Photo tirée d’Internet

Wallace Roney et Miles Davis

Peut-être parce que l’été, on prend davantage son temps, j’ai redécouvert le plaisir de lire les textes accompagnant les disques. Ce qui constituait un élément incontournable du rituel associé à l’achat de mes premiers vinyles s’était en effet perdu dans la brume. Longtemps, je me suis contenté d’examiner les titres des chansons, ainsi que la liste des interprètes, y compris pour les enregistrements constituant un choix purement personnel, pas liés à mes fonctions au journal.

C’est comme si la vie s’était mise à aller plus vite, que l’acquisition d’un CD, format auquel je demeure fidèle envers et contre tout, était devenue un geste routinier. De façon insidieuse, je me suis mis à rationaliser ce changement dans mes habitudes, à ne voir dans ces écrits que de la publicité déguisée. Or, les compagnies les plus sérieuses, en particulier celles qui évoluent dans les sphères jazz et classique, ont le souci de fournir des informations pertinentes, du genre qui enrichit l’écoute.

Ainsi ai-je pu vivre de deux manières différentes le concert donné par l’orchestre de Duke Ellington au Festival de jazz de Newport, le soir où le saxophoniste Paul Gonsalves a exécuté 27 chorus sur Diminuendo In Blue And Crescendo In Blue. J’ai mieux compris pourquoi cette performance historique avait failli provoquer une émeute et réalisé à quel point le travail de réédition de cet enregistrement des années 1950 lui a redonné tout son lustre.

Un autre exemple tient à l’album de Miles Davis, Live At Montreux. Je l’avais écouté plusieurs fois, mais moins attentivement qu’en fin de semaine dernière, et pour cause. Ayant annoncé la venue à Chicoutimi de l’un de ses partenaires, le trompettiste Wallace Roney, je savais que l’invité du Festival jazz et blues de Saguenay, attendu le 26 avril 2019 à l’hôtel Chicoutimi, figurait sur cet enregistrement. J’ai donc ressorti le disque et, pour la première fois, lu les notes contenues dans la pochette.

Écrites en avril 1993 par Leonard Feather, elles rappellent que ce concert donné en 1991 a constitué le chant du cygne pour Miles Davis, décédé deux mois plus tard. J’ai aussi appris que c’est Roney qui avait remplacé le maître pendant les répétitions. À l’origine, il ne devait pas participer au concert, mais Davis lui-même, après l’avoir entendu jouer, l’a invité à assumer quelques solos.

« Après le spectacle, Miles a exprimé son appréciation envers le talent de Wallace, de même que son affection, en lui faisant cadeau de sa trompette rouge. Depuis ce jour, Wallace a amplement justifié ce geste », a écrit Leonard Feather, ce qui donne une idée de ce qui attend les amateurs de jazz en avril, alors que ce géant de la note bleue fera résonner son instrument pour leur seul bénéfice.