Ami, lève ton verre!

CHRONIQUE / Pas la meilleure semaine pour parler d’eau, me direz-vous, alors qu’un paquet de nos concitoyens en ont jusqu’au pompon, victimes une fois encore ou en grande première de ces crues printanières qui vont souvent mourir dans les inondations estivales ou automnales causées par des pluies torrentielles.

Je sais, mais en même temps.

En même temps je voyais passer cette semaine une courte vidéo du Familiprix de Trois-Pistoles, l’une des copropriétaires y annonce qu’elles n’y vendront plus désormais de caisses de bouteilles d’eau, elles ont pris cette décision après avoir évalué qu’elles avaient écoulé quelque 26 000 bouteilles, dans leur commerce seulement, juste en 2018.

Une quantité impressionnante, explique-t-on dans la vidéo, même si c’est une goutte d’eau dans le flot des 20 000 bouteilles vendues chaque seconde dans le monde.

Chaque seconde. Ouais.

Et ce n’est pas que l’eau, ce sont les ressources nécessaires à la fabrication et au transport de ces bouteilles qui meurent ensuite de leur belle mort.

J’ouvre une parenthèse ici sur les pharmacies nombreuses à prendre depuis un bon moment le leadership dans le dossier d’une consommation plus écoresponsable.

Depuis un an environ, les produits hygiéniques et de nettoyage en vrac entrent à pleine porte et en ressortent aussi vite, on met en place des systèmes de récupération, de réutilisation, de réduction de déchets à la source.

Fin de parenthèse.

Trois-Pistoles. Décider de ne plus vendre un produit aussi populaire auprès de nombreux acheteurs, c’est non seulement audacieux, c’est aussi et surtout un message très fort.

Il y a déjà dix ans que l’appareil gouvernemental québécois a abandonné ses achats groupés d’eau embouteillée en préconisant l’eau du robinet.

Certaines villes, comme Montréal, Trois-Rivières, Saguenay et Sherbrooke ont déjà règlementé afin d’interdire la vente d’eau embouteillée dans les édifices et événements municipaux, plusieurs universités l’ont également bannie de leurs campus, mais elle demeure encore trop bien incrustée dans les racoins de nos habitudes et l’ensemble des commerces.

Alors quand l’un de ces commerces lance le bal, on a comme vraiment envie que tout le monde se lève et se garroche sur le plancher de danse. Pis pas pour deux petites steppettes plates des années 80 avec les bras raides le long du corps pis les pieds qui bougent à peine comme si on avait peur de se scrapper la permanente.

Neunon, de la vraie danse de feu.

Comme du côté de Sherbrooke ou Gatineau où on évalue la possibilité d’interdire carrément la vente d’eau embouteillée.

Ce sont des citoyens et organismes qui en ont fait la proposition, qui l’entretiennent, les élus sont à l’écoute, ça discute pas mal, les lobbys s’en mêlent, on s’en doute bien, et invariablement on gratouille aussi dans les anecdotes potentielles cauchemardesques où touristes, marcheurs, baigneurs et amateurs de yoga pourraient se retrouver dans une situation d’extrême déshydratation, un dimanche matin ou un jeudi soir, sur la rue ou dans un parc, sans avoir sur eux une bouche ou une bouteille à usage multiple qu’ils pourraient remplir à la fontaine publique.

Pis t’sais, des fontaines publiques, c’est ben beau, mais l’hiver, qu’est-ce qu’on va faire l’hiver? On pourra pas les remplir nos bouteilles réutilisables!

Bref, on se fait pousser des fleurs dans le tapis pour pouvoir ensuite s’enfarger dedans avec tout un élan.

Mais si on arrêtait d’arroser le tapis, de s’inventer des obstacles, et qu’à la place on se soignait la créativité, la bonne volonté pis l’envie de faire?

On jase d’eau douce, potable, qu’on traite en station, qu’on swigne dans nos robinets, qui est bonne à boire, comme ça, pratiquement partout.

Oui, il y a des exceptions, des endroits où l’eau est imbuvable.

Mais ça reste des exceptions.

Sinon, tu ouvres le robinet, tu te remplis une bouteille, une cruche si tu sens que la journée va être longue, puis voilà, c’est aussi simple que ça.

Quand est-ce que c’est devenu compliqué de boire l’eau du robinet?

Quand est-ce qu’on s’est laissé convaincre que notre eau potable n’était bonne qu’à laver nos entrées de cour pis à alimenter le jardin d’eau?

On devait se sentir pas pire bonaces ce jour où on a sagement acquiescé quand quelqu’un a lancé : « Hey! Vous avez de l’eau potable pour à peu près rien du tout, je vais la prendre, la conditionner un peu, la mettre dans des bouteilles fabriquées avec du pétrole et trois fois la quantité d’eau qu’il y a dedans, je vais la faire transporter à grands coups de CO2 pis vous la revendre à peu près 3000 fois le prix qu’elle vous coûte en ce moment, ça vous tente-tu? »

On a dit oui, convaincus sans doute que ce serait meilleur pour nous.

Meilleur? Vraiment?

Ben non.

Fait que, sauf exception, retournons à nos affaires et nos robinets.

Tchin tchin les pharmaciennes!