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World Press Photo 2020: un monde d'émotions
World Press Photo 2020: un monde d'émotions
La photo <em>Lake Victoria Dying</em>, du photographe français Frédéric Noy, attire rapidement l’attention grâce à sa lumière et à ses couleurs. Le visiteur de l’exposition du World Press Photo peut ensuite découvrir l’histoire derrière le cliché, qui traduit l’état d’un des plus grands lacs du monde situé en bordure du Kenya, de l’Ouganda et de la Tanzanie.
La photo <em>Lake Victoria Dying</em>, du photographe français Frédéric Noy, attire rapidement l’attention grâce à sa lumière et à ses couleurs. Le visiteur de l’exposition du World Press Photo peut ensuite découvrir l’histoire derrière le cliché, qui traduit l’état d’un des plus grands lacs du monde situé en bordure du Kenya, de l’Ouganda et de la Tanzanie.

Lake Victoria Dying: l'état d'un des plus grands lacs en un cliché

Anne-Marie Gravel
Anne-Marie Gravel
Le Quotidien
La lumière, le gris du ciel, le vert de l’eau. En pénétrant dans la salle d’exposition du World Press Photo, à La Pulperie de Chicoutimi, la photo de Frédéric Noy attire rapidement l’attention. Lake Victoria Dying est si forte, qu’elle a été extraite d’une série de dix clichés afin de remporter le troisième prix de la catégorie Environnement du prestigieux concours.

La photo présente un pêcheur braconnier du lac Victoria, en Ouganda, qui remet à flot l’embarcation qu’il dissimule toute la journée sous l’eau.

Elle est le fruit d’un travail de huit mois du photographe français Frédéric Noy, qui a vécu pendant sept ans en Ouganda. C’est là que le sort du lac Victoria, une immense étendue d’eau de près de 60 000 km2, l’a interpellé.

«Les rives du lac Victoria touchent l’Ouganda, la Tanzanie et le Kenya. J’avais lu quelque part que le lac allait devenir une étendue d’eau morte si on ne faisait rien. C’est le deuxième plus grand lac au monde. J’ai voulu voir si cette affirmation pouvait être exacte», explique le photographe au cours d’un entretien téléphonique.

Pour valider l’information, le photographe s’est déplacé dans les trois pays qui bordent le lac. Au terme du travail de plusieurs mois, il pose un constat : «À mes yeux, cette déclaration est parfaitement juste. Il n’y a pas une seule cause qui fait que ce lac peut mourir. Il y a 40 millions de personnes qui en dépendent et les gestes de chacun font en sorte que peu à peu, ça grignote le lac et la vie du lac.»

Le lac est menacé par la pollution industrielle et agricole, les eaux usées, la surexploitation de ses ressources, le défrichage près des rives et la diminution des précipitations en raison du réchauffement climatique.

«Il y a notamment un problème de surpêche. Les pêcheurs illégaux cachent leur petit bateau sous l’eau, raconte-t-il. J’ai vu cet homme sur la photo sortir son bateau du fond de l’eau. J’ai compris après qu’il faisait de la pêche illégale.»

Frédéric Noy a bon espoir que la sélection de la photo dans le cadre du prestigieux concours pourra faire bouger les choses grâce à la visibilité à laquelle elle accède. Une parution du cliché dans Le Figaro Magazine a suscité l’attention d’un attaché culturel français qui tente de présenter l’exposition au Kenya.

«Si on expose les photos, ça pourrait déclencher une prise de conscience. La solution est entre les mains des pays riverains. Indirectement, on peut faire bouger les choses lentement.»

Quant au photographe, il estime que cette première sélection au World Press Photo lui permet de gagner en crédibilité et en visibilité.

«Ça me donne une étiquette qui prouve que ce que je fais est sérieux. C’est une caisse de résonance, autant pour le photographe que pour le sujet traité.»

Le photographe compte présenter la série en entier sur le lac Victoria dans le cadre de l’édition 2021 de Zoom Photo Festival Saguenay. Ce dernier est particulièrement attaché au festival, qui lui a fourni sa première occasion de montrer son travail à l’étranger, il y a quelques années.

«C’est ce qui m’a véritablement mis sur la carte», conclut-il.