Les distances entre les communautés sont très grandes, comme on peut le constater en empruntant la route de la Baie-James.

680 kilomètres de route isolée

CHRONIQUE / Du 15 au 20 novembre dernier, notre journaliste Patricia Rainville s’est aventurée sur les vastes territoires de la Baie-James. Accompagnée de travailleurs de la construction, elle a passé cinq jours à Waskaganish, une petite communauté crie située sur les rives de la rivière Rupert, où les chantiers de construction se multiplient. Elle en a profité pour partir à la rencontre des personnes qui partagent ce territoire. Voici la première partie d’une série de trois.

Bonjour, où allez-vous?
-À Waskaganish.
-Connaissez-vous la route? C’est 334 kilomètres avant Waskaganish. Bonne route et soyez prudents.

Par sécurité, tous les automobilistes qui empruntent la route de la Baie-James doivent s’identifier au kiosque d’enregistrement du kilomètre 0. La route de la Baie-James s’étend sur 680 kilomètres, soit de Matagami jusqu’à Radisson, où la circulation automobile s’arrête.

Et il ne faut pas être trop attaché à sa voiture pour emprunter cette route isolée…

Il était 7h, mercredi matin, lorsque nous avons quitté Chapais, en direction de la Baie-James. Une halte avait été nécessaire après le voyage depuis Saguenay, puisque la fourgonnette dans laquelle nous devions prendre place n’avait plus de chauffage. Et, à la mi-novembre, c’était déjà l’hiver dans le Nord-du-Québec. Réparations obligent, nous avons donc quitté Chapais avec une journée de retard. Ce sont des choses qui arrivent, d’autant plus que la route qui nous attendait amène souvent son lot de pépins. Il fallait donc s’assurer que le véhicule utilisé passerait au travers.

Donc, après les quelque 400 kilomètres séparant Chicoutimi de Chapais, un second périple de 700 kilomètres nous attendait. Sept cents kilomètres de forêt. Des épinettes noires à perte de vue.

À part les perdrix qui font leurs belles sur le bord de la chaussée et les poids lourds chargés à bloc, rares sont les signes de présences vivantes rencontrés.

Il n’est pas rare de devoir laisser passer les poids lourds sur les ponts, puisque la voie n’y est pas assez large.

La première portion de la route, soit celle qui mène de Chapais à Matagami, s’étend sur environ 350 kilomètres, dont une partie sur la 113, communément appelée la route de l’Abitibi. Quelques petits villages, comme Waswanipi, Lebel-sur-Quévillon et Desmaraisville se dressent sur le passage. Mais il faudra attendre Matagami pour une première halte, afin de rassasier nos estomacs.

Nul doute, nous étions dans le pays de l’industrie forestière. La scierie Comtois, de Produits forestiers Résolu, est d’ailleurs l’une des seules industries croisées sur la route.

Après un arrêt à Matagami au petit restaurant qui accueille évidemment de nombreux clients de passage, la fameuse route de la Baie-James nous attendait.

Construite de 1971 à 1974, la route a été conçue dans le but premier de permettre à la machinerie et aux travailleurs d’accéder par voie terrestre aux grands chantiers des projets hydroélectriques entrepris au cours des années 1970.

Après Matagami, il faudra rouler 381 kilomètres avant de pouvoir faire le plein. Fait intéressant, il s’agit de la plus longue portion de route du Canada sur laquelle on ne rencontre pas de station-service.

Même si elle est pavée du début à la fin, les gouvernements provincial et fédéral ont annoncé des investissements de 265 millions de dollars pour sa réfection. Les travaux ont débuté l’été dernier. La première portion est donc aisée pour la circulation, mais l’état se gâte après une centaine de kilomètres.

À l’exception de quelques campements cris, il n’y a aucun territoire habité le long de la route de la Baie James et il n’y a qu’un seul relais routier. Six téléphones publics ont été installés le long de cette route isolée, puisque sans grande surprise, les réseaux cellulaire et Internet n’y sont pas disponibles.

Interminable, circuler sur la route de la Baie-James n’est pas de tout repos. Surtout en hiver. Et l’hiver arrive vite. La rencontre des poids lourds qui circulent en sens inverse nous force à tenir le volant bien solidement, puisque les rafales et la largeur de la route compliquent la circulation.

Après quelque 250 kilomètres sur la route de la Baie-James, nous devions emprunter un chemin de gravier qui nous amènera à notre destination, Waskaganish. Une route de gravier s’étendant sur une centaine de kilomètres.

Le Nord québécois, c’est aussi les différentes langues qui s’y mélangent.

Si j’avais pu m’assoupir quelques minutes durant le trajet, il aurait été impossible que je ferme l’œil durant cette dernière portion du trajet. Les trous, le brouillard et la lumière du jour qui baissait rendaient les conditions particulièrement difficiles. Imaginez rouler dans des nids-de-poule durant 100 kilomètres. J’avais presque pitié du camion qui devait endurer les chocs de la route.

Huit heures de route plus tard, nous sommes finalement arrivés en un seul morceau. Qui eut cru qu’une communauté de 2600 âmes nous attendait, après un aussi long périple au cœur de la forêt? Waskaganish, bien cachée au cœur des conifères, se dévoilait enfin. Et je me consolais en me disant que je reviendrais à la maison en avion.