Dominic Laprise a eu le bonheur d’entendre le premier mouvement de la Suite symphonique de la Fabuleuse histoire d’un Royaume, mardi soir, lors d’un concert tenu à l’église Saint-Pascal-de-Kamouraska. C’était la première fois que cette oeuvre était interprétée dans un tel contexte, un expérience que le compositeur juge concluante.

Une suite symphonique pour La Fabuleuse

Pendant que les Voyageurs de Jonquière humiliaient Québec au Stade Richard-Desmeules et qu’un somptueux concert d’orgue était présenté à l’église Saint-Dominique, un événement important a eu lieu à l’église Saint-Pascal-de-Kamouraska. Tenu lui aussi mardi soir, dans le cadre du Festival international EUROCHESTRIES, il a consisté dans la première représentation publique de la Suite symphonique de La Fabuleuse histoire d’un Royaume.

Cette oeuvre du Saguenéen Dominic Laprise constitue la somme des compositions produites depuis la création du spectacle à grand déploiement, il y a 30 ans.

Quatre mouvements baptisés La Nouvelle-France, La colonisation, L’industrialisation et L’Esprit du Fjord ont été formés par l’auteur et son fils Mathieu, un chantier d’une durée de trois ans qui a été complété en 2017. Un enregistrement concocté en studio a été élaboré, mais il manquait un gros morceau : l’expérience du concert.

Sans l’aide de son fils Mathieu, Dominic Laprise n’aurait pas été en mesure de créer la Suite symphonique de La Fabuleuse histoire d’un Royaume. Ce chantier étalé sur trois ans était trop ambitieux pour un homme seul.

C’est une rencontre avec le directeur général du Camp musical Saint-Alexandre, Mathieu Rivest, qui a précipité les choses. Lui qui chapeaute également les EUROCHESTRIES a été impressionné par la version studio de La Suite.

« Très vite, il a été accroché par le premier mouvement, qui est spectaculaire », a raconté Dominic Laprise mercredi, à la faveur d’une entrevue téléphonique accordée au Progrès.

Deux mois après cette prise de contact, le compositeur a eu la joie d’assister à l’interprétation de La Nouvelle-France par un orchestre regroupant 91 musiciens âgés de 25 ans et moins, lesquels proviennent du Québec, de la Chine et du Brésil. C’est le directeur du camp musical qui se trouvait au lutrin et du point de vue du compositeur, l’expérience qui sera répétée samedi soir, à l’église de Baie-Saint-Paul, s’est révélée concluante.

« J’étais très fier d’être Saguenéen et de présenter cette oeuvre à un public provenant d’un autre coin du Québec, confie Dominic Laprise. La Suite, c’est ma façon de laisser un héritage culturel à ma région et même au-delà. En l’entendant lors du concert, j’ai ressenti un mélange d’émotion et de découverte. Je me suis senti comme un père qui voit son enfant marcher pour la première fois. Désormais, l’oeuvre existe. Avant, c’était seulement sur du papier. C’était un peu irréel. »

Travail d’envergure
Il dit avoir été agréablement surpris par l’effet produit par le premier mouvement, ce qui lui permet d’affirmer que les trois autres tiennent la route.

C’est d’autant plus rassurant que la confection de La Suite ne fut pas une sinécure. Il a fallu sélectionner les pièces les plus pertinentes, parmi toutes celles qui ont été intégrées dans les différentes versions de La Fabuleuse. Puis est venue la confection des orchestrations, celles-là mêmes qui ont été utilisées mardi.

Cette photographie captée mercredi, à Beauport, montre le compositeur de la Suite symphonique de la Fabuleuse histoire d’un Royaume, Dominic Laprise, entouré des musiciens qui ont interprété le premier mouvement intitulé La Nouvelle-France. C’était le deuxième concert d’une série de trois, le dernier étant prévu pour aujourd’hui, dans une église de Baie-Saint-Paul.

« Sans Mathieu, je me serais épuisé à faire ça. C’était monstrueux, 1600 mesures au total, mais pendant le concert, j’ai réalisé que notre travail a trouvé son aboutissement de la bonne manière. J’ai entendu ce que je pensais entendre et je trouve que les musiciens s’en sont tirés avec brio. Je leur lève mon chapeau », fait observer Dominic Laprise.

Mise en scène en route
Le rêve ultime, bien sûr, consiste à présenter La Suite dans son entièreté, un projet qu’il souhaite concrétiser en 2019. Au préalable, le compositeur planchera sur la scénographie, ce qui inclut les projections, les éclairages et la mise en valeur du travail des musiciens.

« Si l’écriture a pris trois ans, je peux me donner quelques mois pour peaufiner ça », lance-t-il d’un ton enjoué.

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QUATRE MOUVEMENTS AUX ACCENTS DIFFÉRENTS

La Suite symphonique de La Fabuleuse histoire d’un Royaume comprend quatre mouvements, qui correspondent aux moments forts du spectacle créé par le metteur en scène Ghyslain Bouchard en 1988. Comme ils font référence à des chapitres différents de l’histoire du Saguenay-Lac-Saint-Jean, le compositeur Dominic Laprise a conféré à chacun d’eux une couleur distincte.

Dans le tout premier, celui qui a été interprété mardi soir, à l’église Saint-Pascal-de-Kamouraska, la musique fait écho au tableau relatif à la cour du roi François 1er, ainsi qu’aux personnages historiques de Jacques Cartier et de Champlain. «Je me suis librement inspiré des suites françaises. Je me suis promené de Lully à Berlioz et Debussy», décrit Dominic Laprise.

Le deuxième mouvement, lui, présente l’arrivée des 21 au Saguenay, les débuts de la colonisation et le Grand Feu de 1870. La musique se fait plus calme, plus champêtre, énonce le compositeur. Il trace un parallèle avec l’oeuvre d’un François Dompierre, dans la mesure où les notes prennent racine dans la terre québécoise. «C’est de la musique symphonique proche de nous», résume-t-il.

Le chapitre suivant, L’industrialisation, commandait une écriture affranchie des influences européennes. «Il y a aussi un côté spectaculaire, ce qui illustre l’arrivée de la modernité chez nous. Pour en témoigner, je me suis inspiré de plusieurs compositeurs américains, des gens comme Morton Gould, George Gershwin et Leonard Bernstein», rapporte Dominic Laprise.

Quand au quatrième mouvement, L’Esprit du Fjord, il témoigne de son admiration pour un autre géant de la musique classique américaine, Aaron Copland. «J’aime son écriture imagée et j’ai emprunté cette voie pour créer une musique capable de nous faire rêver, de stimuler notre imagination. C’est comme une fantaisie. Les grandes étapes du spectacles défilent en accéléré», souligne le musicien originaire du Saguenay.