Cette pièce, dont le titre en langue huronne signifie Me retourner sur moi-même, juxtapose un vase réalisé à l’aide des techniques traditionnelles autochtones, ainsi que des porcelaines empruntant à l’esthétique européenne en vigueur au 17e siècle.

Yanik Potvin aime jouer sur les contrastes

Le profil de Yanik Potvin est singulier. Il a étudié en anthropologie, en plus de compléter une maîtrise en art à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), il y a six ans. C’est déjà particulier, mais de surcroît, l’Hébervtillois aime la céramique au point d’en avoir fait son médium de prédilection, ce que permet de constater l’exposition Smoke Screen présentée dans la galerie d’art située à l’intérieur de la bibliothèque du Cégep de Jonquière.

Il ne reste que quelques heures pour la visiter, puisqu’elle prend fin aujourd’hui (lundi). On y trouve une sélection d’œuvres produites cette année, certaines épousant la forme de projections vidéo. L’une d’elles montre un miroir rococo dans lequel un film tourne en boucle. Il met en vedette le groupe death metal Cerebral Pot, qu’on voit en pleine action, lors d’un concert tenu à Portland.

Voici la face «présentable» de Make Antiquity Great Again, celle montrant un pharaon paré d’or. De l’autre côté, l’artiste Yanik Potvin a sculpté un dildo.

« Ça met en relief le contraste entre un objet niché et le concert rock », a raconté l’artiste au cours d’une entrevue accordée au Quotidien. Il aime ces juxtapositions improbables, un autre exemple étant fourni par la pièce autour de laquelle se déploie l’exposition, dont le titre en langue huron signifie Se retourner sur moi-même. Elle consiste en un vase confectionné dans le respect des traditions chez les peuples autochtones. Il renferme d’autres objets en céramique d’une facture différente.

Ils renvoient à un autre genre de tradition, celle de la porcelaine européenne, telle qu’on la pratiquait à Meissen, Delft ou Limoges. « Ces objets auraient pu être produits à la même époque, au milieu du 17e siècle. On utilisait le vase pour ranger ou cuire des aliments, tandis que les autres pièces relèvent de l’art décoratif. J’aime les oppositions esthétiques », réitère Yanik Potvin.

Sculpter un sphinx avec la tête du Christ a permis à Yanik Potvin de montrer que nos croyances s’inscrivent dans le droit fil de la cosmologie égyptienne.

Sa nouvelle exposition solo, la quatrième de sa carrière, ménage aussi une place à l’humour. L’une de ses créations les plus étonnantes, une représentation épousant les traits d’un pharaon et d’un dildo – ça dépend de quel côté on la regarde –, porte ainsi un titre trumpien : Make Antiquity Great Again. « C’est une référence humoristique à l’hégémonie du pouvoir. La céramique est couverte par une glaçure en or, un matériau dispendieux qui fait ressortir son caractère luxueux », fait observer le Jeannois.

L’archéologue en lui met également en lumière la double personnalité du sphinx, dont le visage est calqué sur celui de Jésus. Une autre œuvre qui attire le regard, tout en suscitant la réflexion. « Il y a plusieurs niveaux dans mes créations, précise Yanik Potvin. Dans ce cas-ci, je souligne le fait que l’histoire de l’humanité comporte des redondances. Le sphinx associé à Jésus, par exemple, c’est une façon d’illustrer à quel point nos croyances nous ramènent à la cosmologie égyptienne. »

Ce dessin de Yanik Potvin, à mi-chemin entre l’art naïf et la bande dessinée, témoigne de l’humour qui imprègne plusieurs des oeuvres présentés au Cégep de Jonquière.

Deux dessins laissent aussi voir de quoi son avenir sera fait, du moins dans le futur immédiat. On y reconnaît une nuée de personnages empruntant à la culture populaire et à l’histoire des grandes religions. Le trait fait penser à une bande dessinée où Godzilla partagerait le même espace que Shiva, la déesse du Gange. On pense à ce vieil album d’Achille Talon où Greg avait réuni des dizaines de stars de la BD, de Popeye à Tintin, en passant par Mandrake. Pour le côté naïf, on pense également à Arthur Villeneuve. « C’est involontaire, même si ça peut donner cette impression, affirme l’artiste. En réalité, j’ai été inspiré par la bande dessinée underground de la côte ouest des États-Unis. Ces dessins sont les premiers d’une série que je présenterai dans quelques mois, possiblement à Montréal. Ils ont été réalisés à l’encre et avec des crayons de bois. »

Il ajoute que le Smoke Screen du titre découle des façons de faire qui, au-delà des siècles et des lieux, finissent toujours par revenir. Et ça tombe bien, puisque lui-même est revenu au Cégep de Jonquière par le biais de son exposition. « J’ai fini mon DEC en arts visuels il y a 20 ans. J’ai donc revu avec émotion mes anciens professeurs, ainsi que des employés de la bibliothèque. Ça m’a aussi fait du bien de partager mes concepts à travers mes œuvres », confie Yanik Potvin.