Zachary Richard présentera ses chansons dans un cadre intimiste, du 26 au 28 septembre, à l’occasion d’une tournée de trois spectacles au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Il en profitera pour évoquer sa vie en Louisiane par le biais d’anecdotes laissant filtrer son talent de conteur.

Zachary Richard, chanteur, conteur et poète

La dernière fois que Zachary Richard a chanté pas loin de chez nous remonte au début de l’été. Son retour au Festival de la chanson de Tadoussac avait attiré près de 400 personnes dans l’église du village, l’équivalent d’une salle pleine. Le public avait entendu ses classiques, de nouvelles compositions et plusieurs histoires laissant apparaître le sens de l’humour du chanteur.

« Sans être un humoriste, je viens d’une famille de conteurs. Dans le spectacle, j’essaie d’amener les gens chez nous, dans un univers qui est multiple. Ils apprécient ces clins d’œil sur ma vie en Louisiane. On nous imagine dans des marécages, en train de manger des écrevisses, alors que je viens d’une famille d’éleveurs établie près de Lafayette. Mon village, Scott, s’est développé autour du chemin de fer provenant de Houston », a décrit Zachary Richard au cours d’une entrevue téléphonique accordée au Quotidien.

Maintenant âgé de 69 ans, il complète une grosse année sur la route. En comptant les spectacles qui seront donnés au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi (26 septembre), à la Salle Desjardins-Maria-Chapdelaine de Dolbeau-Mistassini (27 septembre), de même qu’à la Salle Michel-Côté d’Alma (28 septembre), une centaine de sorties auront balisé la présente tournée.

« À ce stade-ci, j’ai besoin de me ressourcer. Je ne sais pas non plus s’il y aura une nouvelle tournée, puisque je n’ai jamais de plan », fait observer le chanteur. Des idées d’albums flottent dans l’air, mais rien d’assez précis pour confirmer quoi que ce soit. À vrai dire, la chose qui l’attire le plus, en cette fin d’été, est le mariage de la poésie et de la musique. Auteur d’un recueil sorti récemment aux Écrits des Forges, Zuma 9, il se verrait poursuivre dans cette voie.

« C’est une piste qui m’intrigue, explorer la frontière entre la chanson et la poésie. On croit que c’est ringard, la poésie. Moi, je suis d’avis qu’elle doit être entendue, plutôt que lue. Je trouve aussi que la mienne supporte bien les ambiances musicales. Je vais donc profiter de l’hiver pour produire des enregistrements, explorer le “spoken word”. Déjà, je le fais un peu dans mon spectacle », indique Zachary Richard.

Comme à Tadoussac, il sera accompagné par Francis Covan, dont la polyvalence lui inspire une jolie formule. « C’est un musicien extraordinaire. Puisqu’il joue comme dix, avec moi, on sera 11 », affirme le Louisianais. Le seul absent sera son petit-fils Émile Culin. Depuis l’âge de huit ans, il partage la scène avec son grand-père au cours des vacances scolaires. Ils ont répété l’exercice à Tadoussac, Petite-Vallée et L’Assomption, entre autres, mais la récréation est finie. Le jeune homme est retourné étudier en France.

Quant aux chansons, elles sont interprétées dans un cadre intimiste, sans décor ni mise en scène compliquée. Le programme comprend des œuvres récentes, ainsi que les immortelles de Zachary Richard, qu’il se fait un point d’honneur de livrer avec conviction. « Je ne néglige pas les succès, assure-t-il. Tout en introduisant de nouvelles choses, il n’est pas question de décevoir ceux qui veulent entendre L’arbre est dans ses feuilles. »

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LE FRANÇAIS REMONTE LA PENTE EN LOUISIANNE

(Daniel Côté) – Comment se porte la francophonie en Louisiane ? Pour répondre à cette question, Zachary Richard reprend une formule créée par Gilles Vigneault. « On a frappé le creux de la vague et on est en train de remonter. Le français va demeurer un aspect fondamental de la culture louisianaise », a assuré le chanteur à l’occasion d’une entrevue accordée au Quotidien.

Parmi les facteurs qui justifient son optimisme, on note les programmes de francisation menés depuis une cinquantaine d’années. Il parle même d’une identité nouvelle à laquelle s’identifieraient ses compatriotes et pas juste ceux qui s’expriment dans la même langue que lui. « L’identité ethnique et l’identité linguistique ne sont pas liées. On peut être Cajun sans parler français », énonce l’auteur de La ballade de Jean Batailleur.

La musique constitue un puissant incitatif et, plus que jamais, il entend des choses qui l’encouragent, autant qu’elles l’étonnent. « Chez les jeunes, c’est comme une épidémie. Chaque fois que je me vire de bord, il y en a un qui fait de la musique mieux que moi, lance Zachary Richard d’un ton amusé. Ils réalisent également qu’on ne peut pas chanter ce qu’on ne comprend pas. »

À cet égard, il aime l’esprit qui anime les nouvelles générations au moment d’aborder le répertoire traditionnel. « Les jeunes l’interprètent à leur façon, un bon exemple étant celui des Lost Bayou Ramblers, indique le chanteur. Il faut dire que notre culture n’a jamais été hermétiquement scellée. Moi-même, je ne suis pas un traditionaliste, même si ça m’a secoué de découvrir l’accordéon à l’âge de 21 ans. Or, les traditionalistes m’ont haï quand j’ai fait une version reggae de L’arbre est dans ses feuilles. Ça les a heurtés. »

Un autre élément distinctif tient à son niveau de langage. Élevé dans une maison bilingue, alors que ses grands-parents ont fait partie de la dernière génération d’unilingues francophones, il s’exprimait dans un français auquel étaient maillés des mots anglais avant que sa carrière ne lui fasse voir d’autres horizons. « C’est grâce au Québec que j’ai mieux maîtrisé ma langue », révèle Zachary Richard.

Signe de la vivacité du français dans sa patrie, il a participé récemment à une campagne de sociofinancement, de concert avec le Louisiana Consortium of Immersion Schools, l’Action Cadienne, Louisiane-Acadie et le Council for the Development of French in Louisiana. « Nous avons les bâtiments et l’appui du conseil scolaire pour monter des programmes d’immersion en français, mais nous avons besoin de matériel éducatif », explique le chanteur.