Danielle Ouimet dans le film Valérie, sorti il y a 50 ans ce printemps.

Valérie, le film qui a tout déclenché

Il y a 50 ans ce printemps, la vie de Danielle Ouimet a basculé. La sortie du premier film érotique québécois, Valérie, a produit une onde de choc qui peut sembler exagérée, au vu des images qui avaient été diffusées sur le grand écran. Elles sont bien sages, mais dans une province qui chérissait la Donalda des Belles histoires, qui trouvait Robert Charlebois extravagant avec sa boule de cheveux et son visage pas rasé, il suffisait de peu pour provoquer un frisson.

Du jour au lendemain, la comédienne a été plongée dans la tourmente. Flairant l’odeur du scandale, les médias ont monté cette histoire en épingle. Gros titres. Photos du long métrage. Rapports sur la fréquentation dans les salles de cinéma, qui s’était vite emballée. Âgée de 21 ans, la femme dont tout le monde parlait, que plusieurs voyaient d’un oeil différent, n’avait pas été préparée à subir ce déferlement.

«Ça n’a pas été facile. Ma mère se faisait dire de gros mots et moi-même, j’ai reçu des menaces. Il y a aussi un homme qui m’a suivie pendant six ou sept ans, qui prétendait être mon fiancé. Il m’amenait la moitié de son épicerie», a relaté Danielle Ouimet lors d’une entrevue accordée au Progrès. Ce fut plus déstabilisant que le tournage effectué un an plus tôt, sous la direction de Denys Héroux. Même les scènes de nudité, réalisées devant une équipe réduite, ne l’avaient pas indisposée outre mesure.

Sa présence dans le film s’était imposée à la suite d’un concours de circonstances étalé sur deux ans. En 1966, la jeune femme avait décroché un poste à la station de radio CJMS après avoir été couronnée Miss Province de Québec. C’est dans le cadre de ses fonctions qu’elle a interviewé le chanteur français Michel Page, ce qui a mené à l’enregistrement de quelques disques en duo.

«Nous faisions une émission de télévision sur le site d’Expo 67 quand Denys Héroux m’a remarquée. Il a voulu me faire passer une audition et j’ai eu le rôle de Valérie. Le tournage a commencé en septembre 1968 et le souvenir que j’en ai, c’est qu’on a ri tout le long. Par contre, je n’ai pas dit à mes parents qu’il y avait de la nudité», mentionne Danielle Ouimet.

La tempête a frappé si fort que ses contrecoups l’ont affectée durablement. «Pour ma carrière, ça n’a pas été facile. On ne me prenait pas au sérieux. Par bonheur, Jean-Pierre Coallier m’a aidée en m’offrant du travail à la station de radio CFGL. Une autre qui m’a appuyée est Dominique Michel. J’ai fait des tournées en sa compagnie, en plus de jouer dans la série télévisée Dominique. Grâce à elle, j’ai pu changer mon image», fait-elle observer.

Une autre expérience qui lui a permis de s’affirmer fut sa participation au documentaire Les filles du Roy, réalisé par Anne-Claire Poirier. Sorti en 1974, il jetait un regard critique sur l’image qu’on projetait de la femme. Pour dramatiser le propos, une scène a été tournée, montrant une personne debout, couverte de bandelettes à la manière d’une momie. Elle tournait sur elle-même pendant que la comédienne Dyne Mousseau lisait un texte en voix off.

«Elle disait: ‘‘Regarde-moi et arrête de rêver’’ pendant que j’apparaissais, entièrement nue. Cela constituait l’antithèse de l’image que j’avais projetée jusque-là. Je voulais aller ailleurs», affirme Danielle Ouimet. En montrant son corps sans artifices, nullement idéalisé, la comédienne a fermé la boucle sur un chapitre de sa vie qu’elle refuse toutefois de renier.

«Valérie, c’est ce qui m’a mise au monde. Il a été vendu dans une quarantaine de pays, un fait que peu de gens savent, et il a exprimé une volonté de casser tous les tabous, fait valoir la comédienne. J’aurais préféré me faire connaître en tant qu’animatrice, mais ce film, je l’assume complètement. Je prépare même un documentaire pour ARTV. On prévoit le diffuser l’automne prochain.»