Originaire de Lac-Kénogami, la violoncelliste Amélie Fradette s’est épanouie au plan professionnel à Buffalo, son lieu de résidence depuis 2001. Elle fait partie de l’Orchestre philharmonique, en plus de participer à différents projets touchant la musique de chambre.

Violoncelliste à Buffalo

Une cinquantaine de candidats s’étaient présentés aux auditions tenues en janvier 2001, à Buffalo, afin de décrocher le poste de violoncelliste qui s’était libéré au sein de l’Orchestre philharmonique. Parmi eux se trouvait une jeune interprète originaire de Lac-Kénogami, Amélie Fradette. Elle complétait une formation au Cleveland Institute of Music, auprès du professeur Richard Aaron, quand l’idée lui est venue de tenter sa chance.

« Je voulais juste me tester et comme ce n’était pas trop loin, j’ai effectué le trajet en automobile avec deux amis. J’ai survécu à une ronde éliminatoire et le lendemain, je faisais la demi-finale avec une dizaine de musiciens. Puis, il y a eu la finale, où nous étions trois. C’est à ce moment que j’ai commencé à sentir quelque chose, mais je n’étais pas vraiment nerveuse, peut-être en raison de ma naïveté », a raconté la Saguenéenne il y a quelques jours, lors d’une entrevue accordée au Progrès.

Une dernière séance a été nécessaire pour départager les deux violoncellistes s’étant démarqués. En plus des pièces imposées, elle avait fait le Concerto pour violoncelle de Dvorak et se souvient d’avoir trouvé que ça sonnait bien en raison de l’acoustique de la salle. Le comité de sélection a finalement penché en sa faveur, ce qui la réjouit toujours, 17 ans plus tard.

« Je voulais faire de la musique d’orchestre parce que j’aime faire partie d’un groupe, apporter ma contribution pour qu’on obtienne un résultat satisfaisant. J’apprécie également le répertoire, en particulier les symphonies de Mahler, Bruckner et Chostakovitch. Il s’agissait de ma première audition. J’avais 21 ans », fait observer Amélie Fradette.

Elle mesurait sa chance, d’autant que l’Orchestre philharmonique de Buffalo est une formation réputée, dont la plupart des concerts ont lieu au Kleinhans Music Hall, une vénérable salle à l’acoustique remarquable. La ville, par contre, ne lui inspirait rien de particulier. Ce n’est pas comme aujourd’hui, alors qu’on sent un attachement réel envers cette communauté voisine de l’Ontario.

« J’avais fait le tour de la ville, à l’époque, et ce n’était pas génial. Or, la situation s’est beaucoup améliorée au fil des années. Buffalo vit une renaissance. Il y a des parcs, de beaux quartiers où il est agréable d’élever des enfants », rapporte Amélie Fradette. Quant à son acclimatation au sein de l’orchestre, elle s’est déroulée sans heurts. Les vétérans l’ont accueillie avec gentillesse, l’unique bémol tenant au climat qui régnait lors de son premier concert, tenu le 15 septembre 2001.

C’était quatre jours après les attentats et dans la salle, il était impossible de l’ignorer. « Il régnait une atmosphère spéciale. On avait observé une minute de silence », indique la Saguenéenne. Fait à noter, celle qui dirige la formation aujourd’hui, JoAnn Falletta, était déjà en poste depuis deux ans. Elle a resserré les liens avec la communauté, ce qui se traduit par de fréquentes visites dans les écoles, des concerts destinés aux jeunes, ainsi que les séries jazz et populaire qui meublent le calendrier estival.

Un autre de ses atouts découle de sa relation privilégiée avec la compagnie de disques NAXOS. Il n’est pas rare que l’orchestre enregistre cinq albums à l’intérieur d’une même année, ce qui s’ajoute aux activités régulières, suffisantes pour meubler l’emploi du temps des musiciens. Entre la mi-septembre et la mi-juin, en effet, de un à trois concerts sont offerts chaque semaine.

« À ce rythme, ça prend une dizaine d’années pour faire le tour du répertoire symphonique. Notre orchestre est caractérisé par un son riche, soyeux, en particulier les cordes. Les cuivres sont aussi excellents », fait valoir Amélie Fradette, qui ressent tout de même le besoin de s’investir dans des projets parallèles. Il y a eu un quatuor à cordes, pendant plusieurs années. Ces temps-ci, la priorité est accordée à des duos de violoncelles, jumelés à des collaborations avec les Buffalo Chamber Players.

Tout ceci fait d’elle une artiste comblée. Arrivée à l’aube de la quarantaine, elle retrouvera bientôt ses camarades de l’Orchestre philharmonique, animée du désir de vivre une autre saison gratifiante. « J’ai acquis de l’expérience et même si c’est pendant les jeunes années que la mécanique est parfaite, ça se passe bien au niveau de l’exécution. C’est donc un bon moment dans ma carrière », estime la Saguenéenne.

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UN DÉSIR: REVENIR JOUER DANS LA RÉGION

Amélie Fradette a rarement l’occasion de jouer au Saguenay–Lac-Saint-Jean. Or, même si ses fonctions au sein de l’Orchestre philharmonique de Buffalo représentent l’équivalent d’un poste à temps complet, la violoncelliste originaire de Lac-Kénogami souhaite travailler chez elle plus fréquemment dans les prochaines années.

« La dernière fois que ça s’est produit, j’avais donné un concert à la chapelle Saint-Cyriac en compagnie de la violoniste Laura Andriani et de la pianiste Monique Robitaille. Nous avions présenté des oeuvres en duo et en trio, dont une de Kodaly. Je garde un super bon souvenir de cette expérience », a-t-elle confié lors d’une entrevue accordée au Progrès.

Ce rendez-vous fut si charmant que l’idée de récidiver lui trotte dans la tête. « Ça me ferait plaisir de retourner à Lac-Kénogami ou ailleurs dans la région. C’est l’endroit d’où je viens et je suis ouverte aux propositions qui pourraient être formulées. Je vis à Buffalo depuis 17 ans, mais je n’ai pas perdu l’accent », souligne la musicienne d’un ton enjoué.

Prenant les devants, elle a profité d’une rencontre avec son amie, la violoniste Renée-Paule Gauthier, pour explorer l’idée de monter un concert qui serait tenu au Saguenay–Lac-Saint-Jean, possiblement en 2019. Ce serait un événement aux airs de retrouvailles, puisque l’Arvidienne fait aussi carrière aux États-Unis, plus précisément à Chicago.

Quant au moment où ce rendez-vous pourrait se concrétiser, il y a deux possibilités, laisse-t-elle entendre. « Je viens aux Fêtes et pendant les vacances estivales. Il y aura sûrement moyen de concilier ce projet avec les activités de l’Orchestre philharmonique », estime Amélie Fradette.