World Press Photo: mettre des visages sur l'horreur

Les visiteurs de l’exposition 2017 du World Press Photo ne sortiront pas indemnes de la salle d’exposition de La Pulperie où les clichés primés cette année sont présentés. Douleur, tristesse et peur sont au nombre des émotions qui jaillissent de chacune des images et qui atteignent de plein fouet celui qui les regarde.

Reconnu comme le plus grand et le plus prestigieux concours annuel de photographies de presse au monde, cette année encore, le World Press Photo propose une sélection de clichés qui ne laisseront personne indifférent dans le cadre de Zoom Photo Festival Saguenay. Les images exposées ont été sélectionnées parmi 80 408 propositions de 5034 photographes issus de 126 pays. 

Ébranlé, ému, troublé, les adjectifs pour décrire l’état du visiteur au sortir de la salle d’exposition sont nombreux. Une chose est certaine, l’édition 2017 du concours, qui célèbre son 60e anniversaire, ne laisse personne indifférent. 

L’exposition plonge le visiteur dans un tour du monde où ce qu’il a de plus laid est mis à l’avant-plan grâce à un mélange d’émotion et d’information.

Même si nous sommes bombardés d’images tout au long de l’année, le World Press Photo ne retient que le meilleur et ne se contente pas de diffuser la douleur. Il la met en contexte. Il donne un nom et une histoire aux protagonistes qui la vivent. 

La douleur s’invite

Impossible de rester insensible devant l’image de ce père qui tient dans ses bras le corps inerte de la petite Amira Omar, un an, dans un hôpital près de Mossoul. 

Le visiteur sera inévitablement remué par la terreur qui se lit sur le visage d’une fillette qui se tient debout, dehors, pendant que des membres d’un bataillon antiterroriste des Forces d’opérations spéciales irakiennes fouillent des maisons dans une banlieue de Mossoul en Irak. La photo a valu un premier prix à Laurent Van der Stockt. 

Les visiteurs peuvent aussi découvrir la photo tout en contrastes de Jonathan Bachman. La photographie présente Iesha Evans, une jeune femme de 27 ans qui tient tête aux forces de l’ordre lors d’un rassemblement contre les violences policières à l’égard des hommes noirs, à Baton Rouge en Louisiane. La jeune femme semble sereine, calme, alors que les policiers l’approchent avec tout leur équipement antiémeute.

La photo de l’année du World Press Photo, qui présente un officier de police hors service qui abat l’ambassadeur de Russie en Turquie, Andrey Karlov, lors d’une exposition d’art à Ankara le 19 décembre 2016, est exposée. Elle a déjà beaucoup circulé. Cette fois, toutefois, elle est entourée des autres clichés pris par le photographe Burhan Ozbilici, de The Associated Press, qui se trouvait sur place au moment du drame. 

Jamal Taraqai de la European Pressphoto Agency a remporté un premier prix pour une photo qui donne des frissons d’horreur. Le cliché montre des survivants qui aident des personnes blessées dans un attentat suicide à l’hôpital civil de Quetta au Pakistan. L’attentat a fait au moins 70 morts et une centaine de blessés. 

Après avoir retenu son souffle devant tant d’horreur humaine, au fond de la salle, quelques images montrent la fragilité de la nature. Jaime Rojo propose un cliché où des dizaines de papillons monarques recouvrent le sol de la forêt du sanctuaire de papillons d’El Rosario, au Mexique, après une tempête de neige. 

Une tortue qui nage alors qu’elle est enchevêtrée dans un filet de pêche abandonné aux îles Canaries, du photographe Francis Pérez, ainsi que les clichés de Brent Stirton, qui imagent le braconnage de rhinocéros, témoignent pour leur part de l’impact de l’homme sur la faune. 

Clichés sportifs

Quelques clichés sportifs, dont celui de Usain Bolt lors du 100 mètres de la demi-finale aux Jeux olympiques de Rio, ainsi que de magnifiques photos de buffles, d’un éléphant et de zèbres prises la nuit par Bence Maté, offrent quant à elles une image de la beauté. Mais tout cela est bien peu, quand on considère l’ensemble de la proposition de l’exposition. 

Un constat s’impose : le monde va mal. Les images sont difficiles à voir. Alors, pourquoi s’imposer un face à face avec l’horreur ? Parce qu’une prise de conscience du plus grand nombre est un petit pas vers un monde meilleur. 

L’exposition itinérante sera présentée dans 100 villes de 45 pays. Saguenay fait partie des quatre villes en Amérique du Nord où elle effectue un arrêt. Une occasion à saisir.