municipales place Promotion Saguenay sous tutelle. Québec a préféré confier à ses vérificateurs un examen minutieux des livres comptables. Le rapport sera déposé en mai.

La surprise

La grande surprise du chroniqueur Francis Vailles, c’est de constater que les contribuables ont absorbé en philosophes l’imposition d’une hausse de l’effort fiscal municipal supérieure à la majorité des autres villes, notamment Montréal (3,3 %) et Québec dont les contribuables bénéficient d’un gel durant la présente année électorale. On se rappellera que la mairesse Valérie Plante peine à retrouver l’éclat de son perpétuel sourire devant la grogne de Montréalais et contribuables associés de la couronne métropolitaine qui se plaignent d’être surtaxés. Il faut bien reconnaître qu’en retour, Québec et Ottawa n’ont pas cessé depuis quatre ans de déverser la manne d’investissements plantureux dans les infrastructures et le transport en commun.

Questionné sur l’avenir économique, madame Néron précise vouloir mettre l’accent sur les projets numériques amorcés sous l’administration Tremblay avec l’avènement d’Ubisoft, et ceux reliés aux ressources naturelles comme Arianne Phosphate et Métaux BlackRock tout en collaborant avec Rio Tinto qui vient d’annoncer le rajeunissement de Vaudreuil, l’usine d’alumine, au coût de 250 millions $.

Le reportage ne mentionne pas le questionnement autour de la transformation de l’aluminium et la contribution majeure de nos équipementiers ainsi que d’une multitude de PME innovatrices qui parviennent à exporter malgré le protectionnisme agressif manifesté par la Maison-Blanche depuis que le président Donald Trump en est le locataire.

Bertrand Tremblay

De Louis Hémon à Charles de Gaulle

CHRONIQUE / En lisant les critiques sur Aria de Laine, le dernier livre publié autour du célèbre roman de Louis Hémon, et en recevant Charles de Gaulle, une certaine idée du Québec, livre célébrant le 50e anniversaire de la mémorable visite du général, j’ai naturellement fait le rapprochement de deux événements historiques. Le premier remonte à la publication posthume de Maria Chapdelaine, en 1916. Le deuxième correspond au « Vive le Québec... libre ! » lancé, 60 ans plus tard, du balcon de l’hôtel de ville de Montréal, par le président de la France dans le cadre d’Expo 67.

Aria de Laine est la façon la plus originale imaginée par une jeune artiste visuelle et musicienne, dont les parents sont originaires du Lac-Saint-Jean, de prendre le relais et ramener ainsi Maria Chapdelaine dans l’actualité, comme à chaque année ou presque, depuis le lancement, en 1974, de L’aventure Louis Hémon, une biographie qui couvre près de 400 pages. Celle qui camoufle son nom dans le pseudonyme Meb parvient en découpant et en caviardant le récit publié à des millions d’exemplaires dans une multitude de langues à en tirer un poème issu davantage, peut-on en déduire, d’une manipulation des mots utilisés par Louis Hémon qu’à une nouvelle forme de littérature.

Gilbert Lévesque

Le rapprochement s’intensifie quand j’apprends que le Montréalais Gilbert Lévesque, qui fut président du Musée Louis-Hémon de 1980 à 1986, a activement participé à la rédaction du livre sur de Gaulle signé par Alain Ripaux. Après le rayonnement planétaire de Maria Chapdelaine et son message sur les vertus du terroir, un thème qui a servi de propagande au gouvernement pour favoriser la colonisation de l’Abitibi dans les années 1930, le général de Gaulle a profité de l’occasion pour réajuster le tir et soutenir l’orientation du Québec et de sa métropole vers le modernisme. Il a peut-être voulu aussi combler ce choix de Louis Hémon d’avoir complètement ignoré, dans son roman, l’industrialisation naissante du Saguenay-Lac-Saint-Jean dont il était pourtant fort conscient puisqu’il fut à l’emploi de Price Kénogami à son arrivée au pays des Bleuets.

Sous les acclamations d’une foule conquise, l’homme qui a su préserver les acquis de la France après la chute d’Hitler s’est adressé à toutes les mentalités du Québec en circulant sur le Chemin du Roy jusqu’à Montréal. Son discours et surtout cette invitation à la souveraineté d’une province du Canada, pays à majorité anglophone, firent scandale. 

Accueil chaleureux

Plusieurs journalistes et politiciens ont prétendu que c’est l’atmosphère de la fête et l’accueil chaleureux des Québécois qui l’avaient poussé à commettre, accidentellement, un incident diplomatique d’envergure. Mais la lecture du De Gaulle, la version de Max Gallo, convainc du contraire. Le général n’improvisait jamais. Toutes ses interventions étaient bien planifiées. 

Comme il était, à l’époque, le personnage politique le plus connu, sa référence à la situation politique du Québec attira l’attention du monde entier. Et la presse internationale procéda, pendant des mois, à un examen minutieux de la situation socio-économique de cette enclave francophone dans l’océan anglo-saxon nord-américain. Même les cousins du Vieux Continent ont alors fait notre découverte. 

Le seul incident qui a choqué de Gaulle durant cette visite officielle, c’est la constatation faite, en montant sur un navire mis à sa disposition par Ottawa, que le capitaine ne parlait pas français. Le Canada démontrait ainsi, pensa-t-il, que les francophones vivent dans un pays conquis. 

La population urbaine, qui goûte présentement au nectar de l’abondance, a-t-elle encore la motivation de poursuivre le combat ?

Bertrand Tremblay

Deux poids, deux mesures

CHRONIQUE / Le mépris manifesté par Alain Dubuc à l’endroit des « universités régionales », comme il les désigne malicieusement, est essentiellement imputable à l’ignorance. Journaliste, écrivain et conférencier, cet intellectuel perçoit les régions à travers la lorgnette des préjugés urbains.

Il approuve l’odieuse politique du deux poids, deux mesures appliquées par Québec et Ottawa dans la distribution du Fonds d’investissement stratégique du Canada (FIS) et du Plan québécois des infrastructures 2016-2026 (PQI). Les 10 institutions de l’Université du Québec (UQ) n’ont reçu, de l’enveloppe fédérale, qu’un maigre 33 millions $, moins que Concordia, qui a touché 37 millions $.

Injustice

Le Québec ne s’est pas montré plus équitable en n’attribuant que 850 millions à l’UQAM et aux neuf autres constituantes de l’UQ après avoir enrichi de trois milliards $ les huit universités à charte qui comprennent les dominantes Laval, Montréal, McGill et Sherbrooke. Même s’ils sont maintenant financés par l’État, ces éléments du noyau original de l’enseignement supérieur échappent, contrairement à la famille UQ, à l’examen du vérificateur général. Comme l’écrivait si justement Manon Cornellier dans Le Devoir de samedi dernier, les institutions de l’UQ « ont fait leurs preuves. Elles méritent d’être solidement appuyées, et par davantage que de belles paroles ». 

Là où Alain Dubuc erre dangereusement, c’est quand il prétend (La Presse du premier février) que « l’opposition entre grandes universités de recherche et petites universités régionales place l’UQAM dans une position qui peut être inconfortable, parce qu’elle est à la fois une grande université urbaine et à la fois une constituante d’un réseau essentiellement régional ».

Un certain Claude Ryan, esprit universel, avait révisé un jugement semblable après avoir visité l’UQAC en pleine croissance et s’être informé durant une journée complète auprès des professeurs et des chercheurs. L’illustre disparu, alors ministre de l’Enseignement supérieur, avait par la suite abandonné l’idée de confiner les institutions en région au premier cycle après avoir découvert, avec une réflexion d’admiration, la qualité de la recherche chez nous.

Fondation de l’UQAC

« Université régionale » distinguera le confrère Alain Dubuc en ignorant la diffusion universelle des travaux effectués par des professeurs émérites de l’UQAC comme Gérard Bouchard et Masoud Farzaneh. Le premier a assemblé durant plus d’un quart de siècle une banque de données généalogiques sur toutes les familles du Québec dont les applications médicales corrigent de nombreuses déviations des complexes croisements de la nature et guident les mouvements de prévention. Quant au Dr Farzaneh et son équipe, ils ont développé des mécanismes pour contrer les effets néfastes du verglas sur les lignes de transport d’énergie hydroélectrique.

Ce ne sont que deux exemples entre mille des recherches effectuées autour de préoccupations régionales dont les résultats s’insèrent dans la connaissance universelle. Les professeurs de l’UQAC développent, avec des étudiants rémunérés, quelque 380 projets de recherche. Une vingtaine de millions $ sont investis annuellement dans ces activités.

L’argent provient d’organismes créés par l’État pour scruter les propositions selon des critères rigoureux, mais aussi de la Fondation de l’UQAC issue d’une volonté régionale de favoriser, selon l’expression de son créateur Paul-Gaston Tremblay, la croissance du pays des Bleuets. Avec les 14 millions $ recueillis, les contributions de la Fondation dépassent, depuis 1972, les 19 millions $.

Bertrand Tremblay

Adieu mon ami Klaude

CHRONIQUE / Le confrère Klaude Poulin, qui fut directeur de l’information à CJPM/TVA durant une trentaine d’années, vient de s’éteindre à l’âge de 85 ans et 11 mois. Homme de culture, je l’avais croisé une dernière fois, l’automne dernier, à la Bibliothèque de Chicoutimi, toujours accompagné de sa souriante compagne de vie, Claire Chainey. Il m’avait brièvement entretenu d’un nouveau projet qui mijotait dans son esprit toujours en bouillonnement.

CJPM

Beauceron d’origine, il avait d’abord collaboré à un hebdomadaire local, Le Progrès de Saint-Georges, en qualité de chroniqueur sportif. Mais son occupation première se situait à la Banque Canadienne Nationale, où il assumait la responsabilité des comptes d’affaires. Il préféra finalement le journalisme en devenant rédacteur en chef du Progrès de Thetford, en 1957, et copropriétaire de trois autres hebdos. Il quitta l’écrit pour s’orienter vers la télévision et devenir un Bleuet d’adoption quand il accepta l’invitation de CJPM d’aménager un service de l’information.

Après 29 ans d’un labeur dont la qualité fut appréciée à l’échelle nationale, il se retira dans ses terres, mais sa retraite fut de courte durée. Il entreprit une nouvelle carrière dans le monde des communications tout en continuant à s’intéresser à l’histoire, aux voyages, aux arts et à la généalogie. Son avènement à la présidence de CKAJ-FM de Jonquière fut à l’origine d’un modèle grand public de la radio communautaire.

Il absorba la disparition du Carnaval-Souvenir, dont il fut l’un des présidents, comme une tragédie. L’événement annuel qui avait remporté le prix national du tourisme lui paraissait une façon agréable de commémorer le courage de nos ancêtres. Parmi ses autres participations bénévoles aux initiatives du milieu, mentionnons l’Opérette et la Société de généalogie du Saguenay. Ce dernier organisme a occupé ses plus beaux moments de recherche jusqu’à son dernier souffle. Car il lui permettait de vivre l’histoire à travers les familles. 

La généalogie

C’est à Rouen, en 1964, qu’il prit pleinement conscience des vertus de cette science. Elle lui a ouvert la voie de sa famille jusqu’à ses origines (Poulain devenu Poulin). Le volet maternel remonte jusqu’à Dieppe en Normandie. Il a suivi, par la suite, la trace des Vikings qui ont envahi la Normandie. Les guerres intestines et les épidémies les ont conduits sur des terres plus hospitalières en Nouvelle-France, la Côte-de-Beaupré spécifiquement. Après la conquête des Anglais vers 1760, ils se dirigèrent vers La Beauce où leur caractère combatif a rendu cette région dynamique et marqué d’un esprit entrepreneurial. C’est la généalogie qui lui a appris qu’un de ses oncles, Arthur Godbout, fut député pendant 19 ans, élu à trois scrutins consécutifs sans opposition. Son épouse, Claire Chainey, peut également ressentir de la fierté en suivant le fil de son ascendance puisque Dick Cheney, un ancien vice-président américain, y figure.

Intarissable quand il racontait des anecdotes reliées à l’histoire des Poulin-Chainey, notre regretté disparu aimait rappeler avoir profité de ses derniers voyages en France pour tourner des vidéos sur les ancêtres issus de lieux bien connus au Canada comme Dieppe, Honfleur, Larochelle, Rouen et Saint-Malo. Il a poursuivi son exploration jusque dans le régiment de La Chaudière où plusieurs Québécois ont combattu en héros les Allemands envahisseurs durant la guerre 1914-18.

Klaude Poulin nous laisse de précieux documents et le souvenir d’un grand humaniste. Qu’on me permette de présenter mes plus sincères condoléances à son épouse Claire Cheney et à tous les autres membres de sa famille.

Chroniques

Des Saguenéens très populaires

CHRONIQUE / Les Saguenéens de Chicoutimi bénéficient d’une visibilité fort précieuse avec le succès de Junior Majeur, l’un des trois films québécois les plus populaires de la dernière année.

Sur la bonne voie

Dans la réalité, leur situation d’aujourd’hui ressemble à un passage obligé dans les bas-fonds de la ligue avant la remontée que devrait provoquer l’avènement progressif de talents prometteurs obtenus dans le jeu des échanges et lors de la sélection des meilleurs candidats provenant des écoles de formation. C’est en pensant aux partisans que Yanick Jean, avec l’assentiment sans doute de la haute direction, s’est imposé le redoutable défi de vaincre les favoris, les Sea Dogs de Saint-Jean, en demi-finale, le printemps dernier. Il renonçait ainsi aux avantages que l’équipe aurait pu retirer en cédant Nicolas Roy aux plus sérieux aspirants à la Coupe Memorial.

Les partisans ont cru, un moment, au miracle. Sur leur patinoire, les Saguenéens ont soulevé la foule comme aux plus belles années. Ils sont allés au bout de leurs forces et de leur habileté pour s’incliner finalement en six parties devant les monarques du circuit qui ont par la suite amèrement déçu les Québécois en tardant trop à imposer leurs atouts devant leurs rivaux ontariens et américains au championnat canadien du junior majeur.

L’essentiel, c’est que l’organisation des Saguenéens a offert, dans les dernières séries éliminatoires, un spectacle de haute qualité à leurs fidèles amateurs. Son sens de la reconnaissance embellit son image et construit l’avenir. Après l’hommage rendu à Olivier Galipeau, le grand capitaine d’un trop court séjour chez nous, les dirigeants ont retiré le chandail 35 d’Éric Fichaud, samedi dernier, avant de couronner la fête par une victoire convaincante de 5-1 aux dépens des coriaces Olympiques de Gatineau. 

La grande question

Ce nouvel élu au temple de la renommée des Saguenéens a ramené l’équipe au sommet, durant la décennie glorieuse de 1990. Rappelons aux nostalgiques qu’un autre athlète exceptionnel a contribué, en 1993-94, à conduire les Saguenéens jusqu’à un lancer de la Coupe Memorial, soit le défenseur Steve Gosselin, auteur de 106 points, qui dirigea accidentellement une rondelle dans la forteresse qu’il défendait avec tant de brio.

L’esprit de Georges Vézina imprègne sans doute l’aréna puisqu’un autre gardien dominant, Marc Denis, qui sera proclamé meilleur gardien en 1996-97, et demeurera toujours attaché à sa ville d’adoption. Il partage d’ailleurs présentement la gestion de l’équipe avec le président Richard Létourneau et l’homme d’affaires Jean-François Abraham.

Tous ces gens méditent sûrement l’annonce faite de la construction, à Trois-Rivières, au coût de 53,6 millions $, d’un nouvel amphithéâtre pouvant accueillir 5500 spectateurs, dont 26,8 M$ proviendront de Québec. Avant de tirer sa révérence, l’ancien maire Jean Tremblay avait présenté un projet de rénovation estimé à 25 millions $ du Centre Georges-Vézina. Mais la bâtisse aura 70 ans cette année... Restauration ou construction neuve ? Ce sera l’une des grandes questions qui animeront les discussions durant la prochaine campagne électorale provinciale.

Chroniques

Saguenay ville étudiante

CHRONIQUE / La salle Gilbert-Gravel, où la Fondation de l’UQAC tient ses réunions hebdomadaires, débordait, vendredi dernier. Les membres et leurs invités voulaient savoir comment la mairesse Josée Néron entend imprégner à Saguenay le caractère d’une véritable ville étudiante, un projet qui mijote depuis une décennie.

À l’hôtel de ville, cette noble intention s’impose comme une priorité. Élus et citoyens réalisent l’importante contribution de l’université et des deux cégeps à un développement qu’ils souhaitent plus dynamique. Rappelons-nous que l’UQAC n’est pas seulement la première maison d’enseignement du Saguenay-Lac-Saint, de la Côte-Nord et de Charlevoix. 

Elle s’avère aussi un efficace agent de développement avec ses programmes de recherche et un pilier de l’économie régionale constitué de quelque 6500 étudiants et 1800 employés. 

Agglomération attirante 

Il est essentiel de mettre à la disposition de la population étudiante des circuits de transport en commun efficaces et financièrement accessibles pour relier le campus aux centres commerciaux et autres carrefours comme les lieux de culture, les centres d’activité physique, les restaurants et même les bars aux heures appropriées. 

La vision de la mairesse prévoit le développement de programmes répondant aux réalités présentes et susceptibles de générer des solutions à des problèmes vécus chez nous. Elle comprend également l’attribution de bourses à des étudiants dont les recherches reliées à des problèmes vécus par l’administration publique auront projeté un éclairage sur des solutions nouvelles.

Deux modèles

C’est Sherbrooke qui présente, au Québec et même dans l’ensemble du pays, le modèle d’une ville étudiante vivante. En appliquant ce concept, la reine des Cantons de l’Est exploite l’avantage que lui confère sa situation géographique au cœur du triangle d’or Montréal-Sherbrooke-Québec. Elle a prolongé sa faculté de médecine jusqu’à Chicoutimi et ailleurs. Son université accueille 40 000 étudiants, à l’égal des grandes sœurs de la métropole. 

Notre biologiste, directeur de la Chaire en éco-conseil, Claude Villeneuve, fut le premier, à ma connaissance, à élaborer sérieusement sur l’idée de ville universitaire. C’était dans sa chronique du 7 octobre 2013 publiée dans Le Quotidien. Sa mémoire avait précieusement conservé le souvenir de sa visite faite 40 ans plus tôt à Uppsala, en Suède, une ville d’importance similaire à Saguenay avec ses 140 000 habitants. 

Au total, 2400 de ses 23 000 étudiants aspirent au doctorat. Tout comme l’UQAC, mais à un niveau beaucoup plus intense, Uppsala est à l’origine « d’entreprises de recherche qui donnent du travail à des milliers de personnes.... 

On a compris la richesse que représente leur contribution à la communauté par leur imagination, leur créativité et leur joie de vivre. »

Mais la politique, au Québec, exerce une action dangereusement corrosive à l’épanouissement des universités en région. Elle regroupe sournoisement les maisons du savoir en deux catégories. Les huit « riches » universités à charte concentrées à Montréal et à Québec, et les dix « pauvres » réunies sous le chapiteau de l’Université du Québec. 

Lise Bissonnette, présidente du conseil de l’UQAM, ne comprend pas l’hésitation de la ministre de l’Enseignement supérieur, Hélène David, à intervenir comme elle en a pris l’engagement. Nos élus devraient se préoccuper davantage du péril, surtout en campagne électorale.