Une tournée pour créer des ponts

C’est à l’initiative de Kent Nagano que l’orchestre symphonique de Montréal présente une tournée de six spectacles dans les communautés autochtones du nord du Québec et du Nunavik, en créant une œuvre basée sur une légende des premières nations. Au-delà du spectacle, cette tournée revêt un symbole important de partage entre les nations.

L’Orchestre symphonique de Montréal (OSM) fait des tournées depuis sa création, il y a 85 ans, car c’est dans son mandat d’être un ambassadeur culturel, a mentionné le maestro Kent Nagano, mais les tournées étaient devenues moins fréquentes avant l’arrivée de ce dernier. « Après avoir visité les grandes villes du sud, j’ai vu la carte du Canada et j’ai demandé pourquoi on ne visite pas les communautés au nord », a-t-il commenté, en admettant sa naïveté initiale. Malgré les difficultés techniques, une première tournée a été effectuée au Nunavut et au Nunavik, il y a dix ans, présentant des spectacles classiques. Mais cette fois-ci, le chef d’orchestre est fier de présenter un spectacle conçu spécialement pour cette tournée présentée dans les communautés autochtones.

C’est Florent Vollant, l’auteur-compositeur-interprète natif de Maliotenam, qui assurait la narration. On le voit ici durant la répétition qui avait lieu en après-midi, mardi.

« Pour notre communauté, c’est un cadeau de recevoir l’orchestre symphonique. Tshinishkumitin (merci) », a lancé le chef de la communauté de Mashteuiatsh, Clifford Moar, aux musiciens avant la répétition du spectacle présenté à l’école Kassinu Mamu. Selon l’homme, qui a vu le spectacle à trois reprises, la tournée du nord du Québec et du Nunavik est un symbole important qui permet de tisser des ponts entre les nations. « La musique est un langage universel et l’art nous a toujours aidés à passer à travers les moments difficiles dans notre histoire », a-t-il ajouté.

La tournée n’est pas qu’une simple visite dans six communautés autochtones du Québec, c’est carrément une co-création menée, à l’initiative de Kent Nagano, avec des créateurs autochtones, en partenariat avec les communautés, remarque Jonathan Prunier, directeur marketing et communication pour l’OSM. En plus de présenter le conte de Tshakapesh, une légende autochtone, chantée en cri, la narration est présentée en inuktitut, en cri et en innu selon l’endroit où est présenté le spectacle.

Dans les communautés innues, comme à Mashteuiatsh, c’est Florent Vollant, l’auteur-compositeur-interprète natif de Maliotenam, qui assure la narration. « C’est un beau projet basé sur le partage et l’échange, qui démontre que l’on peut apprendre autant de l’un que de l’autre », a-t-il mentionné avant les répétitions.

Pour André Moisan, joueur de clarinette basse et de saxophone solo, cette tournée a non seulement permis de renforcer les liens au sein de l’équipe de l’OSM, mais aussi d’échanger et d’apprendre sur les premières nations québécoises. « C’est très gratifiant d’échanger et d’entendre les rires des jeunes. C’est magique et j’en aurais pris plus », a-t-il commenté avant la répétition.

Pendant l’après-midi, Kent Nagano et cinq musiciens ont pris le temps d’aller échanger avec les étudiants de l’école Kassinu Mamu. « C’était un super bel échange qui a permis à nos 85 étudiants de découvrir de nouveaux instruments », a commenté Mélissa Launière, la directrice de l’école secondaire. Deux jeunes ont même eu l’occasion de jouer au chef d’orchestre.

L’OSM a bénéficié d’une bourse de 400 000 dollars du Conseil des arts du Canada pour réaliser cette tournée qui a lieu du 9 au 19 septembre, présentant des spectacles avec un groupe de 15 musiciens à Kuujuaq, Salluit et Kuujjuarapik, au Nunavik, ainsi qu’à Oujé-Bougoumou, Mashteuiatsh et Uashat mak Mani-Utenam, où 45 musiciens participaient au concert.

Les 240 places disponibles pour le spectacle présenté dans le gymnase de l’école Kassinu Mamu ont trouvé preneurs en moins de deux heures.