Yvon Paré trace un parallèle entre son cheminement et celui de son amie Nicole Houde dans l’essai intitulé L’Orpheline de visage.

Yvon Paré revisite la vie et l'oeuvre de Nicole Houde

Yvon Paré avait lu et relu les 15 romans de Nicole Houde, son amie romancière. Il en avait parlé dans ses chroniques littéraires et animé des ateliers consacrés à son oeuvre, un projet ambitieux qui s’était concrétisé en 2016, à la bibliothèque municipale de Jonquière. Nourries par des liens d’amitié, ces fréquentations lui ont quand même laissé un goût d’inachevé, comme si une partie de l’histoire était demeurée dans son angle mort.

« J’avais essayé de dégager les grands thèmes, mais je trouvais que ça restait en surface. Or, je considère que Nicole est une grande écrivaine, une écrivaine essentielle qui a créé des romans magnifiques. J’ai donc produit un essai qui prend la forme d’un dialogue entre nous et je souhaite que ça donne le goût de découvrir un ou deux de ses textes », a raconté Yvon Paré au cours d’une entrevue accordée au Progrès.

Le fruit de cette démarche a pour titre L’Orpheline de visage et tout naturellement, il est publié aux Éditions de la Pleine lune, la maison où tous les titres de Nicole Houde ont trouvé refuge. Le point de départ se confond avec la ligne d’arrivée, puisque l’écrivain évoque d’abord le jour où lui et sa conjointe Danielle Dubé ont appris le décès de leur amie. Même si sa santé avait décliné, le choc fut brutal. « Tu es partie comme une voleuse », écrit Yvon Paré.

Son livre témoigne de la singularité de Nicole Houde, une rebelle, une écorchée qui a trouvé dans l’écriture un moyen de transcender une lourde hérédité. L’auteur devient un peu sociologue, traçant un parallèle entre leurs cheminements improbables, lui à La Doré, elle à Saint-Fulgence. Deux villages forestiers où l’idée de faire des études universitaires à Montréal - littérature d’un côté, anthropologie de l’autre - se situait aux frontières de l’utopie et de la trahison.

« Moi et Nicole, nous nous reconnaissions dans le concept du transfuge de classe élaboré par Bourdieu. Nous avions vécu un choc à notre arrivée à Montréal. Nous ne nous sentions pas chez nous là-bas et c’était pareil au sein de nos familles. Mes premiers livres ont été des tentatives de réconciliation avec la mienne. C’est pour cette raison, aussi, que j’ai bûché avec mes frères pendant dix ans, tout en écrivant. Pour leur montrer que j’étais capable », énonce Yvon Paré.

Ces efforts n’ont pas été payés de retour. Il est devenu étranger aux siens, tandis que Nicole Houde était prise dans des filets encore plus serrés. « Il y avait des cas de folie dans sa famille et tous ses hommes étaient des alcooliques, à commencer par son père, qui est mort quand Nicole avait 18 ans, rapporte le Jeannois. Elle aussi est devenue alcoolique. Elle a bu pendant 15 ans avant d’aller en thérapie. C’est dans ce contexte qu’à 40 ans, Nicole a écrit son premier livre. »

Yvon Paré trace un parallèle entre son cheminement et celui de son amie Nicole Houde dans l’essai intitulé L’Orpheline de visage.

Comme bien des lecteurs, il ne s’est jamais remis de la lecture de ce roman, La Malentendue. « Il est très dur. Elle parle entre autres du sort des femmes dans sa famille, du fait qu’elle se sentait enceinte de sa mère, de sa grand-mère et de son arrière-grand-mère. C’est ce qui a provoqué une angoisse terrible, en même temps que sa quête d’identité. C’est également ce qui a justifié le titre de mon livre », souligne Yvon Paré.

Les échanges qui émaillent L’Orpheline de visage sont formés de ses propos à lui, jumelés à des textes de Nicole Houde et quelques répliques inventées. L’histoire qu’ils dépeignent prend un tour positif en raison de l’impact qu’a eu la démarche d’écriture de la romancière. Affichant une discipline qui tranchait sur le reste de sa vie, elle a abandonné ses autres occupations pour se consacrer uniquement à son art. Tous les jours, elle noircissait des pages, la seule façon de se donner un visage.

« C’est ce qui l’a sauvée, le point de bascule correspondant à Je pense à toi, le roman consacré à son père. Après, elle s’est autorisé quelques fantaisies », fait observer Yvon Paré, qui procédera au lancement de L’Orpheline de visage le 26 avril, à l’occasion d’un 5 à 7 tenu à la librairie Les Bouquinistes de Chicoutimi. Ensuite viendra - ou plutôt reviendra - son plus gros chantier, celui du roman Presqu’il, amorcé en 1984.

« Je me donne deux ans pour le finir. Je l’ai souvent abandonné, mais c’est le livre de ma vie », confie Yvon Paré.