Zachary Richard n’a pas besoin de gadgets ni de trois choristes, pour capter l’attention du public. Sa personnalité chaleureuse, jumelée à ses chansons et ses histoires louisianaises font admirablement le travail.

Zachary Richard: là où on ne l’attendait pas

TADOUSSAC — Chaque fois que Zachary Richard participe au Festival de la chanson de Tadoussac, il remplit la plus grande salle disponible et pendant tout le spectacle, le public multiplie les cris, les rires, les sifflets. Peu de chanteurs exercent un magnétisme équivalent de nos jours, un phénomène qui s’est produit une nouvelle fois vendredi soir, à l’église du village.

Ils n’étaient que deux pourtant, lui et son camarade qui alterne entre le violon et l’accordéon. Pas de décor ni de savants éclairages. Juste un gars qui sait comment toucher les gens avec ses compositions qui parlent de catastrophes dont on essaie de tirer les leçons, d’amour qui se manifeste dans des circonstances improbables, de héros méconnus et d’un petit-fils qu’aucun obstacle ne semble arrêter.

C’était l’élément de surprise de ce rendez-vous, cet Émile de 19 ans venu de Paris pour accompagner son grand-père sur deux titres de son cru. Le premier s’intitule J’aime la vie et toutes ses créatures, ce qui n’a pas laissé voir le fond de l’histoire jusqu’au moment où Zachary Richard a lancé : « J’aime les enfants handicapés. Ce n’est pas parce qu’ils sont handicapés qu’on ne doit pas les aimer. »

À ses côtés, Émile émettait des sons qu’il était difficile de saisir, en plus de jouer – fort bien – de l’harmonica. On a alors compris que lui-même devait composer avec un handicap et dans la salle, plusieurs se sont mis à applaudir. Ils venaient de comprendre et c’est pourquoi, à la fin de l’interprétation qui n’était pourtant pas la dernière, tous se sont levés d’un bloc.

« Cette pièce a été écrite quand Émile avait dix ans. Depuis, ses goûts ont changé. Il serait mieux avec Biz, mais il est poigné avec moi », a lancé Zachary Richard avec humour. Lui et son petit-fils ont ensuite alterné les passages chantés et parlés de La ballade des exclus, conçue par l’adolescent. Puis, celui-ci s’est retiré discrètement, non sans avoir produit une forte impression.

Un autre héros, moins tranquille celui-ci, est apparu deux fois au cours de la soirée. Cet homme dont la mémoire est évoquée dans La ballade de Jean Batailleur était un esclave noir de la Louisiane qui, loin de se résigner, a brisé ses chaînes. Le problème est que cette histoire, et le racisme qui la sous-tend, est devenue tristement actuelle. « Dans mon pays, je croyais que c’était réglé depuis les années 1960 », a souligné Zachary Richard.

À cet hymne à la liberté correspond l’hymne à l’amour et la résilience écrit avec la complicité de son ami Charlélie Couture. Cherchant une façon de dénoncer la violence sans la mettre en avant, ils ont imaginé la rencontre d’un homme et d’une femme au Bataclan, le soir de l’attentat. Une ballade puissante qui, elle aussi, frappe les esprits.

L’humour, lui, s’exprime à tout moment, que ce soit dans un poème en créole dont on ne comprend pas les fines nuances, mais qui traduit éloquemment la vigueur sexuelle du narrateur, ou dans un hommage à la Chevrolet Bel Air, une voiture dont on dit qu’elle aurait été créée par Dieu. Il a aussi été question de Césaire Vincent, un homme qui passait pour excentrique dans le village natal de Zachary Richard jusqu’au jour où un musicologue a réalisé qu’il connaissait une cinquantaine d’airs français remontant au Moyen-Âge. Ça venait de lui, Travailler, c’est trop dur.

Et comme de raison, le party a levé quelques fois, notamment sur L’arbre est dans ses feuilles, offerte dans les dernières minutes du spectacle.

Cette version dynamique avait le mérite d’être différente de celle qui a été endisquée. Très cajun et aussi très drôle quand les hommes ont tenté, d’abord sans succès, de reproduire les sons émis par Zachary Richard.

Lui qui croit à la possibilité d’émettre des molécules de bonheur en chantant peut dormir tranquille. Vendredi, il a fait sa part pour améliorer le sort de l’humanité.