Accompagnée par le pianiste Dominic Boulianne, la directrice générale et de production de la Société d’art lyrique du Royaume, Aude Gauthier-Martel (en rouge), a interprété L’air des bijoux de Gounod mardi avant-midi, lors d’une rencontre de presse tenue en présence de la mairesse de Saguenay, Josée Néron.

Une prestigieuse distribution pour «Faust»

Il y a des moments où l’art tutoie la vraie vie, comme mardi avant-midi, lors de la conférence de presse convoquée par la Société d’art lyrique du Royaume (SALR). Pour donner un aperçu de l’opéra Faust qui sera livré les 16, 17 et 18 février, au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi, la directrice générale et de production Aude Gauthier-Martel a sorti sa voix de chanteuse pour interpréter L’air des bijoux avec Dominic Boulianne au piano.

Même dans le sous-sol bétonné du Complexe Saint-Nom-de-Jésus de Rivière-du-Moulin, leurs élans étaient beaux à voir et surtout à entendre. Les tintinophiles ne pouvaient faire autrement que de songer à la Castafiore, tout en jetant un œil intrigué sur la présidente d’honneur de ce spectacle, la nouvelle mairesse de Saguenay, Josée Néron.

Entendre parler de bijoux ces temps-ci, qu’il s’agisse des vrais cailloux ou, plus vraisemblablement, de sommes d’argent dans les six chiffres, est devenu son lot quotidien. Peut-être que cet air l’a ramenée à ses préoccupations du moment, mais ce n’est pas sûr. Il faut savoir que cette dame est une authentique mélomane et qu’elle trouve dans la musique bien plus qu’un divertissement.

« La culture, c’est la nourriture de l’âme, alors offrons-nous ce cadeau et offrons-le à nos proches », a-t-elle mentionné lors de son intervention. La première citoyenne de Saguenay venait de rappeler que la SALR célèbre ses 30 ans et que l’opéra proposé chaque année, sous sa gouverne, « contribue au rayonnement de notre ville ».

Josée Néron a aussi confié qu’elle aimait chanter et l’a confirmé à l’occasion d’une brève entrevue accordée au Quotidien. « J’ai suivi des cours de chant à l’École de musique, mais je ne me suis jamais perçue comme une soliste. L’année dernière, j’ai fait partie du Choeur Amadeus et j’ai participé au concert-bénéfice pour l’église Notre-Dame-de-Laterrière », a souligné la mairesse qui, pour des raisons évidentes, a dû renoncer à ce genre d’activité.

Digne des grands théâtres

L’autre tête d’affiche de la rencontre de presse fut le baryton Gino Quilico, par l’entremise d’une vidéoconférence. Après son père Louis, qui avait chanté lors d’une représentation de La chauve-souris en 1990, il sera le deuxième membre de la famille à prêter son concours à un projet mené par la SALR. Ce sera lui, le Méphistophélès de l’opéra de Gounod.

« Je vous félicite pour votre jeune et talentueux directeur artistique, celui qui m’a tordu le bras », a-t-il lancé, sourire en coin, en référant à son vieux complice Dominic Boulianne. Reprenant son sérieux, l’homme qui mène une brillante carrière depuis 40 ans a affirmé que « cette superbe production se situera à un niveau qui lui permettrait d’être accueillie dans n’importe lequel des grands théâtres de ce monde ».

Preuve qu’il y a du vrai dans cette affirmation, c’est une soprano originaire du Lac-Saint-Jean, ayant effectué ses débuts cet automne au Metropolitan Opera, qui campera le rôle de Marguerite. « Elle a aussi fait Mimi à l’Opéra de Montréal et reprendra ce personnage (de La Bohême) au Japon. France Bellemare n’a jamais chanté pour notre compagnie », a précisé Dominic Boulianne.

Faust sera campé par le ténor Antonio Figueroa et Geoffroy Salva (Valentin), Caroline Gélinas (Siebel), Nathalya Thibault (Marthe), ainsi que Jean-Simon Boulianne (Wagner), compléteront la distribution. Quant au chœur, qui compte désormais 44 voix, il sera dirigé par Annie Larouche, tandis que le chef Jean-Philippe Tremblay sera de retour en compagnie des musiciens de l’Orchestre symphonique du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Fait à noter, les billets sont en vente depuis mardi sur le réseau de Diffusion Saguenay, qu’on peut joindre au numéro 698-4080. Les représentations des 16 et 17 février auront lieu à 19h30, alors que la dernière est prévue pour 14h.

L’écho de Faust dans le monde d’aujourd’hui

À sa deuxième expérience en tant que metteure en scène de l’opéra présenté par la Société d’art lyrique du Royaume, Guylaine Rivard se sent choyée. On lui a confié de belles voix qui maîtrisent les arcanes du jeu théâtral et Faust ouvre plein de fenêtres sur le monde actuel, en dépit du fait que cette histoire imaginée par Goethe remonte à quelques siècles.

«Le personnage de Méphisto représente le mal sur Terre et c’est désarmant, troublant, de voir à quel point cette oeuvre nous parle encore. Elle renvoie l’écho des menaces qui planent sur le monde, comme Trump et la Corée du Nord», a-t-elle énoncé. L’une des pistes qui l’ont guidée dans sa définition du personnage est celle du chanteur Marilyn Manson. Son look si particulier, «à la fois attirant et apeurant», constituera un élément central de la production.

S’agissant des costumes et de la scénographie, par ailleurs, Guylaine Rivard souhaitait adopter une esthétique contemporaine. «Ce sera près d’un vêtement militaire et en même temps, ce sera glamour. Dans ma tête, c’est bien beau», lance la metteure en scène d’un ton enjoué. C’est elle et Odile Chouinard qui ont conçu les costumes, tandis que le décor a été élaboré par Chantale Boulianne.

De son côté, le directeur artistique Dominic Boulianne a rappelé que Faust est le deuxième opéra français le plus joué, ce qui en faisait le successeur naturel de Carmen, qui fut si populaire l’hiver dernier. «Nous le livrerons dans son entièreté, en ce sens qu’il sera chanté du début à la fin, avec les récitatifs», fait-il observer.

Pour maximiser l’impact de cet opéra, enfin, la Société d’art lyrique du Royaume a prévu diverses initiatives qui se déploieront en février, parallèlement aux représentations. Elles comprennent une classe de maître donnée par Gino Quilico, une générale pendant laquelle on accueillera des étudiants, de même que des conférences données avant le spectacle, histoire de fournir au public des clés susceptibles d’enrichir son expérience.