Dès que le Cirque du Soleil a manifesté l’intérêt de produire un spectacle en hommage aux Colocs, Réal Fortin a pensé à son frère Dédé. Il aurait aimé qu’il puisse voir le résultat.

«Une petite fenêtre» pour Dédé

«J’espère que de là-haut, il a une petite fenêtre pour voir ce qui se passe en bas.»

Réal Fortin est fébrile. Dans quelques heures, le frère aîné de André «Dédé» Fortin assistera à la première du spectacle Juste une p’tite nuite, un hommage aux Colocs présenté par le Cirque du Soleil. Une trentaine de membres de la famille Fortin seront réunis à l’amphithéâtre de Trois-Rivières pour découvrir comment le cirque s’est inspiré de l’univers de Dédé pour créer un spectacle unique.

Pour le responsable de la succession de l’auteur-compositeur-interprète originaire de Saint-Thomas-Didyme, au Lac-Saint-Jean, il s’agit d’un véritable honneur. Les Colocs succèdent à Beau Dommage, Robert Charlebois et au parolier Luc Plamondon dans la série Hommage présentée par le Cirque du Soleil.

«C’est sûr que c’est un bel honneur. Il fait partie des grands. Un hommage aux Colocs, c’est un hommage à l’oeuvre d’André. C’est la consécration de tout ce qu’il a fait. Le groupe, c’était lui. Pour moi, le 8 mai 2000, Les Colocs ont cessé d’exister. Tu ne peux pas remplacer un artiste comme ça. Mais le spectacle, pour nous, c’est aussi un hommage à tous ceux qui ont travaillé avec André», affirme Réal Fortin au cours d’un entretien téléphonique.

Réal Fortin, le frère de Dédé Fortin, sa conjointe Christiane Deschênes et leur fils Michel assisteront à la première du spectacle Juste une p’tite nuite en hommage aux Colocs du Cirque du Soleil mercredi soir à Trois-Rivières. Une trentaine de membres de la famille seront sur place pour l’occasion.

Le frère de Dédé a reçu l’appel du Cirque du Soleil en septembre 2017, au moment même où il prenait part à la marche pour la Fondation Dédé Fortin, qui oeuvre en prévention du suicide.

«Ma première pensée a été pour André. Je me suis dit que j’aurais aimé qu’il soit là pour voir ça. Il aimait tellement ça la danse et l’art. J’imagine son visage... Je ne sais pas si de là-haut, il peut avoir accès à une petite fenêtre, comme dans sa chanson Hého, qui a quitté sa planète.»

Réal Fortin a accordé les droits des pièces à l’équipe de création du spectacle en plus de fournir des bandes maîtresses.

«J’ai fait ce qu’André aurait fait s’il avait été là. Je leur ai accordé les droits et avec les bandes maîtresses, ils pouvaient aller chercher la voix d’André.»

Il ignore de quoi aura l’air le spectacle, mais est convaincu qu’il lui plaira, comme il aurait plu à son frère.

«Je n’ai aucune crainte quant au résultat. Le Cirque respecte les artistes et ce qu’André a fait.»

La première du spectacle Juste une p’tite nuite, un hommage aux Colocs présenté par le Cirque du Soleil, aura lieu mercredi soir, à Trois-Rivières.

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UNE OEUVRE BIEN VIVANTE ET UN DEUIL QUI PERDURE

Les années passent et la voix de Dédé Fortin résonne toujours, laissant aux proches un héritage de fierté, mais aussi un deuil difficile à faire. 

Dédé Fortin s’est enlevé la vie en 2000, mais son oeuvre est toujours bien vivante. Les proches sont heureux de voir son oeuvre perdurer. Réal Fortin, frère aîné de l’auteur-compositeur-interprète, assure toutefois que le deuil est bien difficile à faire. 

«Il y a la joie qu’on ne l’oublie pas et la tristesse de son départ qui est toujours vive. André n’est jamais parti complètement. Il est encore là, confie-t-il. On ne peut pas faire un deuil complet. André s’est enlevé la vie, il était jeune, et en plus, on n’a jamais arrêté de l’entendre. Ça fait 18 ans que je m’occupe de la succession. Je l’entends presque chaque fois que je vais quelque part pour ses affaires. Il passe à la radio. Quand il est décédé, on fermait la radio à la maison, mais dès qu’on rentrait dans un magasin, on l’entendait chanter.»

La famille croyait que l’intérêt pour l’oeuvre de Dédé s’estomperait. À leur grand bonheur, il n’en est rien. 

«Depuis qu’André est décédé, on se dit tout le temps qu’un jour, ça va tomber plus tranquille. Mais ce n’est pas encore arrivé, bien au contraire. On reçoit encore des redevances d’un peu partout sur la planète. Il n’y a pratiquement pas une journée qui passe sans entendre Dédé.»

Les dernières années ont d’ailleurs été riches en reconnaissances pour le disparu et son oeuvre. 

En mai 2016, l’Hôtel 10, situé à l’angle des rues Saint-Laurent et Sherbrooke, à Montréal, l’endroit même où une grande part de l’oeuvre des Colocs a été créée, a décidé de rendre hommage à Dédé Fortin en créant Chez Dédé, suite 2116. La suite est remplie de paroles, de notes, de dessins, d’objets et de la musique de Dédé. En plus de plonger dans l’univers de l’auteur-compositeur-interprète, les visiteurs qui louent la suite contribuent à amasser des fonds pour la prévention du suicide. 

Au printemps 2017, André Dédé Fortin est entré officiellement au Musée de la civilisation, à Québec. Sa guitare Fender Telecaster, sa batterie, sa «guitare de feu», ses fameuses lunettes d’aviateur, des photos et des Félix font maintenant partie de l’exposition permanente Le Temps des Québécois, qui souligne l’apport de ceux qui ont contribué à façonner le Québec et son identité.

Au début du mois de juin, André Dédé Fortin a été reçu membre de l’Ordre du Bleuet du Saguenay-Lac-Saint-Jean dans la catégorie posthume. 

L’Ordre souligne l’apport d’artistes à la richesse culturelle du Saguenay-Lac-Saint-Jean et s’assure qu’ils fassent partie de la mémoire régionale. 

«L’Ordre du Bleuet, je n’avais jamais pensé à ça», souligne Réal Fortin, la fierté dans la voix. 

Et maintenant, au tour du Cirque du Soleil. 

«Même les enfants étudient ses chansons dans les écoles. Ils posent des questions. Ils s’y intéressent. André traverse les décennies, se réjouit Réal Fortin. On ne l’oublie pas. C’est ce qui est important.»