Benoît Lagrandeur, codirecteur général et directeur artistique de La Rubrique, est fier de proposer une programmation automnale de qualité au public, et ce, malgré les difficultés qu’engendre la pandémie.
Benoît Lagrandeur, codirecteur général et directeur artistique de La Rubrique, est fier de proposer une programmation automnale de qualité au public, et ce, malgré les difficultés qu’engendre la pandémie.

Une saison remplie malgré la pandémie pour La Rubrique

Anne-Marie Gravel
Anne-Marie Gravel
Le Quotidien
La Rubrique aura une saison automnale bien remplie. Malgré les règles sanitaires en place, sept productions seront offertes aux amateurs de théâtre qui ont envie d’être transportés plus que jamais dans les mondes où les pièces voudront bien les entraîner.

Benoît Lagrandeur est plutôt fier. Après plusieurs pirouettes, le codirecteur général et directeur artistique de La Rubrique parvient à offrir une saison automnale de qualité au public, du 23 septembre au 20 novembre.

« Je suis très fier. Sept spectacles, ce n’est vraiment pas très loin d’un automne normal. Ce sont des shows que j’aime beaucoup, mais que je ne présente pas habituellement parce qu’ils sont à petite jauge. »

Effectivement, les spectacles conçus pour les plus petites salles siéent à merveille à la salle Pierrette-Gaudreault, cet automne, puisque les règles sanitaires forcent la réduction du nombre de spectateurs qu’elle peut accueillir.

Ainsi, 57 personnes pourront assister aux représentations lorsque la salle sera aménagée à l’italienne. En temps normal, 396 personnes peuvent s’y installer. En formule cabaret, 70 amoureux du théâtre pourront être regroupés dans l’espace, au lieu des 170 habituels.

« En plus du respect des règles sanitaires sur scène, le nombre de spectateurs qu’on peut accueillir guidait mes choix. Je ne peux pas payer des spectacles trop cher avec des équipes à loger et nourrir. Ça ne se rentabilisera pas, mais ça va être moins catastrophique que ça aurait pu l’être, estime celui qui parvient également à voir de bons côtés aux bouleversements des dernières semaines. Ça me permet de sortir de mes sentiers battus. D’aller du côté de Shakespeare, Perrault, Beckett et des frères Grimm. »

La conférence-spectacle Voyage au centre de la scène, portant sur l’oeuvre d’Étienne Lepage, lancera la saison de La Rubrique, le 23 septembre.

Quand la pandémie de COVID-19 est apparue, Benoît Lagrandeur mettait le point final à sa programmation 2020-2021.

« Je n’aime pas employer ce mot, mais on doit se réinventer. On ne fait que ça. Il a fallu se revirer de bord, voir les possibilités. Même sur la scène, la distanciation doit être respectée. Ça limitait beaucoup de propositions. »

Benoît Lagrandeur a fouillé dans sa banque de souvenirs heureux. Il en a notamment ressorti certaines productions présentées au Festival international des arts de la marionnette à Saguenay (FIAMS) mettant en scène un ou deux personnages. « Quand les acteurs forment un couple, ça facilite les choses. »

La saison sera lancée avec une conférence-spectacle intitulée Voyage au centre de la scène portant sur l’oeuvre d’Étienne Lepage. Trois interprètes offriront des extraits de ses textes. « C’est le dramaturge contemporain au Québec. Ce sera interactif. »

Le 26 septembre, Mohsen El Gharbi incarnera à lui seul plusieurs personnages dans Omi Mouna ou ma rencontre fantastique avec mon arrière-grand-mère, un docu-fiction inspiré de l’histoire de son arrière grand-mère.

Les marionnettes pour adolescents et adultes seront ensuite à l’honneur avec la pièce Aisselles et bretelles du Théâtre CRI, le 12 novembre, puis Projet Beckett, un huis clos mettant en valeur la pièce Fin de partie, du dramaturge irlandais Samuel Beckett, le 7 octobre.

Le théâtre d’objets Macbeth muet, présenté le 6 novembre, déconstruit la tragédie de Shakespeare avec un théâtre viscéral, utilisant corps, objets et faux sang.

Les 30 et 31 octobre, La Rubrique proposera sa création automnale Le Bestiaire obscur des anciens géants.

Le 6 novembre, ce sera au tour du théâtre d’objets de voler la vedette avec Macbeth muet, une adaptation du classique de Shakespeare.

La Déposition, une lecture théâtrale qui s’inscrit dans la tradition des huis clos policiers, sera offerte le 19 novembre par La Rubrique et les comédiens Monique Gauvin, Bruno Paradis, Sara Moisan et Guylaine Rivard.

Un spectacle de cirque pourrait également s’ajouter à la programmation en décembre si les mesures sanitaires sont allégées en ce qui concerne les écoles.

« Là où le bât blesse, c’est au niveau du jeune public. C’est ma grande tristesse. Il n’y aura pas de spectacle jeunesse cet automne, mais on ne les oubliera pas. On va essayer de se servir d’autres choses pour ne pas laisser les jeunes dans le néant. Deux superbes monologues étaient déjà à la programmation pour l’hiver. On espère pouvoir les présenter. »

Effectivement, impossible de savoir ce qu’il adviendra de la saison d’hiver 2021. « On attend encore. Pour l’instant, ça reste intact. »

En attendant, Benoît Lagrandeur espère que les amoureux de théâtre seront au rendez-vous au cours des prochaines semaines.

« On espère atteindre les quotas permis dans la salle. C’est important, surtout pour notre moral. Mais je ne suis pas inquiet outre mesure. Remplir les salles m’inquiéterait si c’était à jauge normale. Là, c’est tellement réduit. Et les sondages effectués sont très encourageants. Les gens ont envie d’aller voir des spectacles. »

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LAGRANDEUR INQUIET POUR LE MILIEU CULTUREL

Benoît Lagrandeur craint les impacts à long terme de la COVID-19 sur le milieu des arts vivants au Saguenay–Lac-Saint-Jean. 

« On va en avoir pour quelques années pour mesurer l’impact sur les arts vivants comme la musique, la danse et le théâtre », estime-t-il. 

Le  codirecteur général et directeur artistique de La Rubrique croit que la situation entraînera notamment la disparition de certains métiers. Il craint l’exode d’artistes et leur réorientation. 

Il estime que la pandémie aura des répercussions sur le milieu artistique régional qu’on mesure peu encore.

« On va perdre beaucoup d’artistes. Certains ont déjà choisi de changer de métier, de se trouver autre chose. On n’aura plus de techniciens de plateau, par exemple. On demande à ces gens de travailler les soirs et les fins de semaine dans des conditions salariales loin d’être excitantes. Ils n’ont pas de vie puisqu’ils finissent tard et doivent être disponibles selon des horaires coupés. Il faut être passionné pour faire ce métier, mais la passion, ça ne paie pas l’épicerie. Et là, ces gens sont sans emploi depuis un moment, déplore-t-il. On a un sérieux examen de conscience à faire. » 

Benoît Lagrandeur remet en question certaines décisions prises par le gouvernement en ce qui concerne le milieu des arts, depuis le début de la pandémie. 

« Je trouve ça incohérent. On ne peut pas aller voir un spectacle, mais on peut prendre l’autobus et le métro d’un bout à l’autre de Montréal avant d’aller à l’épicerie et d’aller travailler, alors que c’est impossible de retracer les gens croisés. Dans une salle, on peut s’arranger pour que les gens ne se croisent pas. Ils sont juste assis les uns derrière les autres et on sait qui y est. Il y a une incohérence depuis le début », estime-t-il.