Sylvain Cossette proposera son tout nouveau spectacle portant sur les grandes chansons pop des années 80.

Voyager dans le temps

Trois-Rivières — À trois jours de la toute première représentation de son nouveau spectacle portant sur les grandes chansons pop des années 80, on peut sentir la fébrilité de Sylvain Cossette dans le seul ton de sa voix au bout du fil. Après l’immense succès de ses spectacles et albums consacrés aux années 70, il sait qu’il se lance de nouveau dans une aventure éreintante mais combien grisante.

«Après avoir passé des mois habillé en mou dans mon sous-sol à travailler sur le spectacle, à écouter des tounes, j’ai vraiment hâte de monter sur scène, rigole-t-il. J’ai fait connaissance avec les décors et les éclairages cette semaine sur la scène du Casino de Montréal et soudainement, c’est devenu réel.»

C’est Cossette qui est le maître d’œuvre de tout le projet de sorte qu’il n’a de surprise ni devant le nouvel emballage des chansons, ni devant celui du spectacle. Il reste qu’entre des plans dessinés et la réalité, il y a forcément une sorte de décalage. «J’ai travaillé avec des gens vraiment professionnels qui m’ont très bien illustré leur concept de sorte que je n’ai rien à modifier de ce que les plans prévoyaient. Je voyais le tout dans ma tête depuis longtemps et la réalité ne m’a pas déçu, au contraire. À l’occasion, l’orientation d’un projecteur a pu changer à cause de la présence d’un élément imprévu sur scène, mais c’est tout. J’ai été très impressionné par le travail de Mathieu Paradis, notre éclairagiste, par exemple. Ce qu’il a fait, c’est vraiment cool.»

Cossette dit avoir travaillé pendant une année entière sur le spectacle en commençant par établir le choix des 39 chansons qui en constitueront l’épine dorsale. «À cause du spectacle symphonique du 15 septembre à l’Amphithéâtre Cogeco, je n’avais pas le choix d’effectuer mes choix longtemps d’avance pour donner le temps à Sébastien Lépine de réaliser les arrangements symphoniques. Malgré tout, les délais ont été serrés et je peux dire qu’il en a travaillé un coup!»


«De mon côté, poursuit le chanteur de 55 ans, pendant un an, je suis passé par toutes les variantes de couleurs possibles du spectacle pour finalement opter pour celles qui me plaisaient le plus. Entre autres, il y avait tellement de bonnes chansons à travers lesquelles choisir. Ça a demandé beaucoup de réflexion. À la fin, je peux affirmer ce sont mes choix et mes goûts. Bien sûr, certains choix ont été orientés par des facteurs comme mon registre et la couleur de ma voix, mais ça reste des choix de coeur.»

«Ce qui est extraordinaire avec les années 80, c’est qu’on y retrouve tous les styles. Il y a du rock, du New Wave, de l’électro, du disco aussi bien du côté américain que britannique ou même québécois.»

Le concepteur artistique a conservé une image pour illustrer le processus d’élaboration de la musique de ce spectacle. «Pour moi, c’était comme un casse-tête. On met d’abord les gros morceaux facilement identifiables et qu’on ne peut vraiment pas laisser de côté et de plus petits sont venus graduellement s’ajouter par la suite pour compléter. La constante, c’est que les choix étaient faits strictement dans l’objectif de faire le meilleur spectacle possible.»

De sa folle tournée avec le spectacle 70’s, il a retenu une leçon qu’il a su appliquer à celui-ci: «Beaucoup de gens m’ont dit qu’ils regrettaient de ne pas avoir pu danser. Alors, cette fois, c’est un spectacle fait pour danser. Je veux que le public ait l’impression d’être au Pavillon Mauricien avec une bière dans les mains!», de plaisanter l’ancien leader du groupe Paradox qui a fait les belles heures de cette discothèque du secteur Cap-de-la-Madeleine intensément fréquentée à l’époque.

«Il n’y a pas une semaine où je ne me fais pas arrêter sur la rue par des gens qui me parlent de ce spectacle-là. C’est vrai que 80’s est un cadeau que je me fais mais je m’aperçois que c’en est aussi un pour le public et j’ai gardé cette idée-là en tête en le concevant.»

Un fan
Cossette avoue son propre penchant pour la musique des années 80. «Ce sont des années qui nous ont formés en tant que musiciens. Ça a influencé notre façon d’écrire et de chanter de façon saccadée sans trémolos dans la voix. On était obnubilés par la technologie à cette époque: les synthétiseurs et les instruments électroniques. C’était coloré, disjoncté, la créativité explosait. Ça va être un vrai plaisir de plonger dans cet univers-là.»

«Avec ce spectacle, on y va all in! On va se jouer la totale: on ne transforme pas les arrangements des chansons, on recrée la sonorité de l’époque avec les instruments d’aujourd’hui. On plonge dans ces années-là mais avec une énergie de 2018 et ma voix.»

«Les bonnes chansons ont super bien vieilli et je me suis aperçu qu’elles sont nombreuses. Quand on pense à Everybody Wants to Rule the World de Tears For Fears ou à Don’t You Forget About Me ce sont d’indiscutables classiques. C’est le cas aussi pour plusieurs chansons de REM, A-Ha, Billy Idol, U2, Sting, The Police, INXS ou de David Bowie. Pensez que même Bowie, le monument, a été influencé par la période et a vécu sa phase pop star.»

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UNE COMMUNION

Sylvain Cossette confie volontiers que 80’s a nécessité beaucoup de travail mais que le tout s’est fait dans le plaisir. «Celui qui a vraiment eu des gouttes de sueur qui lui dégoulinaient sur les tempes, c’est Sébastien Lépine qui a fait les arrangements symphoniques», rigole l’interprète avec un mélange d’amusement et d’admiration dans la voix.

«C’était tout un contrat mais très franchement, j’adore ce qu’il m’a donné. C’est toute la différence de travailler avec quelqu’un qui est un musicien classique de haut niveau mais qui aime la musique pop. Sébastien est un fan qui n’en est pas à sa première expérience hors du classique et ce défi a fait ressortir son immense talent.»

L’idée même de s’offrir un concert avec un orchestre symphonique réjouit le musicien grand-mérois d’origine pour qui c’est toujours un événement. «D’abord, je trouve que le symphonique et la pop, c’est toujours un beau mariage. Avoir une cinquantaine de musiciens avec soi sur scène, c’est quelque chose d’extrêmement impressionnant et émouvant. C’est vrai que c’est un certain défi mais pour avoir chanté souvent avec des orchestres symphoniques dont l’OSM, je suis à l’aise.»

Lui qui ne sait pas lire une partition musicale, devra se fier à un outil exceptionnel qui ne l’a jamais trahi au cours de sa carrière: son oreille. «Ça a toujours été mon allié et ça va encore être le cas. Il me suffira de placer ma voix à travers les instruments de l’orchestre mais ça va impliquer d’être très à l’écoute, très concentré. Parfois, à cause de la complexité des partitions, on va retrouver certaines harmonies inhabituelles qui ne devront pas me déconcentrer.»

«L’avantage dans un cas comme celui-ci, c’est que c’est mon groupe de quatre musiciens qui va être le lead, la référence pour l’orchestre et non pas le contraire. Je devrai donc simplement suivre mon band. La différence entre jouer avec un petit groupe et un orchestre c’est comme la différence entre faire du wakeboard et être à la barre d’un paquebot. C’est pas mal plus difficile à diriger!»

«Je sais combien je vais me sentir privilégié de présenter un spectacle comme celui-là. Ça va être extraordinaire. Je le vois comme une sorte de grand-messe, une énorme communion avec le public.»