Valérie Jessica Laporte a reçu un diagnostic d’autisme à l’âge de 38 ans. Depuis, à l’aide d’un blogue et maintenant d’un roman, elle tente de mieux faire comprendre ce qui se passe dans la tête des gens différents.
Valérie Jessica Laporte a reçu un diagnostic d’autisme à l’âge de 38 ans. Depuis, à l’aide d’un blogue et maintenant d’un roman, elle tente de mieux faire comprendre ce qui se passe dans la tête des gens différents.

Voir l’autisme autrement avec la plume de Valérie Jessica Laporte

L’autisme, on en entend souvent parler, mais difficile de bien comprendre ce que ça veut dire au quotidien. Valérie Jessica Laporte le sait parfaitement, elle qui a reçu un diagnostic d’autisme à l’âge de 38 ans. À travers Méconnaissable, son premier roman, elle invite le lecteur dans le quotidien d’une petite fille autiste qui décrit tout ce qui se passe dans sa tête. Une façon pour l’auteure de démystifier la différence.

Quelques pages du roman de Valérie Jessica Laporte suffisent à plonger le lecteur dans un univers qui est différent du sien. Une fillette se raconte des petits bouts de sa vie. Elle se questionne constamment, compose avec des contraintes, des règles que son esprit a établies. Elle vit mal sa différence. Rapidement, on comprend ce avec quoi elle doit composer, chaque jour.

Avec Méconnaissable, Valérie Jessica Laporte signe un premier livre. Mais sa plume séduit depuis un moment déjà. Depuis 2015, elle tient un blogue intitulé Au royaume d’une Asperger, suivi par plus de 12 000 personnes. En 2018, elle a été finaliste au Prix de la nouvelle Radio-Canada. C’est de la nouvelle écrite pour l’occasion qu’est né son livre.

« Je voulais tenter l’exercice d’écrire une nouvelle. Tout est apparu rapidement. Après le concours, j’ai été approchée par quelques maisons d’édition, mais je n’étais pas prête », raconte l’auteure au cours d’un entretien téléphonique.

Kim Thúy, dont le fils est autiste, a découvert les écrits de Valérie Jessica Laporte. C’est elle qui a invité son éditrice à communiquer avec elle.

« Quand Libre Expression m’a approchée, j’ai senti que l’accompagnement était très structuré. »

Rapidement, Valérie Jessica Laporte s’est mise au travail.

« Je n’avais pas d’intention ou d’objectif. C’est comme lorsque tu as soif et que tu bois. Il fallait que ça sorte. Ç’a décollé quelque chose de fort. »

Méconnaissable, le premier roman de Valérie Jessica Laporte, permet de se faire raconter une histoire à travers les yeux d’une enfant autiste.

En deux semaines, les trois quarts du roman, qui agit tel un pont entre le monde de l’auteure et les personnes « neurotypiques », étaient écrits.

« C’est une fiction, sauf que le personnage a mes yeux. Si je vivais cette histoire, c’est comme ça que je la vivrais, explique l’auteure. À travers le roman, je propose une histoire avec une intrigue tout en permettant de voir comment les choses sont perçues à travers les yeux d’une personne autiste. »

Elle traite de la solitude d’une enfant autiste et de sa quête d’être elle-même. Elle propose sa façon de voir les humains et les choses, à travers les mots de la fillette d’une dizaine d’années.

Sur son blogue, Valérie Jessica Laporte raconte beaucoup de choses. Le roman lui a tout de même permis d’aller plus loin.

« Des fois, je n’ose pas parler de certaines choses de peur de faire trop de peine. Avec la fiction, je me permets de nommer les choses. Passer par le roman permet d’expliquer un ressenti que je ne peux pas expliquer autrement. »

Méconnaissable ne se veut pas pédagogique ou technique, insiste-t-elle.

« Ça permet une compréhension, mais je veux que les gens s’amusent en le lisant. Souvent, on a peur de ce qu’on ne connaît pas. Si on comprend quelque chose, on en a bien moins peur. C’est difficile de ne pas être compris. »

De la matière pour écrire, Valérie Jessica Laporte en a encore beaucoup.

« Si la demande est là, une suite existe dans ma tête. Le personnage n’est pas encore entré dans l’adolescence… »

Méconnaissable est en librairies et disponible via le Web depuis le 18 mars.

L'IMPOSSIBLE QUÊTE DE LA «NORMALITÉ»

Valérie Jessica Laporte a passé des années à essayer d’être comme tout le monde. Un objectif impossible à atteindre qui minait sa vie. 

« Je me suis tellement fait dire souvent de faire comme les autres. Chaque personne est unique. »

À l’âge de 38 ans (elle en a maintenant 42), elle a reçu un diagnostic d’autisme léger à modéré et d’Asperger, un terme qui n’est toutefois plus utilisé aujourd’hui. 

« Avant cet âge, je ne voulais pas le savoir. Je n’étais pas là. Tout le monde le savait autour de moi. Quand j’ai fait mon “coming out”, tout le monde m’a confirmé qu’ils avaient déjà essayé de me le dire. »

Pour elle, le diagnostic a eu tout un impact. « Ç’a tellement changé d’affaires. Avant, c’était une bataille. J’essayais d’être normale. Je n’avais plus de spontanéité. Avec mes trois enfants et mon conjoint, ça allait bien, mais quand je sortais, c’était un stress qui n’avait aucun sens. Maintenant, je fais plein d’affaires que je n’aurais pas osé faire », témoigne celle qui donne aussi des conférences avec Autisme Saguenay-Lac-Saint-Jean et la Fondation Jean Allard. 

« Parfois, je peux blesser des gens, je suis maladroite. Quand les gens savent, c’est plus facile. Ça se voit aussi dans ma façon de bouger. Quand les gens me rencontrent, ils voient qu’il y a quelque chose. Quand ils savent, ils arrêtent de chercher et peuvent se concentrer sur ce qui se passe. »

Le niveau de fonctionnalité de Valérie Jessica Laporte est évalué à 70 %. « À mon niveau, selon les statistiques, on est 10 % à travailler. Au niveau de la communication, c’est très léger, mais au niveau sensoriel, c’est très fort. »

Valérie Jessica Laporte est très organisée. Elle ne prend jamais de risque ni de décision trop rapide. Le bruit la fait souffrir, tout comme les tissus. Être entourée de gens l’épuise. 

« Beaucoup de personnes autistes vivent de l’épuisement. C’est quelque chose qui va souvent freiner le diagnostic. »

Designer graphique et photographe, Valérie Jessica Laporte a adapté son mode de vie. « Le fait de travailler de chez moi, tranquille, fait en sorte que je me repose. Après, je suis capable de passer une heure au gym par exemple. Quand j’allais à l’école, je n’avais plus la force d’être avec des gens après. Il faut que notre vie soit adaptée. Si tu te concentres sur ce que tu fais le mieux, c’est moins difficile. »

Chez elle, le partage des tâches est important. 

« Ce n’est pas moi qui fais l’épicerie. Ça me brûle. On s’accommode tous les deux, mon conjoint et moi. »

Pour celle qui est originaire de Montréal, emménager au Saguenay il y a 14 ans fait aussi partie des ajustements qui lui facilitent la vie. 

« On est venus pour une visite, puisque mon conjoint est originaire de la région. J’ai vu que les gens n’étaient pas pareil qu’à Montréal. 

« Au début, je ne comprenais pas que des gens me saluent ! Ici, les gens sont ouverts, gentils, ils sont plus tolérants avec moi. J’ai senti beaucoup d’ouverture. Quand je me désorganise, ils m’aident, ce qui n’était pas le cas à Montréal. C’est aussi plus calme. »