Paul-Robert Raymond
Le Soleil
Paul-Robert Raymond
Des Tesla Model S pour les corps policiers au Québec? Pas pour tout de suite, à moins que la Sûreté du Québec ou certaines municipalités ayant toujours un service de police décident de mener un projet-pilote pour tester l’efficacité d’un tel véhicule.
Des Tesla Model S pour les corps policiers au Québec? Pas pour tout de suite, à moins que la Sûreté du Québec ou certaines municipalités ayant toujours un service de police décident de mener un projet-pilote pour tester l’efficacité d’un tel véhicule.

Pourquoi il n’y pas plus de voitures électriques pour les véhicules de patrouille?

CHRONIQUE / Pourquoi ne trouve-t-on pas plus de véhicules électrifiés dans les parcs de voitures de patrouille? Plusieurs raisons expliquent la situation.

Une publication de blogue dans le site Web Roulez électrique, intitulé «Des voitures de police 100 % électriques au Québec, pourquoi pas?», soulevait le fait que le gouvernement du Québec et les municipalités pouvaient faire mieux en matière d’électrification de leur parc automobile, surtout avec les véhicules de patrouille.

En effet, rares sont les véhicules de patrouille électrifiés. On peut même dire qu’ils sont inexistants.

La transition des véhicules de patrouille vers l’électricité est timide, très timide. Récemment, seul Ford a proposé des versions hybrides de ses voitures spécifiquement réservées aux services d’urgence. Des hybrides non branchables...

Dans le rapport de 2020 du Michigan State Police Vehicle Test Team et celui du Los Angeles County Sheriff’s Department, seulement deux modèles électrifiés se trouvent dans la liste : le VUS Ford Police Interceptor hybride et la berline Ford Police Responder hybride. Lorsqu’un constructeur automobile propose un nouveau modèle pouvant servir de véhicule de patrouille, celui-ci est testé et certifié par les deux services policiers cités au préalable avant sa mise en marché.

«Il y a quelques années, quand Chrysler a voulu mettre sa Charger en police pack, [le constructeur] avait oublié d’insérer une plaque de protection dans le dossier du banc des policiers, au cas où quelqu’un à l’arrière aurait l’idée de jouer du couteau dans le dossier pour aller attaquer le policier, il n’y avait pas de plaque de protection», raconte Marc-André Bois, directeur de l’expertise d’ingénierie et d’acquisition au Centre de gestion de l’équipement roulant (CGER). «Le constructeur a dû donc refaire ses devoirs. C’est la police de l’État du Michigan qui avait déterminé ça.»

Cela dit, le sceau d’approbation de la police de l’État du Michigan n’est pas une obligation. Des corps policiers aux États-Unis mettent en service des Tesla Model S et des Model 3. «Si la Sûreté du Québec [SQ] ou des villes voulaient faire un projet-pilote avec une Tesla ou une moto électrique, elles ne s’en seraient pas empêchées pour autant. Ce n’est pas interdit absolument. Mais c’est l’obligation qui n’est pas là», explique M. Bois.

Par contre, il faudrait que la SQ passe par l’entremise du Centre de services partagés du Québec (CSPQ) pour acheter ses véhicules électriques, comme pour l’ensemble des organismes gouvernementaux et certaines municipalités. Le CSPQ est soumis à la Loi sur les contrats aux organismes publics (LCOP).

Finalement, le Plan d’action en électrification des transports 2015-2020 (PAET) exclut les véhicules d’urgence. Ceci est la principale raison pourquoi il n’y a pas encore de véhicules électriques dans les parcs de voitures de patrouille. Le PAET, qui établissait des cibles à atteindre d’ici le 31 décembre prochain, peut être consulté ici.

«Il faut se rappeler qu’en 2015, le dossier de l’électrification des véhicules était pas mal différent de ce qu’il est aujourd’hui. Ça a été vu comme une question de risque qu’on n’était pas prêt à prendre encore», ajoute M. Bois. «Un véhicule policier, c’est un véhicule particulier. Ne serait-ce, par exemple, qu’il y ait une autre crise du verglas et que là, on n’a plus de véhicule à cause qu’il n’y a plus d’électricité... On aurait l’air fou un petit peu. Il y a une notion de gestion de risque là-dedans.»

Ailleurs dans les ministères

Malgré tout, le CGER, qui s’occupe notamment des acquisitions pour le ministère des Transports du Québec, mais aussi d’autres ministères et municipalités, n’était pas peu fier de souligner que la cible fixée par le gouvernement dans le PAET d’ici le 31 décembre a été dépassée.

En date du 31 mars dernier, le gouvernement du Québec avait acquis 1246 véhicules électriques (100 % électriques ou hybrides rechargeables). À la mi-juillet, au moment de l’entrevue avec M. Bois, ce chiffre dépassait les 1300. La cible pour le 31 décembre était de 1000 véhicules.

«Selon le PAET, s’il y avait un remplacement d’un véhicule léger à faire et qu’il y avait un véhicule électrifié équivalent de disponible, vous preniez le véhicule électrique et vous passiez par le CGER. Ça nous a fortement aidés à atteindre nos cibles», conclut M. Bois, en précisant que la majorité du parc géré par le CGER est formé de véhicules hybrides rechargeables.