Agressions chez les aînés

CHRONIQUE / Je vais l’appeler Rose. Ce n’est pas son vrai nom, mais elle veut dénoncer ce qu’elle a subi dans une résidence pour personnes âgées de la région. Je ne peux pas non plus identifier cette résidence, mais les personnes du milieu communautaire à qui j’ai parlé me disent toutes que les aînés qui subissent des mauvais traitements dans leur résidence ont peur de dévoiler ce qu’ils vivent dans leur quotidien. Ils ont peur de dénoncer par crainte d’en subir les conséquences.

C’est d’ailleurs une personne d’un organisme venant en aide aux personnes âgées qui m’a informé du cas de Rose, m’assurant qu’il s’agissait d’une personne fiable, qui a toute sa tête. Elle va être déçue, car elle tenait tellement à ce que je nomme le nom de la résidence, mais des modalités légales m’empêchent de le faire.

Harcèlement sexuel

Rose a 83 ans. Elle a fière allure, s’exprime bien, en bonne santé et plein d’aplomb. En avril dernier, elle décide de déménager dans une résidence après le décès de son compagnon de vie. Elle avait choisi cet endroit en raison des services qui étaient offerts. Elle payait 1716 $ par mois plus un montant de 442 $ pour le crédit de maintien à domicile et un montant de 200 $ par mois pour le menu végétarien.

« Une diététicienne est venue me voir, mais je n’ai jamais eu de repas végétarien, sauf quand il y avait des plats sans viande sur le menu », dit-elle tout en dénonçant la qualité de la nourriture, comme dans bien des endroits de ce genre d’ailleurs.

Pendant qu’elle me raconte les nombreux désagréments de son séjour, elle me balance tout d’un coup : « J’ai été agressé cinq fois par un bonhomme. Il m’attendait partout pour me croiser dans la résidence, il aurait dû être placé dans une maison pour malades mentaux, ici, c’est une maison pour gens autonome », dit-elle.

« J’ai porté plainte à la quatrième agression, ça faisait quatre fois qu’il m’écœurait. J’ai porté plainte à la direction de la résidence et ils m’ont dit : faites venir la police, y vont le ramasser. Il y a quatre autres femmes qui ont fait des plaintes. Voyons donc, je n’ai pas appelé la police... », raconte la vieille dame.

« La cinquième fois, il m’attendait à l’entrée de l’ascenseur, j’ai accoté le bonhomme avec sa marchette et je lui ai demandé ce qu’il faisait là et de me laisser tranquille. Il m’a dit : je t’attendais, je veux coucher avec toi, mais tu ne veux pas », raconte la dame exaspérée par ces gestes de harcèlement.

« Je lui ai dit de retourner à sa chambre, il m’a fait le coup du gars qui ne se rappelait plus où se trouve sa chambre », détaille la vielle dame.

Harcèlement à 83 ans

Je vous entends déjà dire : ben voyons donc, voire si on va avoir des inconduites sexuelles à l’égard d’une dame de 83 ans. Les femmes de tous âges doivent faire face à ce genre d’inconduite ou de harcèlement, ça se poursuit même pendant leur vieillesse, alors qu’elles sont plus vulnérables.

C’est difficile d’imaginer un mouvement de dénonciation, via Twitter et Facebook pour les gens de cette génération, comme on le voit récemment dans le cas de vedettes et de personnalités connues. Je dénonce aujourd’hui pour peut-être encourager les proches à supporter leurs aînés qui vivent des moments difficiles dans ces endroits.

Rose a finalement quitté cette résidence pour personnes âgées où elle espérait trouver du réconfort et une vie intéressante. Elle vit seule dans un appartement, ses enfants sont tous décédés, elle compte sur un bénévole qui vient la visiter une fois par semaine.

Elle a fait parvenir une mise en demeure à la résidence par l’intermédiaire d’un avocat pour tous les inconvénients subis lors de son séjour, mais elle a refusé d’aller devant les tribunaux. Les avocats de la résidence ont évoqué que Rose a fait de fausses représentations concernant le menu végétarien, car ce n’est pas indiqué dans son bail, ni dans le document « profil général du résident ».

La direction de la résidence affirme qu’ils n’ont jamais reçu de plainte de la part de Rose en regard de harcèlement sexuel. « C’est plutôt elle qui a fait de l’exhibitionnisme en se promenant nue dans son appartement tout en laissant la porte ouverte », ont laissé entendre les avocats de la résidence.

Rose a cessé les démarches judiciaires pour ne pas se retrouver en cour, mais se dit très insultée qu’on lui fasse une mauvaise réputation. « Pensez-vous que je vais commencer à me promener nue dans mon appartement la porte ouverte à mon âge ? franchement »... dit-elle en fin de rencontre.

Elle me dit de ne pas m’inquiéter, quand je lui ai souhaité bon courage, qu’elle a vécu des choses pires que ça dans sa vie. Elle a bon pied bon œil et garde le sourire malgré tout, mais elle avait besoin de dénoncer.