Atterrir sur une autre planète

CHRONIQUE / Partir en voyage le coeur léger et revenir une semaine plus tard en pleine pandémie. Des milliers de Québécois rentrent au bercail après avoir passé les derniers jours sous le soleil, loin des tracas de la vie quotidienne et espérant recharger leurs batteries. Mais, en rentrant au pays, c’est plutôt sur une autre planète que les vacanciers sont débarqués.

C’est le cas de mon cher papa, rentré du Mexique lundi en fin de journée. 

Lui et sa femme ont été accueillis à l’aéroport de Québec par une dame masquée, qui leur remettait une liste des consignes à respecter. Ils ont traversé une ville de Québec pratiquement déserte, comme ils l’ont rarement vue.

Mon père doit maintenant s’isoler pour deux raisons. Il rentre de voyage et il fait partie des personnes à risque, dû à son âge et à ses soucis de santé.

Mon père me croyait dans un délire hypocondriaque lorsque je lui répétais, via Messenger, que j’irais faire son épicerie à son retour et qu’il devrait rester cloîtré chez lui pour 14 jours. Je voyais bien qu’il ne comprenait pas l’ampleur de la situation. C’est sûr que lorsqu’on se prélasse sur la plage, sous le soleil, un verre à la main et avec un accès à Internet limité, on ne peut se douter que la Terre a pratiquement arrêté de tourner en seulement cinq jours.

Notre chroniqueuse Patricia Rainville pose ici sur le perron de la maison de son père, qu'on voit à la fenêtre en arrière-plan. 

J’ignore s’il a fini par me croire ou si c’est en voyant le prix de l’essence sous la barre du dollar qu’il a compris que la situation était grave.

« Mon dieu, je n’ai pas vu ça depuis des années ! », m’a-t-il lancé, lorsque je lui ai parlé par téléphone, lundi soir.

Plus sérieusement, lorsqu’on part en voyage une semaine et que tout a changé à notre retour, oui, ça peut donner le vertige. Et c’est difficile à croire avant de le voir.

Mon père a 71 ans et il n’a jamais vu pareille situation. Il fait les cent pas chez lui, en suivant les nouvelles, lui qui sort habituellement tous les jours. Mais il a vite compris que ce n’était finalement pas un délire de sa fille hypocondriaque.

À l'épicerie, les client ont accès à des lingettes désinfectantes pour les paniers. « La propreté de notre magasin commence ici », est-il écrit sur une affiche placée au-dessus du distributeur de lingettes. 

Mardi matin, je me suis donc rendue dans un supermarché pour faire son épicerie.

« Achète des sacs neufs, je ne veux pas de tes vieux sacs plein de microbes », qu’il m’a dit à la blague. Mais il voulait quand même des sacs neufs, donc ce n’était peut-être pas tellement une blague, finalement.

Oui, on devient un peu parano, mais le vieux dicton « vaut mieux prévenir que guérir » n’a jamais été autant d’actualité.

À l’épicerie, nous avions accès à des lingettes désinfectantes pour les paniers et la caissière m’a expliqué que le service de livraison n’avait jamais été aussi débordé. Comme quoi plusieurs prennent la situation au sérieux.

Une fois les achats complétés, j’ai livré le tout sur la galerie de mon père, l’avertissant de ne pas ouvrir la porte, même pour me dire salut. Nous nous sommes parlé à travers la vitre.

Avez-vous vu, d’ailleurs, toutes ces images et ces témoignages de solidarité envers les gens en quarantaine à travers le monde entier ? S’il y a quelque chose de beau, dans cette pandémie, c’est de voir les gens se serrer les coudes et s’entraider. Sans être trop proches, quand même. Respectons les consignes.

Imaginez-vous donc que mon père, qui m’avait envoyé sa liste par Internet, n’avait pas besoin de papier de toilette. Je lui en ai quand même acheté un paquet, symbole de porte-bonheur.