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Saguenay ville étudiante

CHRONIQUE / La salle Gilbert-Gravel, où la Fondation de l’UQAC tient ses réunions hebdomadaires, débordait, vendredi dernier. Les membres et leurs invités voulaient savoir comment la mairesse Josée Néron entend imprégner à Saguenay le caractère d’une véritable ville étudiante, un projet qui mijote depuis une décennie.

À l’hôtel de ville, cette noble intention s’impose comme une priorité. Élus et citoyens réalisent l’importante contribution de l’université et des deux cégeps à un développement qu’ils souhaitent plus dynamique. Rappelons-nous que l’UQAC n’est pas seulement la première maison d’enseignement du Saguenay-Lac-Saint, de la Côte-Nord et de Charlevoix. 

Elle s’avère aussi un efficace agent de développement avec ses programmes de recherche et un pilier de l’économie régionale constitué de quelque 6500 étudiants et 1800 employés. 

Agglomération attirante 

Il est essentiel de mettre à la disposition de la population étudiante des circuits de transport en commun efficaces et financièrement accessibles pour relier le campus aux centres commerciaux et autres carrefours comme les lieux de culture, les centres d’activité physique, les restaurants et même les bars aux heures appropriées. 

La vision de la mairesse prévoit le développement de programmes répondant aux réalités présentes et susceptibles de générer des solutions à des problèmes vécus chez nous. Elle comprend également l’attribution de bourses à des étudiants dont les recherches reliées à des problèmes vécus par l’administration publique auront projeté un éclairage sur des solutions nouvelles.

Deux modèles

C’est Sherbrooke qui présente, au Québec et même dans l’ensemble du pays, le modèle d’une ville étudiante vivante. En appliquant ce concept, la reine des Cantons de l’Est exploite l’avantage que lui confère sa situation géographique au cœur du triangle d’or Montréal-Sherbrooke-Québec. Elle a prolongé sa faculté de médecine jusqu’à Chicoutimi et ailleurs. Son université accueille 40 000 étudiants, à l’égal des grandes sœurs de la métropole. 

Notre biologiste, directeur de la Chaire en éco-conseil, Claude Villeneuve, fut le premier, à ma connaissance, à élaborer sérieusement sur l’idée de ville universitaire. C’était dans sa chronique du 7 octobre 2013 publiée dans Le Quotidien. Sa mémoire avait précieusement conservé le souvenir de sa visite faite 40 ans plus tôt à Uppsala, en Suède, une ville d’importance similaire à Saguenay avec ses 140 000 habitants. 

Au total, 2400 de ses 23 000 étudiants aspirent au doctorat. Tout comme l’UQAC, mais à un niveau beaucoup plus intense, Uppsala est à l’origine « d’entreprises de recherche qui donnent du travail à des milliers de personnes.... 

On a compris la richesse que représente leur contribution à la communauté par leur imagination, leur créativité et leur joie de vivre. »

Mais la politique, au Québec, exerce une action dangereusement corrosive à l’épanouissement des universités en région. Elle regroupe sournoisement les maisons du savoir en deux catégories. Les huit « riches » universités à charte concentrées à Montréal et à Québec, et les dix « pauvres » réunies sous le chapiteau de l’Université du Québec. 

Lise Bissonnette, présidente du conseil de l’UQAM, ne comprend pas l’hésitation de la ministre de l’Enseignement supérieur, Hélène David, à intervenir comme elle en a pris l’engagement. Nos élus devraient se préoccuper davantage du péril, surtout en campagne électorale.

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L’ère de l’innovation

CHRONIQUE / Toute menue avec sa tête d’intellectuelle, la vice-première ministre Dominique Anglade se distingue avec éclat parmi la garde rapprochée de Philippe Couillard. Aux grandes annonces du gouvernement comme aux moments difficiles, elle adopte la tenue de circonstance. Mais la curiosité de son regard indique qu’elle ne joue jamais à la figurine. Son esprit travaille et saura utiliser les informations recueillies en temps opportun.

On la croyait vouée à l’essor des grandes entreprises. Au cours des derniers mois, les régions ont appris à mieux la connaître. En réalisant l’existence d’un énorme potentiel de développement hors des grands centres, elle a profité de toutes les occasions à caractère économique pour multiplier ses présences. C’est ainsi qu’en présence de confrères, j’ai eu l’avantage de faire brièvement connaissance de la ministre de l’Économie, de la Science et de l’Innovation, responsable de la Stratégie numérique. Et qui assume le prestigieux poste de vice-première ministre. 

Aux premières loges

On peut se réjouir de l’intérêt que Dominique Anglade porte au Saguenay–Lac-Saint-Jean depuis quelques mois. Quand elle n’accompagne pas le premier ministre, elle partage les premières loges aux événements porteurs de développement avec le grand argentier Carlos Leitão qui, près avoir semé la terreur avec le glaive de l’austérité, distribue les fruits de l’abondance retrouvée en ce début de campagne électorale. 

Madame Anglade est venue, en mai dernier, féliciter X-Grant Chen, professeur-chercheur de l’UQAC, dont le projet sur la transformation de l’aluminium a mérité la palme au premier concours du Programme de recherche en partenariat avec Québec. En remettant une contribution de 300 000 $, elle a exprimé l’assurance que la réalisation de ce projet fera « rayonner encore davantage l’image de marque de la Vallée de l’aluminium. »

Bleuets milliardaires

Quelques mois plus tard, soit le 20 octobre, elle applaudissait au renouvellement des ententes de partenariat estimé à 30 millions $ entre Rio Tinto et CGI sur le développement de logiciels appelés à jouer un rôle déterminant dans le procédé d’électrolyse des huit alumineries québécoises. Elle a sans doute appris depuis que le milliardaire Serge Godin, grand patron de CGI, est originaire de Shipshaw, une petite municipalité de Saguenay. 

Nous lui apprendrons peut-être que deux autres milliardaires montréalais bien connus du milieu des affaires, Alain Bouchard, et Charles Sirois, sont originaires de Chicoutimi. Le premier a fondé Couche-Tard, la multinationale des dépanneurs dont il demeure l’actionnaire principal. Ces trois noms symbolisent l’entrepreneuriat des Bleuets. Ils sont les plus renommés. Mais nombre d’autres, comme Pierre «Le Grand Défi» Lavoie, Michel Toupin, de Proco, Félix Gauthier, de Devinci et André Bouchard, de Béton préfabriqué du Lac, ont permis à la région de survivre économiquement aux assauts du protectionnisme américain et de la mondialisation. Ils feraient bien davantage s’ils bénéficiaient, de la part de l’autorité politique, du même soutien accordé aux multinationales.

Depuis qu’Alcan et les papetières ont informé la région, dans les années 1980, qu’elles remplaceraient progressivement une main-d’oeuvre importante par la robotisation, nos PME carburent à l’innovation. Elles ont ainsi devancé l’appel que lançait Dominique Anglade à son entrée au conseil des ministres : le Québec doit passer d’une économie traditionnelle à une économie en perpétuelle innovation.

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Montréal et les régions

CHRONIQUE / En reprenant le pouvoir avec Philippe Couillard, les libéraux ont mis l’accent sur le développement urbain. Essentiellement celui des deux plus grandes villes, Montréal et Québec. Jamais l’État n’a consacré autant d’argent en si peu de temps aux infrastructures usées de la métropole en reconstruisant notamment le pont Champlain et en remplaçant adéquatement l’imposant échangeur Turcot.

Bien engagé dans cette modernisation et profitant d’une puissance politique exceptionnelle avec une concentration de ministres influents, le maire déchu Denis Coderre et les gens de pouvoir qui l’entouraient sont allés beaucoup plus loin dans la réalisation de leurs projets. Surtout dans le transport en commun avec le train de banlieue. La souriante Valérie Plante, première femme élue à la mairie de Montréal, entend bien y ajouter une troisième ligne de métro qui traversera la ville.

Dorval

Malheureusement toutefois, en dépit de cette conjoncture favorable, Dorval tout comme Mirabel demeurent aussi loin du centre-ville avec les mille contraintes. Le Québec échoue encore lamentablement dans sa tentative de devenir le grand carrefour canadien des routes aériennes internationales.

Nous entrons dans une année électorale. Après les investissements massifs dans les deux grands centres, les régions espèrent un retour du balancier. Elles s’illusionnent, prévient Bernard Vachon, un professeur retraité de l’UQAM, détenteur d’un doctorat sur la décentralisation et la gouvernance territoriale. Dans une analyse parue dans Le Devoir, il se montre extrêmement sévère à l’endroit du gouvernement Couillard « qui ne croit pas, constate-t-il, au rôle et à la contribution des régions, en dehors des agglomérations de Montréal et de Québec, pour l’épanouissement et la prospérité du Québec... »

Programme audacieux

L’attribution, par législation, de pouvoirs particuliers à la métropole et à la capitale nationale « illustre, précise le professeur montréalais, le choix de l’État de favoriser l’essor de ces deux grands centres urbains au détriment des petites villes et villages en région». Au-delà de l’exploitation des ressources naturelles, l’actuel PLQ perçoit les régions intermédiaires et périphériques comme des vestiges d’une époque révolue « peu ou pas arrimées à la société moderne et urbaine».

Si le professeur Vachon voit juste, comment concevoir une telle vision de la part d’un premier ministre qui se proclame représentant politique du Saguenay–Lac-Saint-Jean, une région périphérique dont le développement mis en berne par la mondialisation devra être revigoré par les initiatives socioéconomiques du milieu soutenues par Québec et Ottawa ? Les citoyens de Saguenay ont profité de la dernière élection de leur conseil municipal pour donner un coup de barre vigoureux dans la direction de l’intérêt commun. Ce ne sera toutefois pas suffisant.

Pour sortir de la torpeur, la riche députation qui représente le pays des Bleuets à Québec devra profiter de la campagne électorale pour défendre un programme à la fois réaliste et audacieux. Outre Philippe Couillard, qu’un devoir de réserve, espérons-le, ne rendra pas d’une prudence trop négative, l’équipe comprend deux jeunes loups, Alexandre Cloutier et Sylvain Gaudreault, qui ont assumé des responsabilités importantes dans le gouvernement de Pauline Marois.

Les sondages inquiètent. Jean-François Lisée retrouvera-t-il la baguette magique qui lui a permis de rallier les troupes péquistes derrière sa candidature ? La génération Y ne croit plus à l’indépendance. C’est un présage angoissant pour le Saguenay-Lac-Saint-Jean.

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Le précurseur

CHRONIQUE / «Le roi est mort ! Vive la reine !» aurait pu écrire Jacques Pelletier dans la présentation de son essai, faite en plein cœur de l’été dernier, sur Saguenay, sous l’administration Tremblay. Avait-il plutôt prévu qu’un homme succéderait au maire Jean Tremblay, car durant le temps qu’il consacrait à dresser le bilan des 15 années d’un pouvoir absolu, peu de gens prévoyaient la victoire de Josée Néron à la mairie ?

Quoi qu’il en soit, le cofondateur de l’ERD devenu président du Mouvement Chicoutimi s’est avéré le plus perspicace des observateurs du régime qui a régné comme une monarchie sur Saguenay, depuis la fusion de 2002 jusqu’au balayage du 5 novembre dernier.

Une puissante motivation a poussé cet ingénieur industriel à la retraite à entreprendre une recherche très exigeante avec l’objectif ultime de publier, à ses frais, le bilan d’une « gouvernance qui n’a eu de démocratique que le processus électoral... » et caractérisée « par une éloquence sans borne pour annoncer des projets grandiloquents... » dont on ne perçoit toujours pas les « réels impacts socioéconomiques ».

En huitième place

À sa naissance, Saguenay se maintenait fièrement en sixième place parmi les dix villes les plus importantes du Québec. Elle a rétrogradé ces dernières années derrière Sherbrooke et Lévis tout en multipliant les emprunts pour rembourser le déficit actuariel des fonds de pension des employés municipaux et défrayer ses coûteuses générosités. Ce qui en fait aujourd’hui, avec un passif frôlant le demi-milliard de dollars, la championne de l’endettement parmi les villes comparables comme Sherbrooke, Lévis et Trois-Rivières.

Jacques Pelletier condamne la stratégie de développement conçue et appliquée par l’ancienne administration. L’activité économique ralentit pendant que la population prend de l’âge. Il faudrait, recommande-t-il, mettre un bémol sur l’étalement urbain et revoir l’aménagement de logements résidentiels.

Centrales hydroélectriques

La carrière politique de Jean Tremblay avait pourtant débuté en grande pompe avec la mise en exploitation des centrales hydroélectriques Pont-Arnaud et Chute-Garneau. Québec et Ottawa y avaient contribué assez généreusement.

À la dernière année fiscale, elle a rapporté 11,5 millions $, quatre de plus que prévu grâce a des précipitations plus abondantes qui ont fait tourner les turbines à plein régime. Cette source de revenus oscille annuellement entre 7 et 8 millions $.

Ubisoft

La deuxième nouvelle économique la plus prometteuse fut l’établissement du studio Ubisoft Saguenay qui générera quelque 125 emplois au cours des cinq prochaines années dans l’industrie du jeu vidéo. Cette réalisation est grandement attribuable à l’expertise développée à l’UQAC.

Entre ces deux événements, c’est le vide ou presque. Les principales initiatives provenaient de l’hôtel de ville tout comme leur financement. Dans son analyse, Jaques Pelletier dénonce, à l’exemple de Paul Grimard, l’ancien chef de l’ERD, le fardeau fiscal excessif, plus élevé que dans les autres villes du Québec, imposé par l’administration Jean Tremblay aux PME et aux établissements commerciaux. C’est punir les créateurs de richesse.

Nouveau conseil

Le nouveau conseil municipal rajuste les perspectives. Il atténue la surtaxe et Michel Potvin, le président de la Commission des finances, a bien saisi le message. Il faut dorénavant axer les efforts sur la vitalité des PME et la création d’emplois en espérant que la grande industrie retrouvera les conditions gagnantes à des investissements attendus depuis longtemps.

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Le grand projet de François Legault

CHRONIQUE / Philippe Couillard s’invite au Cercle de presse, lundi après-midi. Mais pas à l’Hôtel Chicoutimi comme à l’habitude, mais au Centre de soudage par friction-malaxage de l’UQAC. Il y dressera son bilan d’une dernière session parlementaire extrêmement agitée par les enjeux de la prochaine élection générale prévue en octobre 2018.

Le premier ministre revient s’adresser à la région, dont il est le responsable auprès de son gouvernement, au moment le plus difficile de son premier mandat. Après trois ans et huit mois, son leadership est contesté. La CAQ de François Legault a pris la tête dans les intentions de vote avec 34 % comparativement à 29 % pour le parti ministériel. Quant aux péquistes, ils seraient en déroute avec 20 % d’appuis si le scrutin s’était tenu le mois dernier.

Un bond en avant

Il reste encore beaucoup de temps avant que les votants soient invités aux urnes, mais les grandes tendances se raffermissent. Après avoir été gavée sous le règne de Denis Coderre d’investissements dépassant les 20 milliards $, notamment dans le réseau routier, la métropole a préféré faire confiance à la souriante Valérie Plante et sa promesse majeure d’une cinquième ligne de métro, la rose, qui traverserait Montréal. Un projet dont la réalisation dépasserait les 10 milliards$.

À l’exemple de Montréal et de Québec, les régions anticipent une part du gâteau que leur concoctera le magicien des Finances, Carlos Leitao, si les libéraux conservent le pouvoir. Les besoins sont immenses. En économie surtout. On attend un mouvement concret de RT Aluminium qui a d’ailleurs fort bien navigué, la semaine dernière, dans le cadre du symposium qui a attiré chez nous la vice-première ministre Dominique Anglade, grande responsable de l’Économie, de la Science, de l’Innovation et de la Stratégie numérique. Avec son hydroélectricité, Québec est déjà un partenaire majeur de l’industrie québécoise de l’aluminium. Dans le contexte d’une mondialisation extrêmement perturbante, la campagne électorale devrait inspirer un bond en avant. 

La vallée de l’innovation

Philippe Couillard manifesterait encore davantage sa volonté de stimuler l’économie défaillante des régions en appliquant une solution définitive au coût excessif du lien aérien avec la métropole. Dans Informe affaires, Roger Boivin, président du Groupe Performance Stratégique, perçoit un heureux dénouement avec l’utilisation du réseau de transport régional d’Hydro-Québec et une rénovation des installations de Bagotville aussi adéquate que celle effectuée dans les autres aéroports nordiques d’envergure. Dans les grands projets, on pense évidemment à la construction d’un nouveau Centre Georges-Vézina, une idée déjà évoquée par le premier ministre. 

Le programme de la CAQ d’une « vallée de l’innovation » le long du fleuve Saint-Laurent pourrait bien aussi susciter des interrogations. Il fut, à l’époque de Jean Charest, la réponse au Plan Nord. Avec sa perspective de 100 000 emplois de qualité réservés à 20 zones d’innovation carburant aux crédits d’impôt « pour mieux financer la recherche universitaire », il n’incluait que Sherbrooke et Gatineau à l’extérieur de la vallée du Saint-Laurent. Le projet révisé s’adresse maintenant à toutes les régions du Québec mais sans plus d’explications. 

Suggérons à tous nos politiciens et gens d’affaires une sérieuse lecture du projet de la CAQ pour ne pas se retrouver, le lendemain du prochain scrutin, avec un gouvernement à mille lieues de leurs préoccupations économiques.

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Réflexion sur l’aluminium

« Les entreprises n’en peuvent plus du cadre réglementaire», déplore avec insistance le comptable Éric Dufour à quelques jours du Symposium Aluminium. Le gouvernement a pris pourtant l’engagement, à plusieurs reprises, de dissoudre cette anomalie dans un réaménagement de la machine administrative.

Le vice-président de Raymond Chabot Grant Thornton incite les leaders régionaux et les politiciens dont le message perce l’armature du pouvoir en campagne électorale, à provoquer une rencontre pour corriger cette anomalie qui freine la croissance du Québec.

Au tout début de son mandat, Philippe Couillard a prétendu résoudre le problème dans le cadre d’un Sommet économique. Malgré une longue préparation enrichie de nombreuses consultations et un impressionnant couronnement, l’exercice ne fut, en réalité, qu’une opération de relations publiques. La machine a bien surveillé son déroulement pour éviter que la région y perçoive un véritable espoir de relance économique.

Symposium Aluminium

Le problème lancinant dont souffrent les PME, pourvoyeuses de la grande majorité des emplois au Québec, ne fera évidemment pas l’objet d’un examen au Symposium Aluminium jeudi prochain au Delta Saguenay. Avec cette initiative, Rio Tinto Aluminium, en partenariat avec la Chambre de commerce et d’industrie Saguenay-le-Fjord et la SVA, offrira, notamment  à tous ceux qui sont reliés à l’industrie de l’aluminium, l’avantage de mieux connaître l’évolution de la situation. Les organisateurs ont mis l’accent sur l’innovation, la clé du succès. 

L’annonce par Alcan, voilà exactement neuf ans le 15 décembre prochain, d’un investissement de 2 milliards $ au vieux complexe industriel de Jonquière, sera évidemment présente dans les esprits. Le programme prévoyait la construction du Centre technologique AP60, suivie de l’addition de capacité de production et de l’agrandissement de l’usine d’Alma dans l’espace d’une décennie.

La Chine mène le jeu

Mais le souvenir de la surenchère qui a conduit, sept mois plus tard, à la victoire de Rio Tinto sur Alcoa, est encore plus marquant. Tout a changé depuis dans le paysage économique du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Et le mouvement s’est aggravé avec une surproduction persistante qui a exercé évidemment une pression très négative sur le prix du métal.

Joueur dominant avec une production représentant plus de 60% de la capacité mondiale, la Chine joue avec les marchés selon les intérêts de son économie. Elle a favorisé une bonification du prix en fermant des usines trop polluantes. Mais Rio Tinto demeure très prudente quand elle constate, comme le faisait observer le grand patron Gervais Jacques, que de nouvelles alumineries surgissent dotées sans doute d’une technologie plus appropriée. Ce qui retarde la réalisation des projets d’expansion qui, dans le plan tracé par Alcan juste avant la vente, devait se conclure avant 2015. Il en sera sans doute question avec les spécialistes, jeudi, mais toute la population espère y déceler de véritables éléments d’espoir. 

Si Rio Tinto veut maintenir un dialogue avec la population comme elle l’a indiqué dans ses séances d’information, je m’interroge sur le choix de son animateur, le confrère Alain Dubuc, de La Presse. Le parcours de ce journaliste est impressionnant. Sa formation et les prix qu’il a mérités commandent le respect. Mais c’est un urbain qui méprise suprêmement les régions. Son Éloge de la richesse publié en 2006 en fait la démonstration. Il nie notamment que la locomotive montréalaise repose sur la vitalité des régions comme un gouvernement l’a déjà prétendu.

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La loi du silence

CHRONIQUE / L’omerta guidait l’attitude des premiers maîtres de Saguenay. Ce qui explique la surprise générale devant l’énormité des anomalies découvertes par la mairesse Josée Néron, sa garde rapprochée et le comité de transition formé de Stéphane Bédard, d’Isabelle Brochu et de Réjean Bergeron.

Pour établir son système, le premier conseil municipal de Saguenay a monnayé, en catimini, la manipulation des responsabilités attribuées à des fonctionnaires de haut niveau qui se sont ainsi transformés en mercenaires dociles. Comment expliquer autrement les salaires de premier ministre versés aux plus influents?

La peur

L’information significative était rigoureusement contrôlée par le cercle du pouvoir que formaient le maire et les membres de son exécutif. Et malheur aux associés des bureaux de professionnels, avocats, ingénieurs, architectes et manufacturiers qui osaient critiquer la machine. Ils étaient relayés sur une liste noire, invisible dans les documents officiels, mais bien inscrite dans le cerveau des stratèges et des puissants du jour. C’est ainsi que la peur faisait régner la discrétion dans les centres d’activité économique.

Ce régime à la César soutenu par une propagande fort habilement élaborée a produit, après quatre mandats, la catastrophe étalée au grand jour depuis la victoire de Josée Néron, le 5 novembre dernier. Les primes de séparation et autres retombées négatives coûteront des millions de dollars aux contribuables qu’on a bercés dans l’illusion d’un fardeau fiscal inférieur aux autres villes comparables. 

L’ancienne administration est allée notamment puiser les revenus nécessaires dans des gonflements économiquement injustifiés de l’évaluation des propriétés et une surtaxe infligée aux entreprises commerciales déjà fragilisées par l’achat numérique dont les multinationales milliardaires qui servent d’intermédiaires évitent le tribut rattaché au droit de vendre des biens et services. Au cours de la dernière décennie, Saguenay a continué de dépenser en utilisant la carte de crédit. La ville a doublé son endettement qui atteint maintenant 468 millions $. 

Priorité à la croissance

Pourquoi la population fut-elle laissée dans l’ignorance ? La grande popularité du maire Jean Tremblay avant sa décision de se retirer de la scène municipale démontre qu’un lessivage de cerveaux généralisé avait inspiré la foi du charbonnier aux contribuables. 

Même si l’ingénieur industriel à la retraite, Jacques Pelletier, avait sonné l’alarme avec son analyse fort éclairante sur Saguenay sous l’administration Tremblay publiée l’été dernier, les gens demeuraient sceptiques en pensant que l’auteur a participé à la fondation de l’Équipe du renouveau démocratique (ERD) en 2011 et qu’il venait d’accepter la succession d’André Gauthier à la présidence du Mouvement-Chicoutimi. 

À la fusion de 2002, Saguenay était la sixième ville la plus populeuse du Québec. Elle a été devancée depuis par Sherbrooke. Et Lévis, banlieue de la Capitale nationale et championne nationale du plein emploi, s’avère menaçante. 

Elle ne tire de l’arrière que par 2500 habitants selon le recensement de 2016.

Tout en redressant les finances publiques, l’administration Néron doit mettre l’accent sur l’économie, la création de richesse. Car «Le citoyen d’abord» remboursera longtemps les faux pas des 15 dernières années. Saguenay est heureusement privilégiée de compter un si grand nombre d’entrepreneurs dynamiques et innovateurs qui exportent leurs produits sur les grands marchés de la planète. 

Ils méritent le respect et non une indifférence souvent hostile.

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La langue commune

CHRONIQUE / Quarante ans de loi 101 ne suffisent pas. Le français est toujours en péril à Montréal. S’il devient la langue seconde, tout le Québec glissera vers l’assimilation avant le 400e anniversaire de notre métropole.

Chaque fois qu’une autorité politique ou un personnage de pouvoir dans le monde des affaires minimise son importance, il lui inflige un dangereux croc-en-jambe. C’est ce qu’un gérant francophone d’Adidas a commis le plus simplement du monde la semaine dernière à la réouverture du magasin installé au centre-ville après d’importants travaux de rénovation.

Des apatrides

Devant une foule estomaquée, il a timidement prononcé quelques mots en français, pour « accommoder » les médias et les politiciens avant d’exprimer, en anglais, l’essentiel de son discours. Ce commerçant haut gradé perçoit donc Montréal comme une ville où l’anglais est la langue commune. Je parie que l’indignation générale doit l’étonner puisque les statistiques semblent lui donner grossièrement raison : l’addition des anglophones et des allophones dominent maintenant le paysage montréalais avec 51% adhérents comparativement à 49% de francophones qui privilégient leur langue maternelle à la maison comme au travail.

L’État est grandement responsable de cette anomalie puisque la francisation des immigrants s’avère un échec. Mais les chiffres se contredisent. Ceux dévoilés par l’Office québécois de la langue française (OQLF) indiquent plutôt que 89% des Québécois utilisent le français à leur travail. Évidemment, la tendance montréalaise est atténuée dans ce pourcentage par la dominance dont jouit le français dans les régions périphériques.

Et elles sont plus sensibles que l’agglomération métropolitaine à la nécessité du français, langue commune de la nation et l’expression la plus éloquente de sa culture. Le premier ministre Philippe Couillard et député de Roberval l’a réalisé rapidement quand il a souhaité, en mars 2014, que le bilinguisme devienne la norme dans les milieux de travail parce qu’un client américain pourrait parfois, lors d’un passage dans une PME, préférer obtenir d’un employé sur le plancher, des explications à caractère technique.

Le modèle Alcan

Je n’ai pas vérifié si le modèle résiste au temps, mais Alcan fut, dans les années 1950, la première multinationale à instaurer le français comme langue de travail dans ses usines construites du Québec. Le conseil municipal de Chicoutimi estimait, à l’époque, que l’imposition de l’anglais polluait les relations de travail. Après une intervention courageuse d’Aimé Gagné, qui fut nommé plus tard vice-président des relations publiques au siège social, Alcan modifia son attitude et fit du français la principale langue de travail et de communications dans les activités de la compagnie. Elle obligea également les ingénieurs et autres hauts gradés à acquérir une connaissance pratique de la langue commune.

Cette préférence accordée au français n’est pas un rejet de l’anglais. Il faut, au contraire, que l’autorité politique et le monde de l’enseignement encouragent et encadrent efficacement la connaissance de la langue des affaires auprès d’hommes et de femmes qui aspirent à des postes de commande. Rappelons-nous que les plus ardents indépendantistes et amoureux de la langue française, les René Lévesque, Jacques Parizeau, Jean-François Lisée, Alexandre Cloutier et autres ont fréquenté les plus prestigieuses universités anglophones ou œuvré au cœur de la communauté économique mondiale.

D’autres issus de milieux modestes, comme l’ancien ministre Denis Lebel,  vivent leur idéal après avec eu le courage des autodidactes d’une langue étrangère.

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Bon retour Mgr René

CHRONIQUE / Le message populaire transmis par le confrère Louis Tremblay au Cercle de presse du 1er mars 2017 a sans doute cheminé jusqu’à Rome. Pourquoi, avait questionné le confrère, aucun des évêques qui se sont succédé depuis Mgr Dominique Racine, n’est originaire de la région ? Le pape François a répondu vendredi en nommant René Guay, 67 ans, un fils de Saint-Thomas-Dydime, neuvième évêque de Chicoutimi.

À sa dernière présence devant le groupe de professionnels de l’information, Mgr Rivest voulait surtout expliquer que 12 ans après sa nomination, il présenterait au pape un tableau complet de la situation en perpétuelle transformation que vit la communauté catholique du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Même si la très grande majorité de la population, soit 96 % ou 250 300 habitants, proclame toujours son appartenance à la chrétienté, une infime minorité assiste aux cérémonies religieuses et participe au financement de l’entretien des églises et de l’organisation administrative.

Moins de clochers

Vingt-cinq des 84 églises sont abandonnées et 25 autres ne serviront plus au culte. Mgr Rivest favorise un partenariat avec les municipalités pour la réalisation de centres multifonctionnels. Il souhaitait donc à son successeur des nerfs d’acier et un esprit ouvert aux réalités contemporaines. 

Son successeur est déjà conditionné à toutes les difficultés possibles. Depuis le début de son apostolat, il a marché dans le chemin de François. Au Chili, où il a servi comme missionnaire, il a réalisé que l’Église, c’est avant tout le peuple de Dieu. Il a célébré des messes de Noël en plein champ. Mgr René, nom qu’il soumet à ses compatriotes et ouailles du pays des Bleuets, retient de ses 20 ans comme aumônier à la prison de Chicoutimi et de membre de l’équipe pastorale de l’Établissement de détention de Québec, son dernier mandat, que « dans chaque personne, on peut rencontrer le Seigneur ».

Le nouvel évêque de Chicoutimi a beaucoup étudié et enseigné. Il fut chargé de cours, de 1995 à 2001, au département des Sciences religieuses d’éthique de l’UQAC. Son parcours comprend également une période d’enseignement à l’Institut de formation théologique et pastorale du diocèse. Mgr René détient enfin un doctorat en théologie pratique de l’Université Laval.

Malgré les problèmes, il demeure confiant, mais très lucide. Il poursuivra la réorganisation amorcée au cours des dernières décennies. L’Église a notamment invité les fidèles à se regrouper dans des communautés paroissiales. Un exercice gigantesque dont j’ai mesuré l’ampleur en participant aux travaux de la Commission diocésaine pastorale « Mission et responsabilité » présidée par Mgr Roch Pedneault.

Oeuvre méconnue

Ses conclusions ont sans doute aidé à combler un vide dramatique en établissant le réseau des soupes populaires, des centres d’hébergement pour les itinérants et de services budgétaires. 

C’est tout en axant son autorité sur la diffusion du message évangélique que Mgr Rivest devint, sans l’avoir espéré évidemment, le dépositaire des conséquences catastrophiques d’abus sexuels attribués à d’anciens membres du clergé. Ces taches noires cachent malheureusement l’oeuvre gigantesque accomplie par ces hommes et femmes fondateurs bénévoles ou presque notamment de nos réseaux de la santé, des services sociaux et de l’éducation. L’autorité politique n’a même pas eu encore le souci d’étudier les possibilités d’aider les communautés religieuses à disposer honorablement des constructions solides et élégantes que leur labeur a édifiées partout dans la région et surtout sur les hauteurs de Chicoutimi.

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Partenariat ou arnaque?

CHRONIQUE / Quelques mois après son élection à la mairie de Montréal, le mardi 4 mars 2014, Denis Coderre avait rendu visite à son ami Jean Tremblay en présence de la presse. Il venait tendre la main à Saguenay avec l’intention de conclure un partenariat de croissance économique. Il poursuivait ainsi une tournée des municipalités pour qu’elles expriment d’une seule voix leurs demandes aux gouvernements supérieurs.

« Nous ne sommes plus les créatures de Québec », avait-il rectifié en incitant la multitude des municipalités à présenter un front commun. Il avait discrètement mentionné l’approbation de son confrère d’alors Régis Labeaume, sans spécifier toutefois qu’ils avaient scellé un pacte symbolisé par une poignée de main réconciliatrice donnée à un moment fort du congrès annuel de l’Union des municipalités du Québec.

Sécurité Montréal

Présent à cette rencontre Coderre-Tremblay à l’hôtel de ville de Saguenay, j’avais osé rappeler à notre visiteur qu’il pourrait poser un premier geste de solidarité en usant de son autorité pour que Montréal rembourse à Cycle Devinci les quelque 800 000 $ engloutis dans la faillite de Sécurité Montréal, une créature du conseil municipal de Montréal. Chez nous, la population estime que Devinci, dont les BIXI montréalais assemblés à Chicoutimi roulent à Londres et dans plusieurs métropoles américaines, est victime d’une véritable arnaque.

Le Tribunal de premières instances a donné raison à Devinci, mais jugez de la sincérité de l’ancien maire Coderre à sa décision d’aller en appel... tout juste avant de s’incliner devant une illustre inconnue, Valérie Plante, qui, avec son sourire perpétuel, se montre gracieusement tout aussi gourmande que son prédécesseur en expliquant un nouveau projet de transport en commun, soit l’addition d’une cinquième ligne de métro, la ligne rose, qui traverserait l’agglomération métropolitaine de Montréal-Nord à Lachine. Il suffit d’aller puiser, signale-t-elle, dans les quelque 180 milliards $ qu’Ottawa consacrera, sur une période de 12 ans, aux infrastructures. 

Surenchère

Ce que l’électorat retient des derniers scrutins, c’est de faire assidûment, avec des visages modernes, la surenchère des demandes. L’argent est toujours là. Il suffit de manifester le plus de conviction. En quatre ans, Denis Coderre a probablement obtenu d’Ottawa et de Québec plus de réalisations que tous ses prédécesseurs. Au-delà d’une vingtaine de milliards $. C’est maintenant du passé. Merci entonnent en chœur les Montréalais. Il faut dorénavant de nouveaux projets pour se maintenir à la hauteur de New York, Boston, Toronto et des autres mégapoles d’Amérique du Nord. 

Cette stratégie aux objectifs considérables rend muet le Québec des régions. Elle contribue à l’isoler avec la complicité des grands réseaux de télévision. Les préoccupations régionales majeures s’arrêtent au canal communautaire. Dans leur programme électoral, la mairesse Josée Néron et son équipe de l’ERD entendent « favoriser et accentuer le support aux PME en attribuant les ressources nécessaires et déléguer des personnes qui possèdent les compétences nécessaires pour représenter la ville sur les missions économiques afin qu’elles soient fructueuses et rentables ». 

Ces résolutions contrastent avec l’attitude d’anciennes administrations municipales qui déroulaient le tapis rouge aux chevaliers d’industrie, mais acculaient des PME régionales générant près d’une centaine d’emplois chacune à la faillite. Le dossier de la Pyramide des Ha ! Ha ! n’est pas encore réglé, mais le monument fait toujours la fierté des Baieriverains.