Mathieu Lafontaine, du groupe Bleu Jeans Bleu, chante une autre histoire absurde devant les spectateurs rassemblés vendredi soir, au Côté-Cour de Jonquière.

Une soirée sous l’emprise de Bleu Jeans Bleu

Quatre musiciens sont apparus sur la scène du Côté-Cour de Jonquière, vendredi soir, au moment où des flocons de neige surdimensionnés se posaient doucement sur la rue de la Fabrique. Une cinquantaine de personnes se trouvaient dans la salle, une masse critique comme on dit. Elles n’étaient pas venues entendre des chansons cotonneuses, cependant, des odes à la nordicité portées par de célestes claviers. Parce que n’est pas le genre de Bleu Jeans Bleu.

Ces gars trouvent que c’est une bonne idée de mettre une photo de macaroni au fromage sur la pochette de leur album et de se montrer vêtus comme des vacanciers d’une autre époque, entièrement couverts de denim. Suivant la même logique, ils ont ouvert le spectacle avec une pièce censée inspirer ceux qui cherchent un message pour leur répondeur : Je ne suis pas là. Je suis peut-être à la selle.

Sur papier, ça fait dur. Or, dès la deuxième ligne, des fans se sont mis à fredonner les paroles pendant que le groupe offrait une interprétation enjouée. Ce qui sonnait country-folk à l’origine s’est brusquement densifié, si bien que la finale blues-rock, pas mal crinquée, a généré autant de cris que de rires. Impossible de ne pas avoir le coeur léger, en effet, quand l’humour est aussi bien enrobé.

Le talent des musiciens transcende même les phrases les plus absurdes, comme sur Motel Motté où il est question d’une chambre douteuse. Même quand ils font les fous, qu’ils étirent le titre jusqu’à en perdre le souffle, les notes sont toutes là, bien à leur place dans leurs habits country tirant sur le western. En l’espace de deux minutes, peut-être trois, c’est comme si les Trois Accords avaient été croisés avec Marcel Martel (le père de Renée, pas l’ancien maire).

Autre preuve que ce sont des pros, Défi fruits frits a d’abord épousé des accents pop avec une nuée de ouh ouh en toile de fond. Le temps qu’on ait une pensée pour RBO, toutefois, et le groupe était rendu ailleurs, sur les terres de Kiss avec un joli clin d’oeil à la chanson I Was Made For Loving You. On n’a jamais vu les coutures, pas plus qu’au moment de l’ultime transition vers Il n’abandonnera jamais, où la guitare de François Lessard, à la fois rock et funky, a fait des merveilles.

Bleu Jeans Bleu affectionne également les pastiches, ainsi que l’a démontré Je poigne le shake, calqué sur le All Shook Up d’Elvis. Un Hongrois unilingue n’y aurait vu que du feu, tout comme il aurait été subjugué par Tendresse, hommage improbable à la Lady In Red de Chris de Burgh. Dans les deux cas, par contre, il n’aurait pu apprécier les intros délirantes du chanteur Mathieu Lafontaine. Comparé à lui, Jean Leloup parle comme un ministre des Finances.

Notons enfin que le groupe prépare un troisième disque, qui devrait sortir à l’automne. Il a offert une primeur à ses fans de la région en étrennant Veux-tu jouer au bowling ? , une composition laissant voir de belles choses. Les années 1980. Un couple en devenir, mais qui peine à communiquer. Un duo de guitares électriques. Il manquait juste un solo de batterie pour qu’on verse une larme en commandant une Laurentide.