Mon ami Charles Ouellet a réussi à me convaindre de courir 12h la nuit en sa compagnie.

12 heures de course… la nuit

CHRONIQUE / Courir 64 kilomètres en 12 heures en pleine nuit à Drummondville peut paraître un défi ridicule. Mais qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour passer du temps avec un bon chum tout en repoussant ses limites personnelles ?

« Guy, est-ce que ça te tente de faire une course avec moi à l’automne ? , m’a lancé mon ami Charles Ouellet, le printemps dernier. C’est une course de 12 heures à Drummondville… la nuit. »

Mon ami Charles Ouellet et moi, au dernier tour de piste.

Ça faisait longtemps que l’on voulait faire une course ensemble, mais on parlait plutôt de faire un 25 ou 30 kilomètres. Courir 12 heures sans arrêt m’apparaissait un peu fou. Mais comme je n’ai pas peur du ridicule, j’ai accepté le défi qu’il me lançait.

C’est pour la 5e édition de la course Défie le sentier, qui offre des parcours de 5 et 8 km, que les organisateurs ont décidé de lancer un défi nocturne de 12 heures, explique Frédéric Ouellet, un des organisateurs de l’événement. « On voulait miser sur la popularité des ultramarathons, dit-il. Pour pousser le concept encore plus loin, on s’est dit qu’on attirerait encore plus de monde si on faisait la course la nuit, question de rendre ça un peu plus extrême. » Ce parcours vient compléter l’offre de course proposée par la gang de tripeux de course de Drummondville, qui ont commencé à organiser des événements il y a plus de 10 ans. L’autre course majeure qu’ils organisent, Des Chesnes-toi , est même devenue la 2e course la plus populaire du Québec avec plus de 10 000 participants !

Vendredi soir dernier, le 18 octobre, 29 coureurs se sont présentés au parc du Sanctuaire Saint-Majorique, à quelques kilomètres de Drummondville, pour passer la nuit au pas de course. Rassemblés dans le chalet qui allait nous servir de point de ravitaillement tout au long de la nuit, Frédéric Ouellet nous explique que le défi consiste à franchir un maximum de tours du sentier de 8 km en forêt qui a été balisé pour l’événement.

Sur le coup de 21 h 30, le départ est lancé et les coureurs se lancent dans les sentiers éclairés par leur lampe frontale. Le stress à l’idée de courir 12 heures se dissipe alors que nous entamons un premier tour de reconnaissance, question de jauger combien de tours nous serons en mesure de faire. D’emblée, je remarque que la noirceur nous ralentit grandement, surtout dans une section où les racines et la bouette dominent. Nous franchissons les huit premiers kilomètres en 62 minutes. Une vitesse plutôt lente, mais respectable étant donné qu’il faut garder le rythme toute la nuit.

Les premières lueurs du matin ont donné de l’énergie pour faire le dernier tour.

Ce premier tour nous permet de nous fixer l’objectif de courir 64 km, soit 40 km pendant les six premières heures et 24 km pour le reste de la nuit. Un objectif qui est à notre portée.

Les premiers tours se déroulent comme prévu, malgré les petits malaises qui commencent à se faire sentir dans les articulations. Après 24 km, il est maintenant une heure du matin, et je commence à douter. Chaque pas est plus lent et plus douloureux. Nous ajustons le rythme, en marchant les sections plus difficiles.

Une pause de ravitaillement aux petites heures du matin.

Comme prévu, nous franchissons les 40 premiers kilomètres en six heures cinq minutes. Nous sommes dans les temps, mais les jambes sont lourdes. Et il reste encore six heures de course à faire.

Question de changer le mal de place, nous repartons avec des bâtons de marche. Ça nous donne la petite impulsion supplémentaire fournie par les bras, avec l’impression d’aller plus vite. À tour de rôle, Charles ou moi prenons les devants pour motiver l’autre.

Les coureurs au départ.

Il est rendu 4 h du matin, l’inconfort est rendu permanent, la fatigue me rattrape et je me demande ce que je fais là, à courir au beau milieu d’un boisé de Drummondville par une nuit froide d’automne (la température a descendu à 0 °C), au lieu de dormir au chaud dans mon lit douillet. Malgré la douleur croissante, j’ai le sentiment d’être pleinement en vie, de vivre l’instant présent au maximum et de partager un moment unique avec un bon chum. Tel est le paradoxe de sortir de sa zone de confort. Ça fait mal, mais ça fait du bien en même temps.

Tête dure oblige, nous continuons à enfiler les kilomètres, en prenant des pauses un peu plus longues, au lieu de nous arrêter juste pour prendre une bouchée et repartir. Après le sixième tour, nous venons d’atteindre la marque de 48 km, une distance de plus de 42,2 km qui est considérée comme un ultramarathon. Chaque tour est une victoire en soi à partir de maintenant. Plus que deux tours pour atteindre notre cible.

Le rassemblement des coureurs avant la course.

Les premières lueurs du matin apparaissent, insufflant un brin d’énergie pour poursuivre. Graduellement, la lumière jaillit sur les sentiers et nous pouvons désormais apercevoir plusieurs détails dans la forêt qui nous avaient échappé tout au long de la nuit, car nous devions regarder au sol, droit devant, pour éviter les obstacles sur le chemin. Sur le coup de 7 h 11, nous atteignons la marque de 56 km. Après un petit café et des viennoiseries pour se ragaillardir, nous repartons pour un dernier tour.

Pendant ce dernier tour de piste, des gazelles qui luttent pour la première position nous dépassent au pas de course. Deux coureurs atteindront la marque de 88 km pendant la nuit. Avec à peine quelques centaines de mètres à faire, je ne sens plus la douleur, je suis transporté par les encouragements de la dizaine de personnes au fil d’arrivée, enivré par la course et le petit exploit personnel que l’on vient d’accomplir.

Votre journaliste et Charles Ouellet à leur arrivée après avoir couru 64 km.

Après la course, à la fois satisfait, mais encore à la recherche de nouvelles limites, Charles me demande : « À quand la course de 80 km ? » Je n’ai pas envie d’y penser tout de suite, mais je me dis que malgré les courbatures qui dureront quelques jours, je vais bien finir par accepter.

Les coureurs au départ de la course de 12 heures.