Le commissaire du World Press Photo, Jerzy Brinkhof, pose devant la photo de l’année, une image de John Moore.

World Press Photo: une année marquée par l’immigration

Le plus prestigieux concours de photographie au monde, le World Press Photo, revient pour une dixième fois à Saguenay dans le cadre de Zoom Photo Festival, à La Pulperie de Chicoutimi. Témoin de l’année qui se termine, l’exposition couronne des photographies qui mettent la lumière sur la migration des populations entre le Mexique et les États-Unis.

La photo de l’année, prise par John Moore de l’agence Getty, a fait le tour du monde dès sa publication. Elle montre une jeune fille migrante, Yanela Sanchez, pleurant après que les services frontaliers américains aient mis sa mère en état d’arrestation.

Cette photo de John Moore, de l’agence Getty, a fait le tour du monde dès sa publication.

En cette ère de désinformation, l’histoire accompagnant cette image devenue virale instantanément parle elle aussi de notre époque, affirme le responsable et commissaire du World Press Photo, Jerzy Brinkhof. Aux États-Unis, tant la gauche que la droite l’ont interprétée de manière opposée.

« Plusieurs groupes aux États-Unis ont dit en la voyant : “regardez ce qui arrive avec la politique de séparation des familles de Donald Trump.” La Maison-Blanche a ensuite effectué une déclaration disant que la jeune fille et sa mère n’avaient jamais été séparées. Ils ont utilisé la photo pour traiter les médias de Fake news media. »

Devant la controverse que cette image créait, John Moore a tenu à préciser sa démarche, raconte M. Brinkhof. Il a déclaré qu’il n’avait jamais sous-entendu que la mère et sa fille avaient été séparées, ajoutant d’une manière très factuelle qu’il avait photographié une enfant pleurant, à la frontière entre les États-Unis et le Mexique.

« Une fois que la photographie est dans l’œil du public, il n’y a pas grand-chose à faire pour contrôler ce que les gens y voient », dit le commissaire du World Press Photo, au sujet de la controverse créée par l’image.

Le reportage de l’année a été soumis par Pieter Ten Hoopen et traite des caravanes sud-américaines.

Reportage

Pour la première fois, le concours international de photographie couronne aussi un reportage. Le hasard a voulu que le reportage de l’année porte sur le même sujet que la photo de l’année. Il présente cependant cette question d’une manière totalement différente.

Alors que la photo de John Moore parle d’elle-même, le reportage qui a remporté les grands honneurs du World Press Photo, soumis par Pieter Ten Hoopen, s’attarde à la vie dans ces caravanes de migrants parties de l’Amérique du Sud vers les États-Unis.

On y voit un père qui dort avec son enfant, une jeune fille qui cueille des fleurs, ou encore un jeune garçon qui passe le temps en pianotant sur un jeu électronique.

Le World Press Photo montre le travail de 43 photographes.

« Il est arrivé à saisir des moments incroyables. Dans les médias, on traitait souvent de la question en avançant des chiffres. On parlait du nombre de personnes dans les caravanes, du nombre de personnes admises aux États-Unis... Cette série montre l’aspect humain derrière ces chiffres. La vie continue, malgré tout », indique Jerzy Brinkhof, qui ajoute que le photographe décrit son travail comme du « journalisme lent ».

« Cette série de photos a plus au jury qui y a apprécié la manière dont on y racontait l’histoire des protagonistes », croit le porte-parole du World Press Photo.

L’édition 2019 du World Press Photo présente 140 photos, regroupées dans huit grandes catégories et représentant le travail de 43 photographes. L’exposition est présentée jusqu’au 10 novembre.