La détresse psychologique chez les hommes est bien réelle, même si elle a du mal à être identifiée par ceux qui en souffrent.

25% des hommes vivent de la détresse psychologique

CHRONIQUE / Tout le monde sait, ou croit savoir, ce qu’est la détresse psychologique. Nous connaissons tous quelqu’un qui a souffert de dépression ou d’anxiété et quand un proche ne va pas bien, nous nous en inquiétons. La question qui se pose alors est : sommes-nous capables de reconnaître quand nous-mêmes vivons de la détresse psychologique ?

Quand on travaille, comme moi, au Centre de Ressources pour Hommes Optimum Saguenay-Lac-Saint-Jean, on sait que la réponse ne va pas de soi. Dans mon travail, je rencontre toutes sortes d’hommes. Il y en a de tous âges, de toutes tailles, des cols bleus ou blancs, des gars sans emploi ou qui travaillent sans compter les heures. Il y a des gars straight, d’autres non, et puis ceux qui ne sont pas sûrs. Des fils, des pères, des conjoints qui viennent nous parler de violence conjugale exercée ou même subie, de séparations douloureuses ou de gardes partagées difficiles, bref de toutes ces choses qui font qu’un jour où l’autre on comprend qu’il est temps d’aller frapper à une porte pour prendre de l’information ou demander de l’aide.

Pourtant, parmi tous ces hommes, il n’y en a pas tant qui savent qu’ils vivent effectivement de la détresse psychologique. Parce qu’un homme, ça doit être fort. Le plus souvent, ceux qui demandent à me voir le font parce qu’un proche s’est inquiété ou que leur médecin leur a dit de venir me rencontrer.

Un homme sur cinq

Un grand sondage provincial mené en 2018 par SOM montre bien le grand écart qui existe chez les hommes entre la détresse réelle vécue et la reconnaissance personnelle d’être en souffrance. Seulement 4% des hommes québécois disent avoir vécu de la détresse psychologique dans un passé récent. Pourtant, si on les interroge sur des indicateurs précis de détresse psychologique, comme des symptômes d’anxiété ou des idées suicidaires, 25% sont concernés ! C’est donc un homme sur cinq qui ne reconnaît pas la souffrance qu’il vit.

Le grand défi en santé et bien-être des hommes est de susciter la demande d’aide auprès des gars. Ce n’est déjà pas toujours facile de piler sur son orgueil mâle et d’admettre qu’on vit une période de vulnérabilité, mais que faire quand les hommes eux-mêmes n’ont pas conscience qu’ils souffrent ? C’est peut-être ton cas, toi qui lit ces lignes (ou celui d’un homme que tu connais).

Peut-être que tu te sens tendu ces derniers temps. Tu as la mèche courte, comme on dit. Tu t’emportes, le regard de ceux que tu aimes sur toi change et ça te fait de la peine. Tu te réfugies au travail, même si à la « job », ce n’est pas toujours mieux. Ou peut-être que tu vis une séparation difficile, que tu n’arrives plus à te faire croire qu’elle reviendra, que ta famille sera à nouveau réunie, que ça va aller et que tu luttes contre l’envie de brailler quand tu es aux commandes de ton camion. Parfois tu bois trop, ou tu aurais envie de retourner voir les anciens chums avec lesquels tu as fait ta jeunesse, comme on dit, mais tu te retiens parce que tu es déjà passé par là et que tu sais où ça va te mener.

Les responsabilités familiales sont lourdes à porter, tes enfants grandissent et sont difficiles. Financièrement, il se peut que tu aies du mal à joindre les deux bouts. Comme beaucoup d’hommes, tu dois éventuellement prendre soin d’un de tes proches âgé ou souffrant et ça t’épuise. Qui sait ? Peut-être même as-tu parfois toi-même l’envie d’en finir.

J’en rencontre beaucoup des gars comme toi. Ou comme ce jeune que j’ai vu ces derniers jours. Il n’allait pas si mal, il avait seulement envie que les choses changent et voulait des « trucs » pour s’améliorer. Nous avons discuté un peu, essayé de déterminer quels étaient ses besoins. Il n’était pas très à l’aise à l’idée de demander de l’aide, mais tant qu’à moi, c’est surtout lui qui s’aidait. Je lui ai dit deux ou trois choses que je savais, pour le reste, c’est lui qui fera le travail.

Plus fort quand on demande de l’aide

Si toi aussi tu te sens épuisé, si tu souffres, ou si tout simplement tu aimerais que les choses changent, il y a quelques ressources, dont la nôtre, pour t’aider là-dedans. On en a vu d’autres, ne t’inquiète pas. Et si tu ne le fais pas pour toi, fais-le pour ceux qui t’aiment et qui s’inquiètent. Ou fais-le pour montrer à tes enfants qu’un homme devient plus fort quand il apprend à demander de l’aide.

Julien Gravelle