Laurence Dauphinais ne pourra pas jouer dans la pièce <em>Siri</em>, le 7 avril à 19h30. Elle sera néanmoins présente grâce à une rencontre Facebook organisée par le Théatre La Rubrique.
Laurence Dauphinais ne pourra pas jouer dans la pièce <em>Siri</em>, le 7 avril à 19h30. Elle sera néanmoins présente grâce à une rencontre Facebook organisée par le Théatre La Rubrique.

Une réflexion stimulante autour de Siri

Quand elle joue dans la pièce Siri, Laurence Dauphinais est le seul être humain sur la scène, son interlocuteur étant l’assistant vocal qui donne son titre au spectacle. C’est à leurs interactions que le public aurait dû assister le 7 avril, à l’occasion de son passage à la Salle Pierrette-Gaudreault de Jonquière. Annulé pour les raisons que l’on sait, ce rendez-vous a été remplacé par une rencontre Facebook qui aura lieu le même jour à 19h30, par le truchement du Théâtre La Rubrique.

«C’est chouette d’avoir voulu qu’il y ait un échange de cette nature. Pour mettre les gens dans le concret, je vais commencer en livrant un extrait de la pièce, celui où je découvre Siri. À ce moment-là, je lui pose des questions afin de connaître l’étendue de son répertoire. Je révèle également une partie de mon ‘background’, le fait, entre autres, que je suis née à la suite d’une insémination artificielle», a raconté l’auteure et comédienne à l’occasion d’une entrevue téléphonique accordée au Quotidien.

Cet élément biographique n’a rien d’anodin, puisqu’il nourrit les questionnements portés dans Siri. Les humains sont aussi programmés que la machine qui tient compagnie à Laurence Dauphinais, en effet. Dans quelle mesure? Ça reste à déterminer, mais cette réflexion comporte une part supplémentaire de mystère quand de grands pans de l’identité d’une personne se situent dans son angle mort.

«Nous sommes définis par notre ADN et par l’éducation que nous donnent nos parents, mais quand on ignore d’où vient une partie de son ADN, ça soulève des interrogations. C’est une autre manière d’aborder la question de l’inné et de l’acquis», fait observer la femme de théâtre, auteure du texte en compagnie de Maxime Carbonneau.

Ils seront présents tous les deux, sur Facebook, et souhaitent que l’échange avec le «public» sera aussi intéressant que les rencontres qui suivent les représentations de Siri. Il ne faudra pas la chatouiller longtemps, par exemple, pour que la situation actuelle nourrisse la discussion. Là aussi, celle qui affectionne le théâtre documentaire trouve des pistes intéressantes, parfois aux confins de la psychologie et de la sociologie.

«Nous avions perdu le contact avec l’adversité et voici que nous prenons conscience de la fragilité du système et des hommes, en même temps que du climat. J’espère que cette crise nous sortira de notre besoin absolu de confort. Il faut assurer le bien-être de la planète, des animaux et des gens qui l’habitent», énonce Laurence Dauphinais.

Ce qui la rend optimiste, dans une certaine mesure, c’est la vitesse à laquelle les mentalités peuvent changer. «Chaque fois que le monde se transforme, ça crée de la méfiance, fait-elle observer. Il n’y a pas si longtemps, plusieurs étaient réfractaires vis-à-vis l’insémination artificielle. C’est pareil aujourd’hui avec la place que le virtuel occupe dans nos vies, tel qu’illustré par Siri. On est attachés à notre ancienne vision du monde, du corps, de la présence qui se vit face à face.»

Dans cet esprit évolutif, ce sera donc une nouvelle manière de faire vivre Siri, qui se déploiera le 7 avril, un amalgame de la pièce et de l’après-spectacle, d’ADN et d’intelligence artificielle, sur fond de coronavirus. Un plaisir qui, souhaitons-le, se révélera contagieux.