Zoom Photo Festival: Yoanis Menge montre l'envers de la médaille

Yoanis Menge voulait dresser un portrait de la chasse aux phoques en toute neutralité. Il espérait démystifier un sujet polémique. Il a pris les grands moyens pour y arriver. Il est lui-même devenu chasseur afin de monter sur un bateau et accompagner une escouade sur les glaces. C'est ainsi qu'est née Hakapik, l'exposition qu'il présente à La Pulperie de Chicoutimi dans le cadre de Zoom Photo Festival.
Sa mère étant originaire des Îles-de-la-Madeleine, Yoanis Menge est sensible à la chasse aux phoques depuis toujours. Lorsqu'il est tombé face à face avec une affiche de la Fondation Brigitte Bardot dénonçant la chasse aux phoques à Paris, il a eu envie de se lancer dans un projet de photoreportage. Il voulait illustrer l'envers de la médaille.
De 2012 à 2015, il a couvert la chasse aux phoques aux Îles-de-la-Madeleine, à Terre-Neuve et au Nunavut. Pour ce faire, il s'est impliqué tout entier.
Pour convaincre les chasseurs de le laisser mener à bien son projet, il est devenu un des leurs. «Aucun bateau n'embarque un passager inutile», explique-t-il sur le panneau descriptif placé à l'entrée de la salle d'exposition. «Parce que j'ai été accepté comme un chasseur de phoques, j'ai pu, sur une période de quatre ans, accompagner des escouades sur les glaces.»
C'est ainsi qu'il a pu documenter la chasse aux phoques, s'attardant à l'action elle-même, mais aussi à ceux qui la pratiquent.
«Mon projet vise à la fois à documenter et réfléchir sur la nature de cette activité traditionnelle ancrée dans l'histoire des communautés maritimes et du Nord canadien», explique-t-il encore.
Hakapik, c'est un mot qui provient du norvégien hakepigg et qui signifie Instrument utilisé pour la chasse aux phoques. L'instrument, justement, on le voit à maintes reprises dans ses images.
Noir et blanc
Dans la salle d'exposition, les photos, toutes de grands formats, sont exposées dans des cadres inégaux de bois noir.
Ce n'est pas inconsciemment que le photographe a opté pour le noir et blanc. «Le noir et blanc permet de neutraliser le sensationnalisme propre au sang rouge sur la neige blanche, misant plutôt sur la représentation du geste et la symbolique du rituel. Le tout pour souligner la noblesse d'une activité coutumière fortement inscrite dans la tradition», explique-t-il dans le résumé de sa démarche.
Yoanis Menge ne présente aucune photo des bêtes vivantes. Il ne cache pas non plus les animaux morts qui s'empilent dans les bateaux.
Le sang forme des masses noires sur la neige et la glace.
On voit aussi des phoques traînés sur la glace, une série de bêtes mortes attachées les unes aux autres par un long câble et un chasseur les mains salies par le travail.
La préparation des repas, une famille qui se nourrit de l'animal, les lieux exigus qui servent de dortoir aux chasseurs et les hommes à l'oeuvre sur des morceaux de glace isolés par l'eau figurent aussi sur les clichés du photographe.
En conférence de presse, plus tôt cette semaine, Yoanis Menge a souligné certains éléments. «Les phoques ne sont pas en voie d'extinction. Depuis les années 1970, leur nombre est passé de 1,5 à 7,8 millions dans le golfe du Saint-Laurent. Un phoque mange 1,5 tonne de poissons et de crustacés par an. Ç'a un impact sur les stocks de poissons, donc un impact économique.»
L'exposition Hakapik, présentée à Saguenay jusqu'au 27 novembre, a déjà effectué un arrêt à Paspébiac, Montréal, Matane et Québec.