Jacinthe Couture et Nicolas Ellis ont interprété deux oeuvres de piano à quatre mains, vendredi soir, lors d’un concert tenu au Camp musical du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Ils participaient à cet événement en tant qu’ambassadeurs régionaux du Concours de musique du Canada, qui célèbre son 60e anniversaire.

Une rencontre qui a tenu ses promesses

Il y a eu de l’émotion, de la belle musique et un brin de nostalgie, vendredi soir, à l’occasion du concert donné par les pianistes Jacinthe Couture et Nicolas Ellis au Camp musical du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Réunis à la salle Raymond-Tremblay du secteur Métabetchouan, dans le cadre d’un événement baptisé Retrouvailles près du Lac, ces ambassadeurs du Concours de musique du Canada ont célébré son 60e anniversaire en offrant un programme à la fois riche et séduisant.

Preuve de l’intérêt suscité par ce rendez-vous, presque tous les sièges étaient occupés, ce qui augure bien pour le reste de cette jeune saison. Il faisait beau, en plus. Au moment de pénétrer dans la salle, le lac Saint-Jean baignait dans une lumière céleste dont Jacinthe Couture, la première à se lancer, s’est peut-être inspirée en abordant la Sonate en la mineur de Mozart.

Gagnante du concours en 1971, ce qui lui avait procuré une bourse grâce à laquelle elle a pu parfaire sa formation aux États-Unis, l’interprète semblait en état de grâce au moment de retourner l’ascenseur. Il était magique de la voir survoler le clavier, en effet, quand l’oeuvre se faisait délicate, puis mélancolique, puis enlevée, et d’absorber avec elle les passages empreints de gravité.

« Excusez-moi si j’exprime une certaine émotion. C’est la faute à Mozart. Il faut le remercier pour ces pages immortelles », a mentionné Jacinthe Couture à la fin de la sonate. Elle a aussi évoqué ses premières fréquentations avec le concours, rappelant au passage que Shirley Murdock, qui fut présidente du chapitre régional, l’avait invitée à donner un concert à l’intérieur de sa résidence. À 13 ans, ça représentait une expérience peu banale.

La pièce qui a suivi, les Harmonies du soir de Franz Liszt, a plongé la salle dans une atmosphère de recueillement évocatrice de ce moment béni où la nuit prend le pas sur le jour. Elle a été accueillie par des cris et des bravos bien mérités, tout comme l’une des danses de Granados, Oriental, offerte à la fin de sa performance en solo. Ne serait-ce que pour la dernière note, si délicate qu’elle en était transparente, cette jolie chose mériterait de s’incruster dans les mémoires.

Tous attendaient la rencontre évoquée tout à l’heure, celle du maître avec son ancien élève, devenu enfin son égal. Assis côte à côte, les musiciens ont livré une version fort agréable de la Valse pour piano à quatre mains de Brahms. On les sentait complices, très engagés et sans doute un peu soulagés à la fin de cet exercice comportant une part de chorégraphie.

Évoluant chacun sur son instrument, enfin, ils ont négocié le voyage en montagnes russes que constitue le Concertino pour deux pianos de Chostakovitch. Cette pièce costaude a fait ressortir le jeu de Nicolas Ellis, une performance coiffée par un rappel signé Barber : Hesitation Tango. Il y avait du tango, mais nulle hésitation dans le rendu, avec en prime quelques touches d’humour, dont un regard de Jacinthe Couture dirigé vers son partenaire, expression du plaisir généré par ce concert bien particulier.