Une tournée historique pour le théâtre de la Tortue Noire

Le théâtre de la Tortue Noire est engagé dans la plus longue tournée européenne de son histoire. S’étirant sur près d’un mois, elle a mené les comédiens Dany Lefrançois et Martin Gagnon aux Pays-Bas, puis en France, où ils viennent de présenter la pièce Le Grand Oeuvre dans le cadre du Festival mondial des théâtres de marionnettes de Charleville-Mézières. Ils compléteront leur marathon les 5 et 7 octobre, alors que ce spectacle tiendra l’affiche en Italie, au Festival Incanti.

S’agissant des Pays-Bas, ils ont accueilli trois représentations du Grand Oeuvre. Elles ont eu lieu les 14 et 15 septembre, à l’occasion du Micro Festival de Dordrecht, et une supplémentaire a été ajoutée en raison de la forte demande. «C’était particulier comme événement. Nous étions logés chez une grande comédienne et c’est aussi chez elle que nous jouions», a mentionné Dany Lefrançois il y a quelques jours, au cours d’une entrevue téléphonique accordée au Progrès.

Voici à quoi ressemble Le Grand Oeuvre, un spectacle où Martin Gagnon exerce la fonction d’interprète, tout en tenant lieu de décor.

Ce cadre intimiste convenait parfaitement à la pièce créée par la compagnie saguenéenne il y a 11 ans. On ne voit que Martin Gagnon, qui campe un scientifique réalisant des expériences mystérieuses, potentiellement tonitruantes. Par la magie du théâtre, ses pensées prennent forme sur son crâne dégarni, lesquelles sont discrètement articulées par son camarade.

«Comme le matériel entre dans deux valises et que les représentations durent seulement 20 minutes, ce spectacle est fait sur mesure pour les festivals. On peut jouer plusieurs fois dans la même journée et l’absence de texte élimine la barrière de la langue, explique Dany Lefrançois. En ce qui touche l’interprétation, par contre, il faut que nous soyons en parfaite symbiose, moi et Martin. Chaque détail compte, si on veut que ce soit fluide.»

Les comédiens Dany Lefrançois et Martin Gagnon ont raison de sourire, vu l’accueil réservé à la pièce Le Grand Oeuvre aux Pays-Bas, puis en France. Ils compléteront leur tournée européenne en octobre, en Italie. Comme l’illustre la photographie en mortaise, les représentations de la pièce ont affiché complet au Festival mondial des théâtres de marionnettes de Charleville-Mézières.

Il ajoute que l’horaire de cette tournée européenne épouse un caractère symbolique, puisqu’elle prendra fin à Turin. Les cinq séances données en Italie feront écho à celles qui avaient marqué les débuts de cette pièce à l’étranger, justement dans la patrie de Pirandello. Il s’agira de la première apparition de la Tortue Noire dans la programmation du Festival Incanti.

«Beaucoup d’espoir»

L’escale la plus importante demeure cependant celle de Charleville-Mézières, eu égard au statut de son festival. C’est le plus important au monde, ce qui amène de nombreux organisateurs de festivals à s’y rendre pour voir quelles productions pourraient être présentées chez eux. Or, la compagnie saguenéenne a joui d’un rare privilège cette année, alors qu’on l’a insérée dans le volet «in» de la programmation, plutôt que dans le «of» ou le «of of».

«Ça nous a procuré une vitrine exceptionnelle à l’international, puisqu’on admet seulement 104 compagnies dans le «in». Nous avons joué 11 fois et chaque fois, la réception a été extraordinaire. Ça criait bravo à la fin. Les gens étaient généreux de leurs applaudissements. Il a même fallu ajouter des sièges parce qu’avant même l’ouverture du festival, on affichait complet», rapporte Dany Lefrançois.

Pour donner la mesure de cet événement, signalons que le Festival mondial des théâtres de marionnettes enregistre 167 000 entrées en l’espace de dix jours. Or, Charleville-Mézières est une ville de taille modeste, inversement proportionnelle à la notoriété de sa principale attraction. Être vu là-bas ouvre des perspectives intéressantes, surtout quand le public adhère à la proposition, comme ce fut le cas pour Le Grand Oeuvre.

«Notre participation au festival nous donne beaucoup d’espoir pour ce spectacle. En même temps, elle nous a aidés à faire connaître l’ensemble de nos productions, qui épousent différentes formes. Nous sommes contents d’avoir profité d’une telle visibilité», résume Dany Lefrançois, qui a signé la mise en scène du Grand Oeuvre, après en avoir défini les contours.