Quatre panélistes de différents horizons ont échangé sur les nouvelles réalités liées au numérique et aux médias sociaux pour le photojournalisme.

Zoom Photo Festival: un monde en changement

Les nombreux rendez-vous thématiques organisés dans le cadre de la 9e édition du Zoom Photo Festival ont donné lieu à des échanges foisonnants sur le photojournalisme. Une foule d’invités, évoluant dans des sphères géographiquement et socialement différentes, en sont toutefois arrivés à un constat similaire : de profonds changements touchent le monde de la photo, qui se réinvente.

Invités à échanger autour des enjeux du numérique, des médias sociaux et de la diffusion des images produites par les photojournalistes, quatre panélistes étaient réunis jeudi après-midi à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), initiant ainsi son premier partenariat avec le festival de photojournalisme.

Les photographes français Benjamin Petit et Julien Jourdes, tous deux évoluant aux États-Unis, ont expliqué de quelle manière le marketing ainsi que les besoins grandissants des grosses boîtes telles Facebook, Google, Instagram ou AirBnb comportaient à la fois des bénéfices – pour les contrats –, mais aussi des effets pervers pour les as de la lentille.

Issu d’une initiative plus réduite et autodidacte, via le photojournal True North, le Canadien Cody Punter a pour sa part apporté par son expérience un éclairage sur la rémunération, mais aussi la diffusion liée au métier.

Enfin, le professeur à l’UQAC en communication Jorge Frozini, aussi membre du Groupe de recherche et d’intervention régionales (GRIR), a relancé les conférenciers à propos des conditions socioéconomiques dans lesquelles ils évoluent, eux qui sont souvent dépendants de contrats corporatifs payants, qui sont nécessaires à la réalisation de leurs propres projets personnels.

Le web : allié et ennemi

Les constats étaient unanimes au sujet de l’apparition du numérique et de la diffusion sur Internet : ces changements ont créé, d’une part, une étonnante accessibilité pour le contenu photo, devenant cependant parfois illusoire, en raison des algorithmes qui alimentent inlassablement les utilisateurs selon leurs préférences.

Ainsi, aux dires de Julien Jourdes, « il y a tout un monde qui n’est pas exposé sur nos écrans, malgré les efforts ». Ce constat est partagé par Benjamin Petit : « Un des buts du photojournalisme est de rapprocher les communautés affectées de celles qui ne le sont pas. Cet objectif est souvent réalisé physiquement, mais peu numériquement », a philosophé l’homme derrière #Dysturb, un collectif utilisant la rue comme lieu d’exposition.

L’animateur Valerian Mazataud n’a pas manqué de soulever une autre difficulté propre au milieu photojournalistique : aucune femme n’était conférencière à cette table ronde.

LES FEMMES S'EXPOSENT

De passage à Saguenay. la photographe et ancienne chef photo au Nouvel Obs, Béatrice Tupin a « tenté de réparer des années d’injustice » en créant le premier festival entièrement dédié aux femmes photographes professionnelles, Les femmes s’exposent. La première édition s’est tenue l’été dernier à Houlgate, en France, rassemblant 14 exposantes qui ont bénéficié d’une affluence de près de 20 000 personnes. 

« Ç’a longtemps été un milieu essentiellement masculin, macho; encore aujourd’hui, il n’est pas toujours bien perçu, pour une femme, de partir en long séjour photojournalistique », rappelle la photographe, qui planche déjà sur une seconde édition, misant cette fois sur des participantes provenant davantage de l’étranger.