Volkswagen voulait en appeler de l’autorisation d’une action collective menée par l’AQLPA concernant le «Dieselgate».

«Dieselgate»: la Cour suprême dit non à Volkswagen

La Cour suprême du Canada a rejeté mercredi l’appel des constructeurs automobiles Volkswagen et Audi qui cherchaient à se débarrasser d’une action collective ayant été autorisée au Québec, dans l’affaire désormais connue sous le nom du «Dieselgate».

Une majorité de juges de la Cour ont rendu cette décision sur le banc, ce qui permet désormais à l’action collective de franchir toutes les étapes devant mener à un procès.

C’est l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA) qui avait déposé la demande d’autorisation d’exercer une action collective afin d’obtenir une indemnisation pour l’ensemble des résidants de la province de Québec qui ont respiré de l’air pollué par certains véhicules Audi et Volkswagen.

Un «tournant majeur»

«On vient de marquer l’histoire», s’est réjoui André Bélisle, le président de l’AQLPA, peu après le jugement rendu par le juge en chef Richard Wagner, à Ottawa.

«C’est un tournant majeur dans le droit de l’environnement.»

En réclamant 35 $ par Québécois comme dommages punitifs — et vu les 8,3 millions d’habitants au Québec — l’action a le potentiel de coûter 300 millions $ aux constructeurs automobiles visés.

Mais c’est seulement au terme du procès qu’il sera déterminé si Volkswagen et Audi devront indemniser ou pas les Québécois.

L’action avait reçu le feu vert de la Cour supérieure en janvier 2018. Les deux constructeurs automobiles voulaient en appeler de cette autorisation, mais ils avaient essuyé un refus de la Cour d’appel.

C’est pourquoi ils s’étaient tournés vers la Cour suprême.

Cette action découle du scandale ayant éclaté en 2015 : il fut à ce moment révélé que Volkswagen et Audi avaient installé sur certains de leurs véhicules carburant au diesel un logiciel qui pouvait permettre de fausser les résultats des tests d’émissions polluantes. Ce stratagème visait plusieurs modèles dont la Jetta et la Jetta Sportwagen, la Golf et la Beetle, mises en marché entre les années 2009 et 2015.

Qui est la victime?

La Cour suprême a eu à se pencher sur les critères qui permettent l’utilisation d’une action collective pour poursuivre quelqu’un.

Il y a des questions nouvelles ici, a commenté le juge en chef durant l’audition.

Les constructeurs automobiles ont argumenté qu’une personne, comme M. Bélisle de l’AQLPA, ne peut intenter une telle action au nom de tous les Québécois, car il n’est pas malade. Il n’est donc pas une victime, est-il allégué.

Autoriser une telle poursuite «déforme et dénature» le véhicule procédural qu’est l’action collective.

L’AQLPA ne voit pas les choses de cet œil. «La prétention de Volkswagen, c’est de dire qu’il n’y avait pas de victime donc, il n’y avait pas de crime. Et pour une fois, on n’a pas besoin d’avoir un cadavre sur la table pour dire qu’il y a eu une victime. La victime, c’est la qualité de l’air. C’est l’environnement», a réagi M. Bélisle après l’audition.

Et puis, alors que l’AQLPA se plaint que les lois québécoises ne sont pas respectées, dont la Loi sur la qualité de l’environnement, ce rôle ne lui revient pas. C’est à l’État de s’assurer que ses propres lois soient respectées, pas à un individu, a plaidé Me Guy Pratte, qui représente les constructeurs des véhicules.

Ce recours est différent des autres actions collectives intentées contre ces fabricants en ce qu’il vise tous les Québécois — et non pas uniquement les propriétaires ou les locataires de ces véhicules.

Les avocats des parties devront bientôt se présenter en Cour supérieure afin d’établir un échéancier pour les différentes étapes devant mener au procès.