Jean-Pierre Ferland a écrit plus de 400 chansons et créé des dizaines d’albums, dont plusieurs se sont incrustés dans la mémoire collective. Autant de matière à explorer sur scène et parfois en studio, pour le plus grand bonheur de ses fans.

Une première à Tadoussac pour Jean-Pierre Ferland

La chose peut sembler incroyable, mais le spectacle que Jean-Pierre Ferland donnera le 29 juin, à 19 h, dans le cadre du Festival de la chanson, sera son premier à Tadoussac. Lui qui fait carrière depuis plus de 60 ans connaît bien la porte d’entrée du Saguenay. Il y a joué au touriste, sans toutefois faire résonner sa voix derrière un micro.

« La seule fois que j’ai chanté dans ce coin-là, c’était sur un bateau. J’ai toujours eu de l’admiration pour ce village où mes parents s’étaient rendus en voyage, il y a très longtemps. Moi-même, j’avais effectué ma première visite en faisant du pouce. J’ai hâte d’y présenter mon nouveau concept », a confié l’artiste, à l’occasion d’une entrevue téléphonique accordée au Progrès.

C’est à l’église que ses fans le verront apparaître en compagnie d’un groupe dirigé par André Lecler, celui-là même qui a réalisé son plus récent album, La vie m’émeut, l’amour m’étonne. « J’ai de nouveaux musiciens, des gens adorables qui sont plus modernes, dont le jeu est plus senti. Quant à André, c’est l’homme qui m’a fait changer d’approche en me suggérant de ne pas chanter trop haut », souligne Jean-Pierre Ferland d’un ton enjoué.

Le concept évoqué tantôt s’articule autour du thème des chansons, ainsi que l’histoire qui se cache derrière. Raconteur né, leur auteur n’aime rien autant que de soulever un coin du rideau. Même dans le contexte d’une entrevue, il suffit de mentionner un titre pour que sa mémoire – impressionnante, sans égard à l’âge – laisse échapper des observations savoureuses.

« L’une des pièces que je fais est Women’s Lib (1919), écrite en 1975 pour l’Année de la femme. Comme aujourd’hui, avec le MeToo, c’était le malentendu. J’avais écrit une chanson humoristique pour parler d’un mouvement sérieux. Je voulais faire rire les femmes, mais ça n’a pas marché. Elles n’ont pas ri », se souvient Jean-Pierre Ferland sans laisser filtrer ne serait-ce qu’un gramme d’amertume.

Beaucoup moins familière, une composition qui remonte à 1965, Les noces d’or, fera également partie du spectacle offert à Tadoussac. Son auteur ne la fréquentait plus depuis des lunes lorsque son notaire, un homme qui apprécie ses chansons, a célébré son 50e anniversaire de mariage à la mi-mai. « J’ai été ému de refaire cette pièce destinée à mes parents, à l’origine. Je l’ai trouvée si bonne que je la referai chez vous, annonce-t-il. Elle est tellement touchante. »

Centre culturel
Quant à la perspective de se produire dans une église comme celle de Tadoussac, elle n’intimide guère Jean-Pierre Ferland, bien au contraire. Le voici en effet qui annonce, peut-être plus vite que le souhaiteraient les autorités, qu’on donnera son nom à l’église de Saint-Norbert, la communauté où il réside depuis 45 ans. Bientôt, elle deviendra le Centre culturel Jean-Pierre Ferland.

« Cette église en bois est très belle. Comme ils n’ont plus de clients, les responsables veulent en faire une salle de spectacles et m’en ont parlé, il n’y a pas longtemps. Je donnerai le concert inaugural en octobre ou en novembre. Il y a un orgue. Peut-être que j’y lancerai mon prochain album », anticipe le chanteur, dont la fierté est manifeste.

Ce fils de Montréal est d’autant plus sensible à cet honneur que sa propriété, acquise au coût de 12 000 $, a fait de lui un homme de la terre, un homme pour qui l’incarnation du bonheur, l’hiver, consiste à faire le tour de son domaine dans une carriole tirée par son cheval. « C’est chez nous, Saint-Norbert. Je possède une belle terre de 250 acres. Je vis dans une maison qui a 300 ans », résume Jean-Pierre Ferland.

Il n’est jamais trop tard pour s’accorder le plaisir de chanter à Tadoussac, dans le cadre du Festival de la chanson. C’est ce qu’illustrera Jean-Pierre Ferland le 29 juin, alors qu’il présentera une sélection de ses classiques en compagnie d’un groupe de musiciens dirigé par André Lecler.

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UN ALBUM AVEC CÉLINE, GINETTE, NANA ET LES AUTRES

Même s’il célébrera ses 84 ans le 24 juin, Jean-Pierre Ferland demeure au coeur de plusieurs projets. En plus des spectacles, il planche sur quelques albums, dont un qui devrait se matérialiser à l’automne. Il épousera la forme de duos, alors que le chanteur reprendra ses classiques en compagnie de plusieurs voix féminines.

« Ça va s’appeler Toutes les femmes de ma vie, et cet enregistrement renfermera une douzaine de pièces, a confié l’artiste au Progrès. C’est André Leclair qui sera responsable de cette production, lui qui est à la fois un technicien et un bon orchestrateur. Les séances auront lieu à son studio de Piedmont. C’est à 1 h 30 de chez moi, mais ça vaut la peine de faire le trajet. Le lieu est charmant. »

La liste des partenaires s’annonce alléchante. Elle comprend sa conjointe, Julie Anne Saumur, et Isabelle Boulay, ainsi que Ginette Reno, qui, on s’en souvient, a participé au succès de la chanson T’es mon amour, t’es ma maîtresse, sortie en 1974. Quant à Nana Mouskouri, elle revisitera Je reviens chez nous, dont le texte évoque le bonheur qu’avait ressenti l’auteur en 1968, à la fin d’un séjour prolongé en France.

« Je l’ai rencontrée il n’y a pas longtemps, à Montréal, et on va enregistrer sous peu. Je dois aussi faire une chanson avec Céline Dion, Je n’ai pas besoin d’amour, mais avant d’entrer en studio, je dois attendre qu’elle guérisse », mentionne Jean-Pierre Ferland, en référant aux problèmes de voix qui ont affligé sa consoeur dans les derniers mois.

Il révèle que la sortie de l’album sera marquée par la tenue de deux spectacles, l’un au Centre Bell de Montréal, l’autre à Québec au Centre Vidéotron. Toutes ses partenaires seront à ses côtés, renouvelant ainsi le plaisir que procure l’interprétation d’une pièce en duo. « Ça change l’histoire de la chanson, et quand les choses se placent, on le sent tout de suite. D’une fois à l’autre, ce n’est jamais pareil », énonce le vétéran.

Après la création de l’album Toutes les femmes de ma vie, deux autres projets solliciteront son attention. Il doit écrire des textes pour Julie Anne Saumur, qui souhaite réaliser un enregistrement où, pour une fois, elle se trouvera à l’avant-plan. Puis viendra l’heure des bilans, celui d’une carrière superposé à celui d’une vie. « Je veux que mon dernier disque regroupe des chansons originales », note Jean-Pierre Ferland qui, pour des raisons évidentes, aborde ce chantier sur la pointe des pieds.