Wyclef Jean a donné une performance électrisante à la Zone portuaire de Chicoutimi samedi soir.

Wyclef Jean, un artiste d’exception

Y a-t-il une chose que Wyclef Jean ne sache pas faire ? Chanter du Brel et du hip-hop ? Taper sur des congas ? Jouer de la guitare à l’endroit et à l’envers ? Faire pareil avec un piano ? Oui, l’artiste aux racines haïtiennes possède tous ces talents, mais le plus important, ainsi qu’il l’a démontré vendredi soir, sur la scène Ubisoft Saguenay-Le Quotidien de la Zone portuaire de Chicoutimi, c’est sa capacité à se faire aimer.

Participant pour la première fois au Festival international des Rythmes du Monde (FIRM), cet homme possède un tel charisme que sitôt après avoir chanté en anglais et fait du freestyle en espagnol sur un beat hip-hop qui a semé la frénésie parmi ses fans, il a abordé le répertoire francophone en passant par la grande porte. Rien de moins que l’immortelle de Brel, Ne me quitte pas.

Assis au bord de la scène, les pieds dans le vide, Wyclef Jean a repris cet air qu’affectionnait sa mère en collant d’assez près à la version originale. Puis, comme c’est son habitude, il a imposé une rupture de ton. Retour sur la piste de danse, et toujours avec Brel. Des bras tendus se sont agités doucement pendant que Wyclef Jean prenait un bain de foule sans échapper ne serait-ce qu’une note.

« Le rouge et le noir ne s’épousent-ils pas ? », a-t-il conclu avant de renouer avec le hip-hop, une demi-seconde plus tard, pas davantage. Or, les gens l’ont suivi sans broncher, à croire qu’ils avaient répété à la maison. On les sentait aussi complices qu’après deux heures de spectacle, même si le début de leurs fréquentations remontait à dix minutes. Pas étonnant qu’à la fin de la troisième pièce, l’invité du FIRM ait lancé, en anglais : « Il n’y a pas une place comme le Canada ! »

Il a ensuite brossé un autoportrait musical en évoquant sa collaboration avec Santana. Sa version de Maria Maria a mis en évidence sa voix joliment terreuse, laquelle fut relayée par un solo de guitare lumineux, conclu avec l’instrument plaqué sur la nuque. C’est ce qui a provoqué la première vague de cris et de sifflets de la soirée, hommage mérité à un artiste qui, cela sautait aux yeux, était content de se produire à Chicoutimi pour des gens aussi allumés.

« Cette fois, ce sera à vous de chanter et comme on se trouve dans la maison de Prince, dans son studio, il faudra que ce soit sexy », a énoncé Wyclef Jean. Bien sûr, le public a répondu présent, et ce, d’autant plus spontanément que la pièce interprétée était No Woman No Cry, de Bob Marley. Un nouveau prétexte à de multiples virages, un bout rock, un bout reggae, un bout en français, et comme on s’en doute, le volume de décibels a encore augmenté.

Autre performance digne de Hendrix, le solo de guitare avec les dents, d’abord déchirant, puis franchement rock, qui a mis le point final – d’exclamation, devrait-on dire – à la chanson 911. Cette pièce, tout comme la suivante, Gone Till November, renvoie l’écho des années troubles du jeune Wyclef, qui en a profité pour rendre hommage à sa mère : « Je la remercie d’avoir retiré une arme de mes mains afin de la remplacer par une guitare. »

C’est à ce moment que le parterre a pris feu, emporté par le souvenir d’une projection du film Saturday Night Fever qui a fait de Travolta l’idole de Wyclef Jean. Stayin’ Alive et d’autres hymnes de l’époque disco ont résonné sur les bords du Saguenay et gageons que personne, au sein de l’assistance, n’aurait prédit que la pièce suivante serait Amazing Grace en version instrumentale.

La transition a été négociée sans coup férir, une fois de plus, et ceux qui attendaient Killing Me Softly With His Song ont vu leur voeu exaucé dans la foulée. Wyclef Jean l’a faite au piano pendant que ses fans chantaient avec autant d’élan qu’un habitué du karaoké à deux heures du matin. C’était « cute », au même titre que leurs efforts sur Guantanamera, rehaussée par quelques lignes de La Bamba.

Les gens affichaient un large sourire sur le parterre, tout en dansant avec abandon. On se serait cru dans un vidéoclip à 360 degrés, sauf que ce n’était pas une affaire arrangée par le gars des vues. C’était la vraie vie, un moment de pur bonheur provoqué par un artiste d’exception.