Robert Charlebois au temps de L’Osstidcho.

Yéyé vs chansonniers, version 2018

CHRONIQUE / Au milieu des années 1960, Robert Charlebois s’est associé à Mouffe et à son vieil ami Jean-Guy Moreau pour présenter la revue Yéyé vs. chansonniers. Elle se voulait satirique et jouait sur la présence de deux courants au sein de la chanson québécoise. Chacun évoluait à l’intérieur d’un écosystème si étanche que les passerelles étaient rarissimes. C’était un mélange de guerre froide et de coexistence pacifique.

D’un côté, il y avait les yéyés privilégiant les titres dansants, souvent traduits de l’anglais. Ils vendaient des 45 tours à la tonne et jouissaient d’une tribune exceptionnelle grâce à l’émission Jeunesse d’aujourd’hui. Quant à l’autre camp, il hantait les boîtes à chansons et s’inscrivait dans le courant de la grande chanson française. Diction impeccable, instruments acoustiques, textes originaux aux accents poétiques: ses adhérents se définissaient comme des artisans.

Robert Charlebois, justement, fut le premier à ébranler ces chapelles et ironiquement, ce n’est pas Yéyé vs chansonniers qui a fait le travail. Ce sont les chansons créées dans la foulée de Lindberg, CPR Blues, Egg Generation et California qui ont bousculé les habitudes. On a alors réalisé que du rock en français, ça se pouvait et que c’était vendeur.

Plus tard, le même homme a brouillé les pistes d’une manière différente, en se rapprochant des anciens adeptes du yéyé. Rappelons que c’est lui qui a traduit la chanson Rhinestone Cowboy, devenue Cowgirl dorée grâce aux bons soins de Renée Martel. Il a aussi créé des succès qui n’avaient rien de révolutionnaire, de J’t’aime comme un fou à Moi Tarzan, toi Jane, en passant par Les talons hauts et C’est pas physique, c’est électrique.

Ce ne sont pas mes titres préférés, mais ils me sont revenus en tête pendant le débat lancé par Mario Pelchat à la suite du gala de l’ADISQ. Il a le sentiment que les artistes populaires ne sont pas traités équitablement par l’Académie, comparativement à ceux qui proposent des oeuvres plus confidentielles. Que ce soit vrai ou pas, une chose est sûre, on a vu se dresser deux camps qui ressemblaient étrangement à ceux des années 1960.

Sans doute y a-t-il des choses à corriger, ne serait-ce que la place ménagée à la musique country dans le gala. Mais ce qui presse autant, c’est d’abattre les murs artificiels en multipliant les collaborations. Si trois orchestres symphoniques peuvent partager l’affiche avec Diane Dufresne, qu’est-ce qui empêche Irvin Guay et Keith Kouna, 2Frères et Safia Nolin, de mailler leurs univers?