Wallace Roney se dit aussi motivé qu’à ses débuts et vante les musiciens qui se produiront avec lui le 26 avril, dans le cadre du Festival jazz et blues de Saguenay.

Wallace Roney, un authentique jazzman

Une conversation avec le trompettiste Wallace Roney représente l’équivalent d’une leçon de vie. Cet homme, qui a partagé des solos avec Miles Davis et qui a joué aux côtés d’Art Blakey et plein d’autres légendes du jazz, envisage la pratique de son art de la même façon qu’un moine ayant ressenti l’appel du Très-Haut. Parler d’engagement à son sujet n’a rien d’anodin. Depuis sa tendre enfance, il a compris que son existence serait étroitement maillée à la note bleue.

«Chez moi, on écoutait beaucoup de jazz et de RnB, mais j’ai vite exprimé une préférence pour le jazz. Je trouvais cette musique plus riche et j’ai choisi la trompette pour suivre l’exemple de Miles [Davis], l’un de ceux qu’on entendait à la maison. C’est une musique exigeante, cependant. Encore maintenant, je pratique sept ou huit heures par jour et je demande la même chose à mes collègues. C’est le prix à payer pour s’améliorer», a raconté le musicien, mercredi, au cours d’une entrevue téléphonique accordée au Progrès.

Il écoute aussi de vieux albums, dont ceux de son idole, afin de demeurer alerte. «C’était un génie et quand on se trouve à un tel niveau, on entend des choses. J’étudie sa musique afin de découvrir ce qui l’a rendu si grand. C’est l’une des choses que je fais pour préserver la fraîcheur du regard que je pose sur le jazz, pour ne pas tomber sur le pilote automatique», énonce Wallace Roney.

Lui qui se produira le 26 avril, à 20h, à l’Hôtel Chicoutimi, puis le 28 à Québec, travaille avec la même formation depuis deux ans. Le quintette présentera des pièces inédites puisque l’album New Breed, sur lequel elles ont été regroupées, ne sortira qu’en juillet. Ceux qui fantasment à l’idée d’entendre des standards en seront pour leurs frais. Ce n’est pas le genre de la maison.

«Pourquoi aller là-dedans quand il y a tant de gens qui jouent My Funny Valentine? Chaque soir, nous tentons de produire quelque chose de magique et lorsqu’un moment de grâce arrive, nous avons le devoir d’en profiter», croit Wallace Roney. Il assimile ces épisodes à un cadeau, ajoutant que c’est l’une des raisons qui le poussent à jouer le plus souvent possible, y compris dans des salles intimistes.

Ce sera le cas pendant son séjour au Québec et parmi les musiciens qui l’appuieront, il y aura le titulaire du sax ténor Emilio Modeste. Il vient à peine de quitter l’adolescence et fait partie du groupe depuis un an. «De mon point de vue, c’est le meilleur sax ténor à l’heure actuelle, ce qui ne constitue pas un fait inédit dans l’histoire du jazz. Très tôt, des gars comme Charlie Parker, Dizzy Gillespie et Miles Davis ont atteint un niveau équivalent», rappelle le trompettiste.

Lui aussi a été considéré comme un prodige. Il connaît bien les pièges qui guettent son collègue. «Il ne faut pas exploiter le fait qu’on est jeune et ne pas s’attarder à ce que les gens disent. Quand je préparais mon premier disque, je me disais que j’étais engagé sur une longue trajectoire, que je devais tout faire pour devenir aussi bon que Miles», fait observer Wallace Roney.

Entourage stable

Une autre façon de rester sur la brèche consiste à jouer au sein d’un groupe stable, avec lequel on peut bâtir une relation fructueuse. C’est l’une des raisons qui l’incitent à s’entourer de collègues affichant le même degré d’engagement, peu importe leur âge. Or, son rayonnement est suffisamment grand pour attirer des candidats de qualité lorsqu’une place se libère.

«J’aime développer de quoi en gardant le même monde aussi longtemps que possible, indique le trompettiste. De cette manière, la musique devient quasiment organique, un phénomène qui a contribué à la grandeur de Miles et d’Ornette Coleman, entre autres. Je préfère ce mode de fonctionnement aux ‘‘all star bands’’ et aux groupes formés au gré des circonstances.»

Il ajoute que le recours à des partenaires d’occasion, assimilables à des touristes, n’est guère compatible avec le matérialisme qui caractérise notre époque. Ils sont plus rares, en effet, les musiciens qui préfèrent jouer avec un vrai jazzman, plutôt qu’une vedette offrant de généreux cachets. «Moi, par contre, je trouverais ça plus motivant de travailler avec Wayne Shorter, plutôt que les Rolling Stones. Je veux repousser les limites», affirme Wallace Roney.