Visions d'étudiants à la Galerie l'Oeuvre de l'Autre

Les étudiants de première année à la maîtrise en art donnent rendez-vous au public à la Galerie l'Oeuvre de l'Autre de l'Université du Québec à Chicoutimi jusqu'au 14 décembre. Véritable tradition, l'événement permet de découvrir le fruit de leur travail sous la supervision de Marcel Marois, professeur et directeur de la galerie. Toutes disciplines artistiques confondues, les 16 étudiants ont créé cette année sous le thème Les états transitoires. En poussant leur pratique plus loin, ils proposent chacun une oeuvre dans laquelle le thème se traduit de façon singulière.
Des arts visuels
Joanie Simard présente une version originale du mandala. Son oeuvre, intitulée Om, est composée d'environ 3000 capsules de pilules qu'elle a remplies d'épices de différentes teintes. « Par le biais de cette expérience contemplative se crée un lien entre le corps et l'esprit qui s'équilibrent. Les capsules sont reliées au corps, il y a une forte symbolique », explique l'auteure du triptyque qui a été inspirée par un voyage en Asie.
Natalie Birecki propose Wycinanki (découpages), une installation composée de 500 briques de mousse représentant du beurre. Collées les unes aux autres, elles sont agrémentées de fleurs de broderie ainsi que de parties de logo et de termes qui apparaissent sur le beurre Lactantia. « Le beurre, ça représente l'individu dans sa collectivité », explique-t-elle.
Fluide de Tanguy Barretteau est une reproduction sur du bois, au fusain et au pastel sec, d'une image captée sous l'eau. « Ça devient abstrait et ça laisse place au mouvement et à l'interprétation des spectateurs. »
Justine Valtier présente Stratigraphie, une installation sculpturale composée de 180 plaques de céramiques. Sur chacune d'elles, une porte est imprimée. « C'est les portes du cimetière où j'ai enterré mon père en France », explique-t-elle, soulignant l'esthétique fantomatique de l'oeuvre qui évoque à la fois fragilité et élévation.
Patrice Baillargeon propose #Renaissance, une oeuvre composée de trois pieds de lit qui fait référence à Boucle d'or et les trois ours. Sur les lits sont gravés les noms de Jay Z, Beyoncé et Patrice. « Je rêverais d'être leur enfant, être une star née, avoir le statut de célébrité. C'est le dialogue entre ma vraie vie et une fausse vie, la dualité entre le vrai et le faux. »
• Au centre de la salle d'exposition trône l'oeuvre de Karine Locatelli, une immense toile sur laquelle elle a dessiné à l'aide d'une plume une vue aérienne de la Côte-Nord captée en avril dernier. « Je fais de la recherche sur le territoire québécois et sur les particularités visuelles du paysage nordique », explique celle dont l'oeuvre s'intitule Les états transitoires.
Du théâtre
Alan Jama est sorti de sa zone de confort en plongeant dans le rôle de metteur en scène de la pièce L'achat du cuivre, de Bertolt Brecht. «Je fais du théâtre depuis 10 ans, mais monter une pièce seul, en tant que metteur en scène, c'est assez nouveau et stressant», admet-il. La pièce d'une dizaine de minutes est issue d'un écrit sur le théâtre. «C'est une conversation sur les conventions théâtrales», décrit l'étudiant. Le projet réunit sur scène trois comédiens qui proposent une sorte de dialogue argumentatif. «J'ai voulu vulgariser la pièce et lui donner un effet comique pour faire passer la réflexion des personnages.»
Vidéo et art visuel
• Avec Dégradations, Johanna Margot Sanchez plonge des feuilles de différentes textures dans des bocaux d'eau. «Comme ce n'est pas la même matière, l'eau va monter à travers les feuilles différemment.» Une vidéo où apparaissent des photos d'identité de l'artiste est projetée sur les feuilles. «Quand la feuille se dégrade, l'image se dégrade aussi. C'est comme si ça me détruisait un peu, ainsi que mon identité.»
Asthenie de Thibaud Blain est un projet dans lequel art visuel et projection vidéo ne peuvent exister l'un sans l'autre. Une vidéo de 2:12 en «stop motion» dans lequel est présenté un mélange d'archives personnelles de l'artiste est intégrée au centre d'une peinture de couleur noire. «Je voulais créer une interdépendance entre la vidéo et la peinture pour former un tout», explique-t-il.  
• À première vue, IBelle semble proposer un immense autoportrait sur l'un des murs de la galerie. Mais L'image sublimée prend tout son sens lorsque le projecteur s'allume et superpose une mosaïque composée de 690 portraits sur la toile. L'artiste a créé une page Facebook qui lui a permis de récolter une multitude de portraits. «Le but est de faire une oeuvre collective qui a un impact sur l'autre. Un sentiment d'appartenance au groupe s'est développé. Les gens m'ont partagé des choses.»
Une performance
Izabelle Girard propose une installation vidéo issue d'une performance. Fragments de vie transitoire est composée d'une projection sur une structure qui rappelle un lit. Une robe et des briques, qui elles aussi évoquent la performance, servent de cadre à l'oeuvre. « Je pars de mon expérience de femme, de mère monoparentale et d'artiste. Je m'inspire de ma réalité et de celle des gens qui m'entourent pour créer », souligne-t-elle. Le rendu est aussi caricatural. « Les briques que je traîne représentent le poids, la charge. Les talons hauts sont l'image de la femme ambitieuse. Tout ça, c'est aussi l'image de la double vie de la mère monoparentale qui doit être une ''superwoman''. »
Question de transmission
Audrey Guimond propose L'entre-deux, le fruit du mariage de sa pratique en art et de sa formation en enseignement. Elle utilise un seul matériau, la jute. Sur place, elle demande aux gens d'inscrire sur des bouts de papier ce qu'ils imaginent entre les parties de son oeuvre. « Avec ce qui va être écrit, je vais composer une nouvelle oeuvre. » Elle souhaite créer et faire créer. « Les gens pourront voir comment leur intervention a modulé l'oeuvre », souligne-t-elle.
Sylvie Lavoie, qui détient une maîtrise en psychosociologie, propose une installation intitulée Les transmissions silencieuses. « La transmission silencieuse, c'est ce qui se transmet d'une génération à l'autre à notre insu », explique-t-elle. « Je cherche comment l'art peut faire émerger les transmissions silencieuses. » Elle a réuni des photos de ses ancêtres, sous lesquelles sont inscrites des paroles des membres de sa famille. Elle invite également les visiteurs à répondre à la question « Qu'est-ce que je laisse ? » et à incorporer le fruit de cette courte réflexion à son installation.
Du cinéma
Jonathan Gagné propose Prélude, un court métrage poétique et contemplatif d'une durée d'environ huit minutes composé d'images tournées au parc Rivière-du-Moulin ainsi que de quelques plans aériens obtenues grâce à l'aide d'un drone. Les images ont d'abord été tournées, puis refilmées sur la toile d'un peintre avec un filtre qui permet de faire ressortir les couleurs. «Je travaille avec une technologie analogique qui rappelle les textures d'hier», décrit-il. La pièce Chagrin secret du groupe Talisman sert de trame musicale au film.
Le terrier du lapin blanc de Louis Moulin fait référence à Alice au pays des merveilles. Le court métrage de 7 minutes 30 met en scène un consommateur de drogues que le spectateur peut suivre dans une phase euphorique, puis dans la descente émotive qui s'ensuit. «On rentre dans une bulle, dans un autre univers», explique-t-il.   
Sans répit de Frédéric L. Tremblay met en scène une chef d'enquête et un informaticien consultant qui, des années après avoir échoué dans une enquête pour meurtre, se réunissent pour résoudre l'affaire. «Le court métrage de 12 minutes est basé sur des histoires de meurtres», souligne celui qui incarne le personnage principal et agit à titre de producteur exécutif du film.