Après plus de deux ans sur la route, Daniel Lemire et Pierre Verville complètent leur tournée québécoise cet automne. Parmi les villes qui les accueilleront, on note Alma et Chicoutimi, où ils se produiront les 21 et 22 novembre.

Verville-Lemire pour une dernière fois à Alma et Chicoutimi

Pierre Verville commence à sentir le poids de la nostalgie, puisqu’il ne reste qu’une poignée de spectacles avant la fin de la tournée qui l’a ramené sur scène en compagnie de Daniel Lemire. Après plus de deux années sur la route, le voici qui énumère la liste des villes qui seront visitées — dans certains cas pour la deuxième fois — d’ici à l’ultime rendez-vous prévu pour le 12 décembre, à la Place des Arts.

« On boucle la boucle. Ce sera la dernière fois à Sherbrooke, Rivière-du-Loup, Rimouski, Saint-Hyacinthe, Longueuil, Québec et Montréal. Ça donne une couleur particulière à ces spectacles », a souligné l’imitateur au cours d’une entrevue téléphonique accordée au Quotidien. C’est toutefois au Saguenay-Lac-Saint-Jean que le duo fera escale au préalable, plus précisément à la Salle Michel-Côté d’Alma (21 novembre), de même qu’au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi (22 novembre).

Le programme a bougé, depuis le jour où Daniel Lemire a proposé à son vieux camarade, un vétéran comme lui des Lundis des Ha ! Ha !, de retravailler avec lui. C’était il y a quatre ans et, dans son esprit, il valait mieux proposer des sketches mettant leurs ressources en commun, plutôt que des interventions en solo. L’actualité nourrit toujours leur sens de l’ironie, sans empêcher des personnages comme Ronnie et Oncle Georges de se rappeler au bon souvenir de leurs fans.

Pierre Verville et Daniel Lemire en pleine action, dans le cadre de leur spectacle.

« Oncle Georges effectue une apparition et, dans le contexte, ce n’est pas forcé. Il assiste à un tapis rouge où défilent des personnalités que j’imite », indique Pierre Verville qui, lui aussi, prête vie à des personnages. Il ajoute que son partenaire a écrit 80 % des textes, dont celui de La Voix senior, l’un des numéros les plus appréciés. Même s’il n’avait pas tourné depuis des lunes, en raison de ses activités à la radio et la télé, l’imitateur affirme que le plaisir de faire de la scène est revenu rapidement.

« Je n’avais pas perdu la main parce que les éditions spéciales d’À la semaine prochaine sont enregistrées devant plusieurs centaines de personnes. En même temps, j’ai constaté que notre forme d’humour demeure populaire. Nous avons attiré de bonnes foules, un public qui, comme nous, a vieilli. Plusieurs fois, on a dit que ce que nous faisions était différent, alors, on ne sait jamais. Peut-être que dans 20 ans, nous ferons une tournée des clubs de l’âge d’or », lance Pierre Verville en riant.

Ce ne sera pas demain la veille, cependant, ne serait-ce qu’en raison des imitations livrées chaque semaine à la radio de Radio-Canada, dans le cadre de l’émission À la semaine prochaine. Toujours à la société d’État, pour une deuxième année consécutive, il fait partie de l’équipe du Bye bye. On lui a demandé de conseiller une nouvelle fois le comédien Claude Legault. Il s’agit d’un juste retour des choses, puisque celui-ci a écrit des textes pour lui, à ses débuts sur la scène.

Il y a aussi d’autres projets qui percolent discrètement, si bien que Pierre Verville ne semble pas à la veille de pointer au chômage. Néanmoins, il trouve le temps d’entretenir sa passion pour l’ornithologie, laquelle a donné naissance à une merveilleuse série télévisée, Fou des oiseaux, il y a quelques années sur la chaîne Unis TV. Ces temps-ci, par exemple, on assiste au retour des hivernants, source de belles rencontres qui, malheureusement, ne sont guère compatibles avec le rythme propre à la tournée.

« On n’a pas le temps pour ça, malheureusement. On arrive dans une ville, on présente le spectacle et le lendemain, il faut partir de bonne heure pour se rendre au prochain rendez-vous. Par contre, j’ai un bon souvenir de notre passage à Roberval, puisque nous avions croisé trois crécerelles d’Amérique en roulant. Dans le sud du Québec, on n’en voit pas autant », fait remarquer Pierre Verville.

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PAS ASSEZ DE JEUNES IMITATEURS AU QUÉBEC

L’art de l’imitation est-il en voie de disparition ? Alors qu’aux États-Unis, on assiste à l’âge d’or de la profession, alimenté en grande partie par les soubresauts de la vie politique, le Québec traverse un creux générationnel, constate Pierre Verville. Lui qui fait figure de doyen au sein de la confrérie aimerait que de jeunes collègues apparaissent sur l’écran radar.

« C’est ma grande tristesse. Il n’y a plus cette tradition qui consistait à faire des imitations. Mes collègues François Maranda et Benoit Paquet font de très belles choses, mais les deux sont dans la quarantaine. Derrière eux, je ne vois personne. C’est comme si, chez nous, ce n’était plus à la monde », a-t-il énoncé au cours d’une entrevue téléphonique accordée au Quotidien.

La situation le préoccupe tellement qu’un projet est en train de mijoter dans sa tête. Les contours restent flous, mais l’idée centrale consiste à mettre en relief le plaisir que procure cette pratique à laquelle il souscrit depuis 43 ans, sans que sa passion ne se soit émoussée. « J’aimerais laisser quelque chose, montrer à quel point il s’agit d’un beau métier », résume l’imitateur.

Remontant le cours du temps, il se souvient d’une autre période de marée basse, survenue dans les années 1970. Après la fin des Cyniques et la retraite prématurée de Claude Landré, Jean-Guy Moreau s’est retrouvé seul à tenir le fort, une responsabilité qu’il a assumée avec aplomb. Il a fallu attendre au début des années 1980 pour voir émerger une nouvelle génération d’imitateurs.

« Je suis arrivé à ce moment-là, puis il y a eu André-Philippe (Gagnon) Steve Diamond et Michaël Rancourt qui ont pris leur place. On voit que c’est cyclique. Je suis sûr qu’à un moment donné, ça va revenir, mais aujourd’hui, je me sens seul dans ma gang, avec François et Benoit. Il manque du monde, des gens dans la vingtaine avec un style différent. Comme société, on a besoin de ça », soutient Pierre Verville.

Après plus de deux ans sur la route, Pierre Verville et Daniel Lemire complètent leur tournée québécoise cet automne. Parmi les villes qui les accueilleront, on note Alma et Chicoutimi, où ils se produiront les 21 et 22 novembre.