Spiritualité

Au coeur de la pandémie

CHRONIQUE / Depuis le 31 mars, j’ai accepté d’être « prêtée » par mon employeur pour donner un coup de main sur le terrain. J’ai d’abord été dépêchée dans un CHSLD pour assurer la sécurité aux portes. Je fus souvent témoin de la fatigue du personnel en proximité avec les résidents. Mon soutien, au-delà du rappel des règles à respecter, s’exprimait à travers des paroles d’encouragement, de réconfort et de reconnaissance pour leur travail, leur courage et leur engagement indéfectible pour plusieurs.

J’ai même eu l’opportunité de travailler un soir comme aide de service. J’étais jumelée à un préposé aux bénéficiaires. Ce soir-là, je peux vous dire que j’ai été sincèrement touchée par ce que j’y ai vu et vécu. Spécialement par l’attention, le respect et l’amour dont ce préposé faisait preuve auprès des résidents. Quand on prend soin, jusqu’à laver l’intimité d’une personne, et qu’on arrive à la faire rire ou que malgré les dégâts, les odeurs ou les sauts d’humeur, on demeure patient et on « traite » chaque personne comme étant unique, ce sont toutes les petites attentions qui font une réelle différence. Je suis sortie de cette expérience bouleversée et profondément émerveillée de toutes ces personnes – aides de service, préposées, infirmières et autres – qui, chaque jour, arrivent à donner le meilleur d’elles-mêmes, en contribuant au bien-être des autres.

Depuis quelques semaines, je continue d’être prêtée trois à quatre soirs par semaine dans un hôpital. Je suis affectée au service de l’entretien ménager, à l’hygiène et à la salubrité. C’est tout un monde d’hommes et de femmes qui travaillent, souvent sans reconnaissance, pour assurer des lieux propres et sains. Pouvez-vous vous imaginer ce que ça exige de « faire du ménage » dans un milieu où la salubrité et la conformité aux conditions d’hygiène et de propreté sont aussi importantes ? Et en contexte de pandémie ?

C’est toute une école ! J’ai appris à désinfecter des chambres selon les protocoles, particulièrement celles qui sont contaminées ou à risque de l’être. Là encore, j’y ai découvert des personnes souvent dévouées à exécuter leur travail, pourtant routinier, avec diligence et attention. Pensons aussi aux préposées à la buanderie, qui doivent parfois se prémunir avec de multiples protections, surtout lorsqu’elles ont à manipuler le linge contaminé.

Bien sûr, ils et elles ne sont pas les seuls à faire de leur mieux sans qu’il n’y paraisse. C’est pourquoi je voudrais profiter de cette tribune pour accorder humblement ma reconnaissance à toutes ces personnes qui font une différence dans la vie de ceux et celles qui sont vulnérables ou fragilisés. Qui que vous soyez et quoi que vous fassiez, merci ! Merci d’être là et d’accepter de l’être très souvent dans l’ombre.

le don du meilleur de soi-même

Faire le don du meilleur de soi-même, en rendant le monde plus beau autour de soi. Je crois profondément que c’est à cela que nous sommes tous et toutes véritablement appelés, et encore davantage comme chrétiens et chrétiennes. Ainsi, par nos gestes, nos paroles, nos engagements, nos implications, notre travail et nos relations, chacun et chacune de nous contribuent à donner un sens à ce qui demeure important et précieux, en nous et autour de nous, spécialement dans ce contexte que nous vivons, empreint de bouleversements et d’incertitudes. Pour moi, ces femmes et ces hommes font partie de ce qui me donne le goût de m’émerveiller du meilleur qui m’entoure.

Un choix qui fait du bien

Je poursuis mon travail comme intervenante en soins spirituels dans quelques hôpitaux, auprès des personnes qui sont en fin de vie ou qui ont un besoin plus spécifique d’accompagnement. Pour moi, ça demeurera toujours un privilège d’avoir la possibilité de me faire proche de personnes en situation de fragilité. Et j’ai la chance de travailler avec de merveilleuses équipes, et ce, même dans mon bénévolat.

Au fond, je peux prendre la décision de faire un choix qui fait du bien ! Je peux, chaque jour, m’émerveiller du meilleur des personnes qui m’entourent. Non pas qu’elles soient parfaites – moi non plus, d’ailleurs –, mais tout simplement parce que j’aimerais bien qu’elles puissent, à leur tour, s’émerveiller un peu du meilleur de moi et des autres.

Alors, peut-être qu’à force de mettre l’accent sur ce qui fait du bien, nous pourrons dire avec conviction : « Regardez ! Il est là le meilleur, il est bien là ! »

C’est à nous, maintenant, de le reconnaître et de l’entretenir !

Renée Lepage

Coach et formatrice à l’Institut de formation théologique et pastorale

Intervenante en soins spirituels au CIUSSS